Edgar Morin, l’enfant d’un siècle…
Dans son dernier ouvrage «Leçons d’un siècle de vie», le philosophe revient sur les étapes clés de sa vie pour en souligner les erreurs, la difficulté de comprendre le présent et la nécessité de faire son autocritique pour réussir à vivre ensemble.

«Bien sûr, je préférerais passer l’été que le Léthé», tweetait Edgar Morin, début mai, faisant référence à l’un des cinq fleuves des enfers dans la mythologie grecque, «le fleuve de l’Oubli», première étape du passage de la vie au trépas. La mort, alors que le philosophe aura 100 ans le 8 juillet et que de nombreux hommages lui seront rendus, il y pense bien sûr et il ne s’en cache pas. C’est ainsi : elle guette. Ce n’est pas une raison pour arrêter de penser et surtout de partager ses réflexions. Leçons d’un siècle de vie, qui sort cette semaine, est peut-être son dernier ouvrage (ou peut-être pas). Il aurait pu en faire un essai autocentré sur lui-même, à sa propre gloire. Il aurait pu aussi donner des conseils de manière sentencieuse, du haut de son grand âge, à tous ces petits jeunes qui ne comprennent rien.
Le philosophe et sociologue Edgar Morin, qui fête ses 100 ans en juillet, livre ses « Leçons d’un siècle de vie » dans un livre à paraître le 2 juin, a annoncé vendredi l’éditeur français Denoël.
« À 100 ans, Edgar Morin demeure préoccupé par les tourments de notre temps. Ce penseur humaniste a été témoin et acteur des errances et espoirs, crises et dérèglements de son siècle », souligne l’éditeur dans la présentation de l’ouvrage.
« Il nous transmet dans ce livre les enseignements tirés de son expérience centenaire de la complexité humaine », dans une « invitation à la lucidité et à la vigilance », ajoute Denoël.
Edgar Morin, né le 8 juillet 1921 à Paris dans une famille juive de Salonique, est passé par la Résistance, le journalisme, le Parti communiste (dont il a été exclu), le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), et est devenu l’un des grands intellectuels du XXe siècle.
Toujours actif, entre autres sur Twitter, et encore écouté, il a livré de nombreuses réflexions sur la crise sanitaire mondiale de l’épidémie de Covid-19.
Pour lui, cette crise a réveillé une violence que la fin des grands conflits entre Etats n’avait jamais fait complètement disparaître.
« On devrait chercher un vaccin contre la rage spécifiquement humaine, car nous sommes en pleine épidémie », écrit-il dans un extrait de ce livre révélé par l’hebdomadaire français L’Obs.
Edgar Morin semble accueillir la perspective de la fin de sa vie avec sérénité. « La barque de Caron se rapproche de moi », écrivait-il sur Twitter le 8 mai. Mais « bien sûr, je préférerais passer l’été que le Léthé », plaisantait-il ensuite.
L’homme est vif-argent et toujours curieux d’aujourd’hui. Le penseur est complexe, questionnant l’imprévu et l’incertain, et d’autant plus précieux en temps de crises. Une grande œuvre (soixante ouvrages), docteur honoris causa de trente-huit universités à travers le monde, ce monument national n’a pourtant pas vraiment fait école en son pays. Intellectuel médiatique avant l’heure, peut-être a-t-il dérouté des disciples pour embrasser trop de champs ?
Loin des chapelles et sans frontières, théoricien et militant, il a traversé le siècle, à contre-courant quand il le fallait. Il a pensé sa vie et vécu sa pensée, toujours là où ça se passe, aux premières loges de l’histoire. La politique a surgi chez lui à l’âge de 13 ans, au choc de la manifestation antiparlementaire du 6 février 1934. Résistant (sous le nom de Morin pour ses camarades) pendant la Seconde Guerre mondiale, il publie en 1946 son premier livre, « l’An zéro de l’Allemagne », en rupture avec l’antigermanisme d’alors.
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