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Réforme de la PAC : Pourquoi les agriculteurs bio craignent-ils de « finir à poil » ?

AGRICULTURE : Les négociations s’accélèrent sur la nouvelle PAC, qui doit entrer en vigueur en 2023 avec l’objectif de verdir l’agriculture européenne. C’est mal parti, disent les agriculteurs bio, en colère contre la façon dont la France entend répartir les aides

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Des agriculteurs bio réunis à l’appel de la Fnab, leur fédération, le 2 juin 2021 aux Invalides à Paris.  

  • Les agriculteurs bio ne décolèrent pas au sujet de future Politique agricole commune, actuellement sujette à d’âpres discussions et qui doit entrer en vigueur en 2023.
  • Plus que son cadre général, négocié à Bruxelles, ce sont les arbitrages que prévoit la France dans ce nouveau système, notamment pour répartir les milliards d’euros d’aide entre ses agriculteurs, qui ne passent pas auprès des acteurs de l’agriculture bio.
  • Notamment la fin des aides spécifiques dédiées aux agriculteurs bio après cinq ans, et une égalité de traitement dans les aides financières reçues avec les exploitations certifiées Haute valeur environnementale (HVE), « loin pourtant de rendre les mêmes services environnementaux »

« La nouvelle PAC va nous laisser à poil ». Ces derniers jours, des agriculteurs biologiques français ont traduit en image leurs inquiétudes, se faisant prendre en photo nus dans leurs champs, le sexe dissimulé par des pancartes reprenant ce message. Il était de nouveau martelé ce mercredi après-midi aux Invalides, à Paris, à deux pas du ministère de l’Agriculture, par plusieurs dizaines d’agriculteurs – cette fois-ci habillés – réunis à l’appel de la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab).

Au cœur de la contestation, la nouvelle Politique agricole commune (PAC), qui s’appliquera à partir de 2023 et jusqu’en 2027 dans l’Union européenne, avec un budget d’environ 387 milliards d’euros pour sept ans, dont 270 milliards de subventions directes aux agriculteurs.

La décennie pour agir

C’est l’une des principales lignes de dépenses de l’Union européenne, ce qui fait de toute réforme de la PAC un dossier sensible. Plus encore celle-ci, qui aura pour principal enjeu de verdir l’agriculture européenne, qui génère 11 % des émissions de gaz à effet de serre de l’UE. Avec cette nouvelle PAC, « on parle des dix années à venir, précisément cette décennie que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) dit décisive pour réorienter le tir dans le but de maintenir le réchauffement climatique sous les 2 °C », tonne au micro Claude Gruffat, eurodéputé Vets/ALE, venu soutenir les agriculteurs bio ce mardi.

Dernier exemple en date de ces négociations difficiles : l’échec de trois jours de discussions à Bruxelles, la semaine dernière, entre les députés européens et les ministres de l’Agriculture des 27 pays de l’UE sur les contours de la nouvelle PAC. Les pourparlers reprendront en juin, indiquait vendredi le Conseil européen.

Des arbitrages français qui inquiètent ?

Mais ce n’est pas tant contre le cadre général de la PAC, négocié à Bruxelles, que les agriculteurs bio français expriment leur colère. Mais bien plus sur la façon dont la France compte s’en servir. Plus précisément, la manière dont elle répartira, entre ses agriculteurs, les milliards d’euros d’aides chaque année.

Le 21 mai, Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, avait présenté les grands arbitrages du Plan stratégique national (PSN), entérinant alors le divorce avec les organisations du collectif Pour une autre PAC.

Une mesure en particulier provoque l’ire des agriculteurs bio : la disparition des aides spécifiques à l’agriculture bio pour les professionnels convertis à ce mode de production depuis plus de cinq ans.

Dans le détail, la future PAC créera un « écorégime », qui conditionne le versement de plus ou moins un quart des aides directes (soit 1,6 milliard d’euros par an) à des pratiques vertueuses sur le plan environnemental. Pour répartir ces aides entre les agriculteurs français, le ministère de l‘Agriculture défend un système « inclusif », qui entend embarquer un maximum d’agriculteurs sur le chemin de la transition écologique.

Une égalité de traitement avec les HVE qui passe mal

Si les agriculteurs bio profiteront de cet écorégime, ce sera aussi le cas – et au même niveau – des exploitations agricoles certifiées Haute valeur environnementale (HVE). Ce label, instauré par le ministère en 2012, récompense et certifie des exploitations agricoles – 8.200 aujourd’hui – qui instaurent des pratiques plus respectueuses de l’environnement et de la biodiversité (plantation de haies, d’arbres, de bandes enherbées, meilleure gestion de l’eau, des engrais…). « Mais sans aller, par exemple, jusqu’à se passer de l’utilisation de pesticides ou d’engrais de synthèse, ce que nous faisons dans le bio, tique Adeline, maraîchère depuis treize ans dans le Loiret. Les services rendus à l’environnement sont loin d’être équivalents. »

C’est d’ailleurs ce qu’a pointé l’Office français de la biodiversité (OFB) dans une note remise fin 2020 aux ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique et que Le Monde a pu consulter. « Les seuils retenus [pour être éligible au label HVE] ne permettent pas de sélectionner des exploitations particulièrement vertueuses* », conclut-elle.

« Un nivellement par le bas »

Philippe Camburet, président de la Fnab, craint alors un « nivellement par le bas ». « On avait l’occasion, avec cette nouvelle PAC, de donner un véritable élan à l’agriculture biologique, commence-t-il. Au final, il est probable que demain, des producteurs se contentent d’obtenir le label HVE, puisque pousser jusqu’à la conversion à l’agriculture bio n’apportera aucune aide financière supplémentaire. »

Les conversions vers le bio (les cinq premières années, donc) resteront tout de même subventionnées, pour 340 millions d’euros par an. Une enveloppe augmentée qui ne console guère Pour une autre PAC, plateforme qui réunit une trentaine d’organisations (syndicats agricoles, Fnab, ONG…). « On parle de projet de vie. Les agriculteurs qui s’engagent dans une telle démarche regardent forcément sur le long terme, rappelle Mathieu Courgeau, son président et par ailleurs éleveur laitier vendéen. S’ils n’ont plus cet accompagnement dans le temps, ils ne vont pas se lancer. » L’autre crainte est celle des déconversions, « rares aujourd’hui, mais qui pourraient devenir importantes dans le nouveau système », poursuit-il.

L’espoir de rouvrir les négociations ?

La Fnab a fait des simulations. De 200 euros en moyenne par an et par hectare, les aides financières aux agriculteurs bio tomberaient à 70 euros dans le nouveau système. Adeline a aussi fait le calcul : « Pour moi, ça fera 9.000 euros par an de moins sur les 40.000 que je reçois actuellement, évalue-t-elle. Je n’irai pas jusqu’à abandonner le bio. En revanche, je viens de prendre un salarié sur mon exploitation dont je devrais peut-être me séparer. » « Ce nouveau système pourrait aussi se traduire par des produits bio plus chers pour le consommateur, ou l’obligation pour des producteurs bio d’agrandir leurs exploitations pour compenser les pertes, ajoute Philippe Camburet. C’est tout ce qu’on ne veut pas. »

Le président de la Fnab n’abandonne toutefois pas l’espoir d’obtenir la réouverture des négociations sur les arbitrages français. Et tente, dans cette optique, d’obtenir le soutien des autres ministères. La FNAB était ainsi reçue par Barbara Pompili (Transition écologique) ce mercredi en fin d’après-midi. Et si ça ne marche pas, il restera un autre espoir à Mathieu Courgeau : « Que Bruxelles retoque le plan stratégique national français en le jugeant trop peu ambitieux sur le volet environnemental, lance-t-il. Le gouvernement devrait rendre sa copie fin juillet à la Commission européenne. »

 

Réforme de la PAC : La comédienne Lucie Lucas (et plein d’autres) se mettent à poil en soutien à l’agriculture bio

AGRICULTURE : Les exploitants bio dénoncent la baisse des dotations pour leur filière et ont engagé un mouvement de protestation

 

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La comédienne héroïne de la série Clem  Lucie Lucas n’a pas hésité à se photographier nue pour dénoncer la réforme de la PAC pour l’agriculture bio.

  • A peine cachée par la végétation printanière, la comédienne Lucie Lucas, qui est installée dans une ferme des Côtes d’Armor, pose dans le plus simple appareil, le visage fermé.
  • Sur une pancarte brandie par celle qui joue dans la série Clem sur TF1, on peut lire ce message : « En moyenne, -66 % d’aides par an ».
  • Les agriculteurs et agricultrices bio protestent contre la réforme de la Politique agricole commune (PAC) qui prévoit de fortes baisses de dotations.

Le discours et les choix du ministre Julien Denormandie ne passent pas auprès de la filière bio. En pétard contre la réforme de la Politique agricole commune (PAC) qui prévoit de fortes baisses de dotations, les agriculteurs et agricultrices bio ont décidé de se « mettre à poil » pour se faire entendre.

Mercredi soir, ils ont sans doute trouvé une ambassadrice. La comédienne Lucie Lucas, célèbre pour son rôle dans la série Clem, sur TF1, a posté un cliché d’elle entièrement nue sur son compte Instagram. A peine cachée par la végétation printanière, celle qui est installée dans une ferme des Côtes d’Armor, pose dans le plus simple appareil, le visage fermé. Sur une pancarte qu’elle brandit, on peut lire ce message : « En moyenne, -66 % d’aides par an ».

Présente sur la liste du candidat écologiste aux élections régionales Daniel Cueff, la comédienne espère attirer le regard des Français sur le traitement infligé aux exploitations agricoles en bio et ses craintes de « décourager toute transition agroécologique ». Son message, « liké » des dizaines de milliers de fois aura sans doute été vu.

Tous les agriculteurs bio « à poil »

Mercredi, environ 300 personnes étaient rassemblées à Paris pour dénoncer les arbitrages du ministère. La plupart s’affichaient en petite tenue. Sur les nombreuses photos envoyées sur les réseaux sociaux, certains et certaines n’avaient pas hésité, comme Lucie Lucas, à faire tomber le bas. L’explication de ce mouvement est là : « Le ministre de l’Agriculture tend à rhabiller confortablement une certaine agriculture quitte à en déshabiller une autre », dénonce le nouveau président de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab) Philippe Camburet.

Ces arbitrages entérinent la disparition d’aides spécifiques à l’agriculture bio pour les agriculteurs déjà convertis à ce mode de production, une mesure entamée en 2017. En revanche, les subventions à la conversion vers le bio sont relevées à 340 millions d’euros par an.

Notez que le chiffre de -66 % de dotations pour les agriculteurs déjà convertis en bio est contesté par le ministère de l’Agriculture. Les exploitants sont surtout remontés contre l’alignement de leurs subventions sur celles des fermes « haute qualité environnementale » ( label bidon),  qualifiées de « greenwashing » puisque l’usage des pesticides y est toléré.

Mercredi 2 juin, l’actrice a posté une photo d’elle entièrement nue. Le but ? Défendre les agricultures bio, grands perdants de la PAC.

Lucie Lucas pose nue pour soutenir l'agriculture biologique

Très engagée pour la cause environnementale, l’actrice star de la série Clem n’hésite pas à se servir de sa notoriété pour défendre ses convictions. Quitte à parfois se mettre (littéralement) à nu.

Sur son compte Instagram, Lucie Lucas mobilise régulièrement sa communauté autour des causes qui lui sont chères. Elle a notamment pris la parole plusieurs fois dans les campagnes du collectif On est prêt (comme celle de l’Affaire du siècle ou, plus récemment, de la « marche pour une vraie loi climat »…). Cette fois, c’est pour soutenir les agriculteurs de la filière biologique que la comédienne a voulu marquer les esprits.

Ce mercredi 2 juin, les agriculteurs bio se sont en effet donné rendez-vous à Paris pour manifester leur colère. En cause, les derniers arbitrages de la nouvelle PAC (Politique agricole commune), qui réduisent considérablement leurs aides. Pour rappeler au gouvernement que ces mesures les mettaient « à poil », plutôt que de bloquer les routes, ils ont préféré faire preuve d’autodérision : fin mai, la Fédération nationale de l’agriculture biologique a lancé le mouvement #labioapoil. Depuis, les photos d’agriculteurs et d’agricultrices nus dans leurs champs avec une pancarte pour seul vêtement se succèdent sur la toile.

Hier, Lucie Lucas a donc rejoint le mouvement d’une façon tout à fait à propos : Sous son post, la comédienne fustige sans détour les « renoncements irresponsables » du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation.

Extraits :« Les agriculteurs qui ont choisi un modèle agricole sans pesticide ni engrais de synthèse (et qui améliorent tous les jours la biodiversité, le climat et la santé) vont perdre en moyenne 132 € par hectare et par an, c’est-à-dire en moyenne 66 % de leurs aides ! De quoi mettre le bio complètement à poil… Et décourager toute transition agroécologique par la même occasion. »

« Pourtant nos impôts devraient servir à soutenir et financer la transition de nos territoires vers l’autonomie et la résilience dans la fraternité ! Pas à aggraver les injustices, la propagation de la pollution et la destruction de la biodiversité. C’est une honte ! »

« Un changement de cap est indispensable pour assurer un renouvellement générationnel parmi les agriculteurs, gagner en résilience face au changement climatique, préserver la biodiversité et les ressources naturelles, amoindrir notre dépendance en fruits et légumes importés, etc. »

Un geste aussi audacieux que bienvenu. Pour signer la pétition de la Fédération nationale d’agriculture biologique, c’est par ici

 

Aujourd’hui, les agriculteurs bio se mettent à poil ! Pourquoi ?
Les agriculteurs bio manifestent aujourd’hui à Paris et dans chaque département pour dénoncer les propositions discutées dans le cadre de la nouvelle PAC (la Politique Agricole Commune) et qui mettraient « #LaBioAPoil »agr 📢
« Le 21 mai dernier, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation @julien.denormandie, a présenté des renoncements irresponsables pour l’emploi agricole, l’environnement et la prise en compte des attentes sociétales. Résultat des courses : les agriculteurs qui ont choisi un modèle agricole sans pesticide ni engrais de synthèse (et qui améliorent tous les jours la biodiversité, le climat et la santé) vont perdre en moyenne 132€ par hectare et par an, c’est à dire en moyenne 66% de leurs aides ! De quoi mettre le bio complètement à poil…et décourager toute transition agroécologique par la même occasion… Pourtant nos impôts devraient servir à soutenir et financer la transition de nos territoires vers l’autonomie et la résilience dans la fraternité ! Pas à aggraver les injustices, la propagation de la pollution et la destruction de la biodiversité. C’est une honte !
Un changement de cap est indispensable pour assurer un renouvellement générationnel parmi les agriculteurs, gagner en résilience face au changement climatique, préserver la biodiversité et les ressources naturelles, amoindrir notre dépendance en fruits et légumes importés, etc.
Partageons cette action et signons la pétition disponible dans ma bio adressée au Président de la République pour soutenir les agriculteurs-rices bio »

#SolidaireAvecLesBioAPoil #LaBioAPoil #LaBioPourTous #PAC #PourUneAutrePAC #SolidaritéPaysanne #Manifestation #TousSolidairesAvecLesPaysans #Agriculteurs #AgriculteursBio #Bio #Agriculture #Alimentation #TransitionÉcologique #Agroécologie

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C.A. 

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