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Régionales 2021 : en Auvergne-Rhône-Alpes, le durcissement de la droite se banalise et les gauches avancent désunies

Laurent Wauquiez, le président (LR) dessine une droite ouverte à l’extrême droite. Pour son retour en politique, Najat Vallaud-Belkacem essaye de rassembler.

L’échange est presque passé inaperçu, lors de la dernière session du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes (AURA), le 29 avril. Entre deux délibérations, Laurent Wauquiez (Les Républicains, LR) rend un vibrant hommage à Charles Perrot, président du groupe du Rassemblement national (RN). « Nous partageons la volonté du redressement de notre pays. Je suis convaincu que cela peut commencer par notre région », dit l’ancien porte-parole du gouvernement Fillon à l’élu RN de l’Isère. Pas d’incompatibilité majeure, une perspective nationale.

Pour sa dernière séance avant la campagne, M. Wauquiez, 46 ans, trace les lignes de la droite : ouverte à l’extrême droite. L’allégeance ne semble émouvoir personne, dans cette assemblée qui a vu chuter Charles Millon en 1998. A l’époque, l’élu (UDF) avait provoqué un séisme et plombé sa carrière politique en passant un accord avec le frontiste Bruno Gollnisch, pour tenter de sauvegarder son fauteuil régional. Un quart de siècle plus tard, le durcissement de la droite se banalise dans la deuxième région de France.

Avec 36 % d’intentions de vote, Laurent Wauquiez devancerait de seize points le RN au premier tour, selon une enquête IFOP-Fiducial menée du 17 au 21 mai auprès d’un échantillon de 993 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 1 101 personnes, représentatif de la population Auvergne-Rhône-Alpes, pour Lyon Capitale et Sud Radio. La liste de La République en marche (LRM) est située en troisième position à 14 %, suivie des écologistes (12 %), du Parti socialiste (11 %), et de la liste communistes- « insoumis » (6 %).

Trois autres listes se sont déclarées à la préfecture : Lutte ouvrière (LO) ; « Union essentielle », proche du mouvement antimasques et des positions de l’ancien candidat à la présidentielle François Asselineau, et une liste communautariste (« l’Union des démocrates musulmans de France »). En tout, neuf listes se présentent au premier tour des élections régionales d’AURA.

« Il nous asphyxie »

Dès le début de son mandat, M. Wauquiez a voulu installer une crèche de Noël dans le hall du siège de la région, ainsi qu’instaurer la « clause Molière », visant à imposer la langue française dans l’attribution des marchés des travaux publics.

Ces initiatives ont été retoquées par la justice administrative, mais leur motivation civilisatrice refait surface avec force, au moment où l’ex-président de LR brigue un deuxième mandat régional. « Je n’ai jamais caché mon refus total de toute compromission par rapport au sujet de l’islamisme et du communautarisme », déclare ainsi le candidat à sa réélection, dès son premier discours de campagne, le 11 mai à Tarare (Rhône).

Son affiche électorale montre un horizon rural, avec l’église en évidence au centre du village. A ceux qui y verraient une référence à la célèbre affiche de la campagne gagnante de François Mitterrand en 1981, l’entourage du président sortant précise : « Nous, nous n’avons pas gommé l’église. »

A chaque discours, Laurent Wauquiez égrène les faits divers récents, rappelle l’installation de 6 000 caméras de surveillance durant sa présidence, et promet de financer les équipements de polices municipales. « Notre priorité absolue, c’est le retour de la sécurité », insiste-t-il, le 18 mai, en présentant la liste LR de la métropole de Lyon.

En s’emparant des thèmes régaliens de l’autorité, sans s’attarder sur les principales compétences de la région (transports, lycée), l’ancien ministre préempte les thèmes de prédilection de Marine Le Pen. A un journaliste de l’hebdomadaire Tribune de Lyon qui lui demande pour qui il voterait en cas de candidat du RN au second tour en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), Laurent Wauquiez entretient le flou : « Je ne vote pas en PACA. »

Son avance dans les sondages le met à l’abri des risques d’implosion que subit LR dans d’autres régions. Pour limiter toute tentation de défection, le patron de la droite régionale a rempli ses listes d’élus du parti. Tous les cadres LR figurent parmi les trente-sept candidats de la liste de la métropole de Lyon.

Rare exception, Sarah Bodhuin, en vingt-deuxième position, s’est fait remarquer à la tête d’une association de riverains dénonçant les nuisances et les rodéos dans la Presqu’île lyonnaise. Sa récupération dans le giron LR démontre que le président sortant n’entend pas laisser au RN la captation des colères et des peurs. « Il fait du Front. Il nous asphyxie », soupire Christophe Boudot, tête de liste du Front national lors du précédent scrutin. Désormais chargé de la liste RN du Rhône, l’élu du Beaujolais reconnaît que la partie est compliquée face à M. Wauquiez.

Transfuges tous azimuts

Les instances nationales du RN ont parié sur un renouvellement des cadres, en confiant la tête de liste à Andréa Kotarac, 32 ans, ancien conseiller régional, élu en 2015 sous la bannière de La France insoumise (LFI). Partisan du localisme « contre le mondialisme et l’islamisme », le candidat RN concentre ses attaques contre le président sortant. « Il est venu sur nos thèmes mais il est beaucoup dans la communication, le racolage. Il a mis en place un système clientéliste en instaurant un référent LR dans chaque département, chargé de filtrer tous les dossiers remontant à la région », affirme M. Kotarac, en présentant ses listes, le 20 mai.

« Nous sommes les véritables challengeurs. Muselier, Pécresse, les LR sont en train de craquer de partout », scande le chef de file du parti lepéniste, en rappelant que Laurent Wauquiez avait favorisé l’alliance des candidats LR avec Gérard Collomb (ex-LRM) lors des dernières élections métropolitaine et municipale à Lyon.

En ces temps de transfuges tous azimuts, Andréa Kotarac se félicite que Stéphane Blanchon, ex-secrétaire de la fédération santé de l’UNSA (exclu du syndicat), mène la liste RN de la Drôme. Il annonce tout aussi fièrement qu’un vice-président (LR) du département du Rhône vient de passer sous la bannière du RN. Ancien maire d’Oingt, Antoine Duperray a choisi de rejoindre la liste lepéniste pour les élections départementales. L’annonce a jeté un froid au sein de l’exécutif départemental présidé par Christophe Guilloteau (LR), candidat à sa réélection.

Face au bloc des droites, l’opposition avance en ordre pour le moins dispersé. Macroniste de la première heure, Bruno Bonnell, 62 ans, allié au MoDem, cherche à reproduire la dynamique originelle du parti présidentiel. L’ancien entrepreneur compte plus de la moitié des candidats sans aucun mandat électif sur ses listes LRM. « Nous faisons le pari de la jeunesse et du renouveau », assure le député du Rhône, pour qui « cette élection n’est ni un marchepied pour l’élection présidentielle ni un prétexte à querelles idéologiques ».

M. Bonnell vise aussi bien Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand, ou Valérie Pécresse, rivaux potentiels d’Emmanuel Macron, que ses adversaires écologistes et socialistes, qu’il juge « trop dogmatiques ». En posant avec son chien sur son affiche électorale, le chef de file LRM prend le contrepied des thématiques anxiogènes, en espérant remotiver les déçus du mouvement lancé par le président de la République.

Un « cluster des gauches » espéré

Pour son retour en politique, Najat Vallaud-Belkacem, 43 ans, affronte une partie difficile, créditée de 10 % à 12 % des intentions de vote, dix points en deçà du premier tour de Jean-Jack Queyranne en 2015.

L’ancienne ministre socialiste de l’éducation cherche à mobiliser l’électorat jeune. Comme le 10 avril sur Instagram, lorsqu’elle échange longuement avec une jeune star des réseaux sociaux. Seule face à son téléphone, l’ancienne élue de Lyon joue la spontanéité, jusqu’au moment où son image se brouille, faute de réseau.

A l’image d’une campagne en demi-teinte, compliquée par les barrières sanitaires, Najat Vallaud-Belkacem espère provoquer un « cluster des gauches », en multipliant les étiquettes sur son affiche : Parti radical de gauche, Cap Ecologie… La candidate socialiste a même rallié les communistes (PCF) de l’Allier, engagés sur sa liste régionale, en échange d’un coup de pouce aux départementales.

Ce qui n’a pas manqué de provoquer l’ire de Cécile Cukierman, 45 ans, tête de liste du PCF, dénonçant une manœuvre de « félons ». La sénatrice de la Loire, associée à LFI, mène une intense campagne de terrain, volant d’usines en associations à la rencontre des classes populaires, pour passer la barre fatidique des 5 %. Les points du premier tour vont peser lourd dans la recomposition de la gauche régionale.

Partis très tôt en campagne, les écologistes bénéficient d’une forte mobilisation militante, comparable à la « vague verte » qui a précédé les victoires municipales dans les métropoles de la région, dont Grenoble et Lyon. Multipliant les déplacements et les tractages, Fabienne Grébert, 56 ans, a participé aux récentes marches pour le climat, s’affichant aux côtés des maires Eric Piolle et Grégory Doucet.

Alliée à Génération. s et à Génération Ecologie, la candidate Europe Ecologie-Les Verts essuie de violentes diatribes de Laurent Wauquiez. « Votre amateurisme est inquiétant, c’est surréaliste », a lancé le président sortant lors de la dernière session de la région, à propos de la conversion industrielle d’un site de Thales en Haute-Savoie. Avant de couper le micro à la chef de file écologiste. Signe de nervosité ?

La grande inconnue en AURA est de savoir si la spectaculaire dynamique municipale des écologistes est en mesure de bouleverser la donne aux régionales, où les territoires ruraux et périurbains pèsent autant que les zones urbaines. « L’écologie, ce n’est pas qu’une affaire de bobos », affirme Mme Grébert, en présentant, le 26 mai, « cent vingt mesures chiffrées destinées à amplifier la transition écologique ».

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