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Covid-19 : place aux citoyens éclairés !

Covid-19 : place aux citoyens éclairés !

C’est désormais prouvé, les scientifiques détenteurs d’un savoir ne sont pas compétents pour décider des politiques publiques en situation de crise. Mais les politiques détenteurs du pouvoir ne le sont pas davantage. Seuls les citoyens peuvent devenir compétents et légitimes puisqu’il s’agit de leur vie, mais à condition qu’ils s’arment de tous les acquis des premiers. L’objectif des mesures que nous proposons est de restaurer la confiance indispensable entre la population, les sachants et les gouvernants en instaurant une véritable démocratie sanitaire.

Jacques Testart, biologiste, pionnier de la fécondation in vitro, directeur de recherche honoraire à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), président d’honneur de la Fondation Sciences Citoyennes (FSC). / Crédit G. Libot.

AU SIÈCLE Passé les hypocondriaques, encore plutôt rares, se nourrissaient du Larousse Médical pour établir un auto-diagnostic ou vérifier la prescription du médecin.

Le progrès a proposé des sites spécialisés permanents mais aussi des espaces de défoulement pour prétendus savants, où beaucoup de nos contemporains s’épuisent à rechercher des réponses à des questions légitimes, Covid-19 oblige[1].

Nous convenons que « chacun a le droit de savoir » mais cette crise révèle qu’il s’agit d’un vœu pieux tant que les experts savent si peu et qu’une politique sanitaire absurde a secrété méfiance et complotisme[2].

Au mieux le péquin inquiet pourra ramasser quelques notions consensuelles. Au pire il pourra se saouler de théories sans réel fondement mais qui font quasi autorité grâce à leur partage intensif sur le Net tandis qu’un autre péquin inquiet sera convaincu d’une thèse inverse propagée par un autre « expert », la « désinformation virale » étant prévue par une spécialiste comme « le risque pandémique majeur » un an avant l’irruption du Covid-19[3].

Caricature : ce sont les médias eux-mêmes qui s’étonnent du large refus d’un vaccin dont ils ont rabâché les risques à longueur d’antenne…

La seule chance de voir clair dans ce fatras d’« informations » est de s’y consacrer à plein temps ou presque et de façon collégiale pour mieux distinguer l’important de l’anecdotique, le bien fondé de l’impression.

Il est tant de discours à démonter que les efforts individuels pour savoir ne sont plus récompensés par la vérité et peuvent même cultiver l’erreur. Peut-être qu’un citoyen conscient d’être mal informé demeure plus perspicace qu’un autre satisfait de s’être fait une religion ?

Allons au but : la seule chance de voir clair dans ce fatras d’« informations » est de s’y consacrer à plein temps, ou presque, et de façon collégiale pour mieux distinguer l’important de l’anecdotique, le bien fondé de l’impression.

C’est pourquoi je pense qu’en ces temps d’angoisse pandémique, les citoyens ne peuvent être éclairés que par certains d’entre eux qui, par goût ou par civisme, acceptent de se coltiner le boulot d’analyse critique que nul ne peut assumer seul. Et c’est pour être certain de ne pas promotionner un groupe de pression que nos missionnés doivent être issus d’un tirage au sort.

Quand notre « épidémiologiste en chef » a créé un « Collectif citoyen sur la campagne de vaccination contre le Covid-19 », vraisemblablement sous la pression du comité scientifique qui demandait un « comité de liaison avec la société », j’avais immédiatement condamné cette instance pourtant tirée au sort[4].

C’est que chat échaudé craint l’eau froide et que, outre le mépris témoigné par Emmanuel Macron pour les résultats d’une autre instance créée par lui − la Convention citoyenne sur le climat −, la mission et le fonctionnement de ce collectif citoyen n’étaient pas très clairs et limités à la seule stratégie vaccinale.

De fait, ce collectif vient de rendre un rapport[5], où il démontre sa soumission au pouvoir par le but qu’il s’assigne − « Permettre aux citoyens de mieux comprendre et d’adhérer aux décisions prises par le gouvernement » − comme par son énumération des « acteurs clés de la mise en œuvre » − gouvernement, scientifiques, professionnels de santé, médias, etc. Où ne manque que la population.

Le pouvoir devrait se méfier de sa propension nouvelle à enterrer les oppositions par la création d’instances issues du sort plutôt que de l’élection car l’intelligence collective est surprenante et peut vite le menacer.

Pourtant, le pouvoir devrait se méfier de sa propension nouvelle à enterrer les oppositions par la création d’instances issues du sort plutôt que de l’électionar , car l’intelligence collective est surprenante et peut vite le menacer : comme la Convention Climat, qui a émis des propositions largement appréciées malgré son encadrement intensif.

Ce collectif vaccination a produit un rapport qui n’est pas sans intérêt, même si la servilité à l’égard de ses formateurs officiels apparaît : « Il faut se tourner vers des experts, tels le Professeur Alain Fischer par exemple. Un des effets escomptés est qu’avec cette ou ces personnes identifiées, ça évite de polluer l’esprit des gens, avec plein de positions diverses sur un sujet. » Sûr qu’avec une seule parole il n’y a pas cacophonie !

Comme pour se poser en alternative au collectif sur la vaccination, la Conférence nationale de santé, instance consultative qui réunit depuis 25 ans les « représentants des parties prenantes du système de santé », critique « une stratégie vaccinale qui devient l’alpha et l’oméga de la lutte contre la pandémie »[6].

Il faut bien sûr que la gestion de crise implique le Parlement, actuellement écrasé par l’exécutif et comme sidéré par la confusion qui règne, y compris dans les arguments des scientifiques supposés éclairer les politiques. Mais, et au bénéfice vraisemblable du Parlement lui-même, l’implication des citoyens est essentielle.

Cela commencerait par la constitution d’un collectif tiré au sort mais, pour éviter que ce groupe ne s’abreuve qu’à la source politiquement correcte des deux comités de spécialistes nommés par le pouvoir, il faut un pilotage indépendant et des pratiques transparentes.

Ainsi, on peut imaginer que deux déontologues[7] accompagnent le collectif, en conseillant une information hiérarchisée et variée après l’initiation du groupe aux notions essentielles et objectives de virologie, d’épidémiologie et de validation scientifique.

La vie biologique se trouve sacralisée comme si le but de chacun devait seulement être de différer sa mort.

 

Le collectif citoyen travaillerait alors, avec un accès permanent à tous les experts, sur tout ce qui fait polémique, comme : l’efficacité des mesures barrières et du confinement, le rôle des enfants dans la contagion, les avantages et les risques des divers vaccins et possibles médicaments, [8] le ciblage de la population traitée, l’immunité de groupe face aux variants, les suites psychologiques et sanitaires du Covid-19, etc.

En quelques semaines, le collectif devrait être capable de tenir un point d’information hebdomadaire, sans tomber dans le paternalisme autoritaire à la mode Castex/Véran. La population trouverait là en continu des éléments solides de savoir − et d’ignorance − qui lui éviteraient les errements numérisés à la recherche de l’impossible « Vérité », surtout si le collectif national de citoyens impulse des collectifs locaux autonomes.

Ce socle de connaissances établi dans la confiance − qui pourrait mieux conseiller les citoyens que leurs semblables devenus compétents sans en tirer un intérêt personnel ? − permettrait à chacun de se comporter en personne réellement éclairée, jusqu’à pouvoir critiquer sérieusement[9] les stratégies proposées par les instances scientifico-politiques nationales.

Alors, seraient éprouvées des alternatives en s’appuyant sur les réalités locales, en développant des mécanismes et des réseaux de solidarité, en menant des assemblées délibératives dans les écoles, les hôpitaux, les entreprises, les quartiers, associant personnels, syndicats, scientifiques, partis politiques et associations. Des retours d’expériences via le collectif citoyen permettraient de valider certaines pratiques.

Seule une population éclairée peut se prendre concrètement en charge en résistant au pouvoir qui infantilise à force de consignes obligatoires.

Seule une population éclairée peut se prendre concrètement en charge en résistant au pouvoir, qui infantilise à force de consignes obligatoires, comme aux médias, qui terrorisent à force d’informations ressassées et presque toujours contredites.

C’est alors la soumission qui gagne, avec l’accablement et l’impuissance, puisque la prescription continue de mesures mal justifiées entraîne la docilité générale, d’autant que la vie biologique se trouve sacralisée, comme si le but de chacun devait seulement être de différer sa mort.

Qui gagne à ce jeu dangereux évinçant les citoyens du choix de leurs façons de survivre ?

L’État autoritaire, d’abord, puisqu’il y trouve l’occasion de lois renforçant son pouvoir bien au-delà de la crise. Les Big pharmas ensuite, qui, après avoir désarmé leur secteur de recherche, nous inondent de vaccins brevetés dont ils obtiennent même de ne pas assumer les risques − Pfizer et Moderna, qui ont reçu des milliards pour développer leurs vaccins, escomptent engranger ensemble 44 milliards de dollars en 2021. Puis les entreprises du CAC 40, qui viennent de verser à leurs actionnaires 51 milliards de dividendes juste après avoir été abreuvées des aides de l’État. Et les « GAFAM » américaines, qui ont poursuivi leur business as usual et fait des bénéfices inédits, tout en accélérant la numérisation du monde[10].

 

 

Quant aux populations, elles sont éprouvées dans tous les aspects de leur vie, sanitaire, sociale, économique, et de plus en plus soumises au contrôle numérique permanent et généralisé pour un ordre nouveau que confirmeront les pandémies à venir.

Et c’est pour cet avenir que s’impose un autre niveau de sursaut démocratique, puisqu’on sait que les méchants microbes n’apparaissent pas par hasard : ils sont sélectionnés et propagés par de graves atteintes à l’environnement (déforestation, perte de biodiversité…) et les modes de vie contemporains (urbanisation à outrance, hypermobilité, mondialisation…), sans oublier le réchauffement climatique, surtout dans le cas des bactéries qu’on aurait tort d’ignorer.

Les scientifiques détenteurs d’un savoir ne sont pas compétents pour décider des politiques publiques en situation de crise.

Ici, une véritable convention de citoyens serait nécessaire selon une procédure rigoureuse[11] afin d’approfondir ces causes et de proposer des mesures préventives − telle la surveillance des milieux et des espèces hôtes de virus − autant que des investissements dans la recherche[12] − comme sur les « covids longs » et les médicaments − et dans les capacités hospitalières − personnels et matériels, surtout en réanimation.

C’est désormais prouvé, les scientifiques détenteurs d’un savoir ne sont pas compétents pour décider des politiques publiques en situation de crise. Mais les politiques détenteurs du pouvoir ne le sont pas davantage.

Seuls les citoyens peuvent devenir compétents et légitimes puisqu’il s’agit de leur vie, mais à condition qu’ils s’arment de tous les acquis des premiers.

L’objectif des mesures que nous proposons est de restaurer la confiance indispensable entre la population, les sachants et les gouvernants en instaurant une véritable démocratie sanitaire[13].

Jacques Testart, Jacques Testart, biologiste, pionnier de la fécondation in vitro, directeur de recherche honoraire à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), président d’honneur de la Fondation Sciences Citoyennes (FSC). / Crédit G. Libot.

 Illustration de Une : « Esquisse préparatoire au tableau La Liberté guidant le peuple » d’Eugène Delacroix / Domaine public

Peinture : « Le Malade imaginaire » de Honoré Daumier / Domaine public

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