|
|
|
|
Lecornu et Genevard. Photo Stéphane de Sakutin. |
La ministre Annie Genevard grenouille dans le bénitier d’extrême droite du think tank de Vincent Bolloré
Invitée à ce raout bolloréen aux côtés du plus proche conseiller de Bardella ou de la propagandiste russe Xenia Fedorova, la ministre de l’Agriculture se défend de tout «soutien» à ces personnalités.
Etienne Baldit
La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, était présente, selon le Monde, parmi la «petite centaine de convives» réunis, jeudi 21 mai au siège parisien de Vivendi à Paris, pour un grand déjeuner du think tank présidentiel et d’inspiration chrétienne de Vincent Bolloré, l’«Institut de l’espérance».
L’ex-n°2 de LR, tenante de longue date d’une ligne dure sur l’immigration et connue pour ses positionnements catho-conservateurs (notamment contre le mariage pour tous), était donc là, en présence d’autres invités remarquables : le plus proche conseiller économique de Jordan Bardella (François Durvye, ex-bras droit d’un autre milliardaire d’extrême droite, Pierre-Edouard Stérin) ou encore la propagandiste du Kremlin Xenia Fedorova, nouvelle star intouchable de CNews. A moins d’un an de la présidentielle, voir une ministre grenouiller dans ce bénitier d’extrême droite a de quoi interpeller.
.
«Elle a simplement répondu à une invitation privée ?»
Mais auprès de Chez Pol, l’entourage de Genevard défend une démarche dépolitisée de sa part : «Ce premier déjeuner réunissait une centaine de responsables économiques et associatifs. Elle y était présente à titre personnel dans un cadre informel d’échange et de réseau. La participation de la ministre ne saurait être interprétée comme un soutien, une caution ou une validation des activités, positions ou initiatives des personnes présentes.» Si elle se défend donc de toute proximité avec les autres invités les plus sulfureux, s’est-elle pour autant sentie mal à l’aise en leur présence et regrette-t-elle d’avoir honoré l’invitation ? «Elle n’était pas à leur table et ne savait pas leur présence au déjeuner. Il n’y a pas eu d’échange», évacue-t-on de même source sans vraiment répondre à la question.
.
Quant à la façon dont la ministre, suspendue de LR par Bruno Retailleau pour être entrée au gouvernement de Sébastien Lecornu, s’est retrouvée dans les quelques happy few de cet événement bolloréen, son entourage précise : «Il s’agissait d’une invitation privée adressée par Stanislas de Lochner, organisateur des «dîners des bâtisseurs» [ces raouts de leaders et décideurs catholiques. Elle a simplement répondu à une invitation privée dans le cadre de ses échanges réguliers avec différents acteurs de la société civile et du monde économique.»
Sollicités par nos soins, ni Matignon ni l’Elysée n’ont réagi à ces informations. «No comment», esquive aussi un ministre de premier plan, qui ne se précipite donc pas pour défendre sa collègue.
.
On vous raconte le déjeuner de la ministre Annie Genevard avec le gratin de la Bollosphère, notamment le proche conseiller de Jordan Bardella, François Durvye, et la propagandiste russe Xenia Fedorova. Cette présence n’a pas été du goût du Premier ministre Sébastien Lecornu qui, hier matin, a appelé sa subordonnée, nous indique Matignon, confirmant une information de France Inter. Comme son entourage l’avait fait auprès de Chez Pol hier matin, Genevard s’est défendue en expliquant qu’elle ne savait pas quels étaient les autres invités de ce déjeuner. Et c’est vrai qu’il est étonnant de croiser des gens d’extrême droite et/ou du Kremlin dans un déjeuner organisé par un milliardaire proche de l’extrême droite.
.
Etienne Baldit
FALLAIT PAS ÊTRE INVITÉE • Elle pensait peaufiner discrètement son réseau, mais ses contacts avec l’extrême droite ont été exposés au grand jour. Les petites affaires d’Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, ont été perturbées par la révélation de sa présence à un déjeuner du think tank de Vincent Bolloré, en présence du conseiller économique de Jordan Bardella et de la propagandiste russe Xenia Fedorova. Seul le cas de cette dernière semble poser problème au Premier ministre Sébastien Lecornu, qui a demandé des explications – sans plus – à sa subordonnée. Suffisant pour lui faire craindre de vraies représailles ? Selon Mediapart, Genevard «a annulé l’interview qu’elle devait accorder au JDD, propriété de Bolloré, dimanche 31 mai, pour ne pas alimenter les soupçons de connivences avec l’employeur de Fedorova». C’est vrai que ça aurait peut-être fait beaucoup. L’entourage de la ministre nous vend – évidemment – une tout autre histoire : «Plusieurs médias étaient envisagés ce week-end pour [évoquer] le projet de loi d’urgence agricole, mais vu que la fin de son examen a pris plus de temps que prévu, et que cela s’est terminé dimanche, les passages médias ont été décalés.» La décision aurait été prise «entre jeudi soir et vendredi matin, quand on a su qu’on devrait siéger le samedi à l’Assemblée pour terminer l’examen», nous assure-t-on encore. Et puis, ce n’est pas comme si les ministres qui garnissent les colonnes et les plateaux des médias bolloréens, chaque jour et chaque semaine, s’étaient fait reprocher quoi que ce soit par Matignon ou l’Élysée, malgré une très légère et éphémère prise de conscience en macronie après le rachat du JDD par le milliardaire d’extrême droite.
E.B.