Le « salut » de notre planète viendra-t-il vraiment des jeunes ?

De très nombreuses personnes, écrits et documentaires évoquent la responsabilité des jeunes et des générations futures dans la construction d’un monde meilleur, se dédouanant ainsi de notre capacité à agir maintenant. Mais les jeunes sont-ils vraiment plus sensibles et plus enclins que les adultes actuels à protéger et restaurer notre environnement ?
Plusieurs études ont pointé du doigt le manque d’implication concrète de la jeune génération pour la planète[1]. Interloqués par l’écart entre les résultats de ces études et l’image de sauveurs de la planète conférée aux jeunes de 18/25 ans, l’Institut Les Humains, spécialisé dans l’innovation et la transformation durable de la marque a souhaité comprendre ce phénomène. Pendant un an, entre mars 2020 à mars 2021, « Les Humains » a interrogé 238 jeunes de 19 à 25 ans[2], lors d’entretiens individuels ou en groupe… Cette large étude qualitative déboulonne le mythe du jeune « écolo-sauveur » et en explique les raisons.
« Un futur qui fait envie »**
« Humeur souvent terne en ces temps de pandémie ? Quel futur pourrait faire envie à des filles et des garçons de dix-sept ans ? Qu’est-ce qui va bien dans notre société ? Que faudrait-il pour être heureux à vingt-cinq ans ? Comment soigner et protéger la planète dégradée par nos modes de vie ?… Autant de questions abordées par une petite centaine d’élèves de quatre établissements scolaires (lycées et MFR) en ce mois de mai 2021 » explique Jean Louis Virat, responsable du Laboratoire de la Transition.
Cette première expérimentale pilotée par l’association Le Laboratoire de la Transition de Die, était initiée par les associations Biovallée et Ecologie au Quotidien. Quatre demi-journées ont été consacrées à la réflexion collective. A partir d’une pédagogie ludique et impliquante, les élèves ont pu exprimer leurs craintes, leurs espoirs, leurs façons de se comporter… « Quelques voix se sont élevées pour critiquer une écologie trop contraignante ou punitive. Mais une large majorité a exprimé son désir de changer nos façons de vivre. Quant à la pédagogie qui permet à chacune et chacun de s’exprimer elle a été plébiscitée » commente Estelle Gilliot une des animatrice. D’ailleurs, les quatre établissements concernés souhaitent renouveler l’opération et d’autres ont déjà manifesté leur intérêt.
« Pour les animateurs cette expérience encourageante a été riche d’enseignement. Principalement, le contenu et la pédagogie doivent être adaptés à chaque type de public. Car les niveaux de conscience et de connaissance sont très divers. De même que la volonté d’agir ou de réagir » pour Caroline Sorez.
D’autres sessions seront organisées dès la rentrée scolaire. Elles seront enrichies des premières expériences. Elles distingueront, selon les publics, les constats et enjeux, la vision d’un futur désirable, les mesures qu’il « faudrait » prendre, les envies et engagements personnels. Un séminaire réunira des représentants de chaque établissement à l’occasion des prochaines « Rencontres de Die et de la Biovallée » en février 2022.
« Car c’est à notre jeunesse, directement et durablement concernée, d’exprimer ce qu’il faudrait pour être heureux demain » conclu Mr Virat.
** Sont impliqués dans cette approche « MOBITER », deux lycées publics, deux lycées privés, deux MFR (maison familiale rurale) et deux CFA (centres de formation) de la Drôme à ce jour.
Des jeunes sensibilisés mais pas impliqués
S’ils s’estiment fortement sensibilisés par les questions environnementales (7/10 en auto évaluation), les jeunes avouent pourtant un manque de connaissance en matière d’enjeux et d’impacts de l’activité humaine sur la planète et ne vont pas chercher à en savoir plus.
Ils reconnaissent d’ailleurs leur faible niveau d’implication au quotidien (4/10 en auto évaluation de leurs actions concrètes). Pour eux, les « efforts » pour l’environnement se focalisent avant tout sur la consommation. Ainsi, ils citent le pouvoir d’achat comme le premier levier d’action environnementale. Encore dépendants de leurs parents, ils n’éprouvent aucune culpabilité à ne pas agir puisqu’ils n’ont pas la capacité financière de le faire.
« Notre étude montre que les jeunes ne remettent pas en cause fondamentalement le modèle économique actuel » explique Sabine MARECHAL, directrice de l’Institut LES HUMAINS. « C’est d’ailleurs un point de divergence fondamental avec leurs ainés qui le considèrent pas ou peu compatible avec la question climatique. » ajoute-t-elle.
Encore plus étonnant : pour préserver l’environnement, ils ne citent quasiment pas la réalisation de gestes simples (tri sélectif, éteindre les lumières…) ou même l’engagement personnel dans une association ou un projet solidaire.
Toutefois, à croire que l’on pouvait « sauver la planète » en fermant le robinet pendant qu’on se lavait les dents, la crise environnementale a été minimisée et s’est finalement aggravée avec la massification de la société de consommation au niveau mondial. Et pourtant, certains gestes éco-citoyen ont une véritable portée et sont de puissants leviers mais souffrent d’un manque de considération, voire de dénigrement.
La faute aux marques, pourtant …
Symboles de la société de consommation, et donc responsables des impacts négatifs de l’activité des hommes sur la planète, les marques sont clairement désignées coupables par les jeunes qui attendent de leur part des actions correctrices. Et à ce titre, ils ne différent guère des adultes qui se déchargent allègrement de leur responsabilité sur les décideurs politiques et économiques, un bon moyen de ne rien changer tout en critiquant.
Les jeunes interrogés se définissent eux-même comme des « purs produits de la surconsommation ». Ils vont jusqu’à se considérer victimes de cette pression consommatoire omniprésente des marques qu’ils considèrent comme une « emprise sur le cerveau » avec le « bombardement » permanent de messages.
Parallèlement, ils se montrent incapables d’envisager un autre modèle que le consumérisme absolu. Leur « obligation d’être connectés » et le surcoût lié à la consommation responsable semblent parfois servir d’étendard fort pratique à une impuissance plus affichée que réelle.
L’innovation pour sauver la planète
Pour les jeunes interrogés, difficile de citer spontanément des marques « responsables ». De manière générale, ils mettent en avant le « brouhaha » médiatique et estiment qu’aucune marque ne se différencie donnant l’impression qu’elles sont en retard sur ces questions. Ils rejettent aussi les publicités à la télévision, emblématiques de la surconsommation.
Ils doutent de la réalité des actions derrière les engagements de communication. Des marques, ils attendent des arguments concrets et visibles comme par exemple des packagings plus écologiques, un petit plus qui ne change pourtant pas grand chose au problème de fond de la surconsommation.
Un paradoxe pourtant : ils ne semblent pas prêts à les boycotter ! Mais leur « contribution positive » se limite à s’indigner sur les réseaux sociaux.
Selon eux, les solutions permettant d’éviter la catastrophe viendront de l’innovation. Ainsi, toute communication qui présente les efforts environnementaux d’une marque sous l’angle de la R&D, de la technologie ou de la créativité est très bien reçue, même si l’on sait que ce n’est pas la technologie qui pourra « sauver » notre monde des bouleversements majeurs en cours, mais bien la raison.
« Pour engager les jeunes, la marque doit se présenter dans l’imaginaire inspirant du progrès, comme refondatrice d’un avenir responsable, moins négatif et aux impacts plus maîtrisés. » poursuit Sabine MARECHAL. « Elle doit aussi inciter à agir, par exemple en relayant un message impliquant, proposant de planter un arbre contre un share sur un réseau social… » conclut-elle.
Au final, selon cette étude, les jeunes se sentent impuissants. Si ils dénoncent le système de surconsommation, ils n’y renoncent pas…
Dans tous les cas, cette étude confirme que le changement structurel, profond et rapide de société dont nous avons besoin maintenant ne viendra pas des jeunes ni des générations futures qui ne feront sans doute ni mieux, ni pire que les adultes actuels…
Notes
- Parmi elle, l’étude de référence du CREDOC en 2019
- Les jeunes interrogés suivaient des études post BAC et résidaient en région parisienne : 77% étaient installés en Ile-de-France depuis moins de 3 ans (pour suivre leur cursus), 23% étaient originaires de la région.
Ophélie Bontemps et MCD ( « Un futur qui fait envie » est paru aussi dans le Dauphine Libéré.