Une nouvelle stratégie européenne pour protéger les forêts
Le texte, présenté vendredi, prône la défense d’écosystèmes sains et résilients pour leur permettre d’assurer l’ensemble de leurs fonctions.

C’est un document qui vient compléter l’imposant « paquet climat » de la Commission européenne et qui doit contribuer à atteindre l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre du continent. La nouvelle stratégie de l’Union européenne (UE) pour les forêts, présentée vendredi 16 juillet, vise à mieux préserver ces écosystèmes, « soumis à des pressions croissantes ». Elle affirme qu’avoir des forêts « plus vastes, plus saines et plus diversifiées » est une condition préalable pour qu’elles puissent, à l’avenir, fournir des moyens de subsistance aux populations et remplir leurs fonctions socio-économiques.
« Le mot-clé, c’est la multifonctionnalité, a assuré le commissaire à l’agriculture, Janusz Wojciechowski. La question est de savoir comment mieux protéger les forêts, d’un point de vue environnemental et climatique, mais aussi en prenant en compte les aspects sociaux et économiques. » « Seules des forêts résilientes pourront permettre d’assurer cette multifonctionnalité, a complété Virginijus Sinkevicius, le commissaire à l’environnement. Cette stratégie impulse des changements à tous les niveaux. »
Protéger les dernières forêts anciennes et primaires
En termes de conservation, le texte appelle à protéger de manière stricte les dernières forêts anciennes et primaires d’Europe. Selon les estimations, celles-ci couvrent moins de 3 % du territoire, mais représentent des puits de carbone importants tout en hébergeant une biodiversité particulièrement riche. La Commission s’est engagée à parvenir, d’ici à la fin de l’année, à une définition de ce que sont ces forêts anciennes et primaires et de ce qu’implique un mécanisme de protection stricte.
La stratégie entend aussi peser sur la façon dont sont exploités ces écosystèmes pour encourager des pratiques plus durables. Elle affirme qu’il faut créer et maintenir des parcelles diverses plutôt que des plantations en monoculture, que les coupes rases doivent être limitées au maximum, les souches et racines laissées sur place et le sol préservé. Des certificats visant à mieux identifier les produits en bois issus d’une gestion « proche de la nature » pourraient également être mis en place, et la Commission propose de réorienter des aides pour que les quelque 16 millions de propriétaires et les exploitants soient incités financièrement non seulement à fournir des matériaux, mais aussi à protéger et restaurer. Alors que les informations précises sur l’état de santé réel des forêts à l’échelle européenne sont aujourd’hui lacunaires, un système coordonné de surveillance pourrait être mis en place par le biais d’une nouvelle proposition législative sur l’observation, la collecte de données et la soumission de rapports périodiques.
« Eléments encourageants »
Le texte recommande encore que le bois soit utilisé autant que possible pour des produits à longue durée de vie, ce qui pourra « aider à atteindre la neutralité climatique en stockant le carbone et en remplaçant les matières fossiles ». La construction est particulièrement visée, les produits du bois représentant moins de 3 % des parts de marché du secteur. Les autres usages de la forêt, comme par exemple l’écotourisme, sont également encouragés.
Plusieurs organisations de défense de l’environnement ont salué une stratégie allant dans la bonne direction et contenant des « éléments encourageants ». « Pour la première fois à ce niveau, un cadre est proposé pour construire une politique forestière s’appuyant sur les écosystèmes et avec un objectif clair de restauration de la biodiversité, a réagi Sylvain Angerand, le fondateur de l’association Canopée. Le fait que la Commission ait résisté aux sirènes des partisans d’une gestion plus intensive des forêts est à souligner. »
Le Fonds mondial pour la protection de la nature (WWF) regrette toutefois qu’une précédente version de la stratégie, qui avait fuité fin juin, ait été affaiblie en raison des nombreuses pressions exercées par différents acteurs de l’industrie forestière et des Etats-membres. Elle pointe par exemple la proposition législative sur l’observation et la collecte de données. « Le projet précédent contenait un ensemble de critères obligatoires pour évaluer si une forêt est gérée de manière durable, décrypte le bureau européen de l’organisation. Ceux-ci ont été supprimés et ne seront utilisés que sur une base volontaire. »
« Demande gargantuesque de bois »
Selon plusieurs organisations, le texte sera aussi insuffisant pour éviter une intensification de l’exploitation allant à l’encontre des objectifs climatiques et de biodiversité. « Bien que la stratégie comprenne des éléments pour mieux surveiller les forêts, elle ne peut répondre à la demande gargantuesque de bois induite par la directive sur les énergies renouvelables et par la promotion sans entrave de la bioéconomie, estime l’ONG Fern. Les remèdes proposés sont trop timides pour relever le défi. »
La question de l’utilisation de bois pour produire de l’énergie fait l’objet de vifs débats au niveau européen, la biomasse étant actuellement la principale source d’énergie renouvelable. Lors de la présentation de son plan climat mercredi, la Commission a annoncé vouloir relever à 40 % la part des renouvelables dans le mix énergétique en 2030, contre un objectif actuel de 32 %. Les ONG estiment que les critères de durabilité exigés pour avoir recours à la biomasse n’ont été révisés qu’a minima dans la directive sur les énergies renouvelables.
La stratégie européenne rappelle que la quantité de bois utilisée pour produire de l’énergie doit rester « dans les limites de la durabilité ». Elle précise que les troncs, les souches et les racines ne doivent pas être utilisés et en appelle aux Etats-membres pour qu’ils conçoivent leurs régimes de soutien à l’utilisation de la biomasse de manière à « minimiser les effets nocifs pour la biodiversité ». « L’utilisation de la biomasse forestière doit être faite de manière équilibrée, nous ne pouvons pas créer un nouveau problème en essayant d’en résoudre un, a assuré Virginijus Sinkevicius. Mais nous devons aussi respecter les compétences des Etats. Nous proposons une stratégie, une boussole qui doit nous guider pour assurer une bonne protection de la forêt et un dialogue fructueux. »