Politique : Extrême droite : Florian Philippot joue la carte du pass
Comment regagner de la visibilité médiatique lorsque l’on a tout perdu ? Tout simplement en agrégeant la colère des citoyens suite à la pandémie de Covid-19.
Les manifestations contre le pass sanitaire sont l’occasion pour l’ancien numéro deux du Front national, Florian Philippot, de se relancer politiquement. Le parti qu’il a fondé fin 2017, Les Patriotes, n’a jamais décollé. Son leader a perdu son mandat de député européen en 2019 et, en juin dernier, la vingtaine de conseillers régionaux qu’il comptait encore. La direction du mouvement est assurée par une « équipe nationale » composée en immense majorité d’anciens frontistes de second rang, dont n’émerge personne.
Mais Philippot a eu très tôt une intuition : le potentiel de colères disparates que pouvait agréger la crise sanitaire. Celui qui, depuis le 14 juillet, est candidat à la présidentielle de 2022, a voulu faire de son parti « un cluster de résistance contre la dictature sanitaire ». Depuis huit mois, il organise donc chaque samedi des rassemblements sous les fenêtres du ministre de la Santé, publie une vidéo par jour et fait chauffer un compte Twitter suivi par 255 000 abonnés. Jusqu’à ces dernières semaines, c’était surtout la droite extrême, hors Rassemblement national, qui s’agglutinait avenue Duquesne : quelques centaines de personnes. La mobilisation du 17 juillet à Paris et en province a été assez importante, et Les Patriotes annonçaient un « rassemblement historique pour la liberté » le 24 juillet au départ du Trocadéro, ainsi que des cortèges à Nice, Lyon, Bar-le-Duc et Saint-Brieuc. C’est un début, qui peut laisser entrevoir au candidat la possibilité de récolter les 500 parrainages nécessaires pour se présenter, et, surtout, cette étincelle peut déclencher le feu à la rentrée en s’élargissant à d’autres revendications, par exemple les retraites.
Car Florian Philippot en est convaincu, le RN de Marine Le Pen a perdu deux de ses repères essentiels : le souverainisme intégral et la politique sociale. Dans une tribune publiée le 1er juillet dans Valeurs actuelles, il décrit un RN dont les militants auraient abandonné tout espoir de gagner et qui ressemblerait de plus en plus à des Républicains version « hard ». Certes, admettons qu’il existe une fenêtre, très petite, pour les partisans du Frexit et d’une droite sociale qui prendrait un peu du gaullisme de gauche et un peu du chevènementisme. Cela pèse combien ? Réponse aux régionales dans le Grand-Est, où Philippot menait une liste : 6,95 %. Assez pour embêter Marine Le Pen ? Pas certain, car le créneau souverainiste est encombré : Asselineau, Philippot, Dupont-Aignan… Et même Marine, qui dans la tête des Français reste une eurosceptique, mais une eurosceptique réaliste.
Le problème de Florian Philippot, c’est que les manifestations du samedi, comme les « gilets jaunes », ne peuvent que se radicaliser au fil du temps, de sorte que celui qui passait pour être à la gauche de Marine Le Pen prend le risque de se retrouver en candidat de ceux qui sont nettement à sa droite par leur vision du monde paranoïaque.