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Passe sanitaire : à Toulon, la droite nationaliste au premier rang des mobilisations

Aux cris de « liberté » et de « Macron démission », près de 50 000 personnes ont défilé dans le Sud-Est contre la politique sanitaire du gouvernement.

 

Lors d’une manifestation contre le passe sanitaire à Toulon, samedi 7 août 2021.

« Ça fait dix minutes que je filme et il en arrive encore ! » Téléphone en main, Claude s’enthousiasme. Le retraité, qui ne veut pas donner son nom de famille, s’est arrêté place Blache pour retransmettre en direct sur les réseaux sociaux le défilé contre le passe sanitaire et la vaccination obligatoire qui traverse Toulon ce samedi 7 août. Partis peu après 14 heures de la place de la Liberté, les manifestants viennent de s’arrêter quelques minutes devant la préfecture du Var, symbole pour eux de cet Etat qui « les privent de leur liberté ». Précédés par un cortège de motos, ils ont scandé « Macron démission » et appelé les gendarmes qui gardent la grille à les rejoindre. Puis, drapeaux tricolores au vent, ont mis le cap sur la mairie, tenue par le très macroniste Hubert Falco.

Sont-ils plus nombreux que la semaine précédente ? Claude en est sûr. Madeleine, « maman de gendarme scandalisée par l’arrogance de Macron » qui l’accompagne, tout autant. « Et les médias vont encore dire qu’on était 200 », grince-t-elle. Le 31 juillet, la force de la mobilisation dans la capitale du Var avait surpris. Surtout en pleines vacances. 13 000 manifestants, selon le quotidien Var Matin. Quelques milliers, selon la préfecture.

Ce 7 août, cette même préfecture annonce 19 000 manifestants. Près de 50 000 dans l’ensemble des villes du Sud-Est. « Je ne sais pas pourquoi les gens se sentent plus concernés ici, s’interroge Damien Guttierez, ancien élu départemental Rassemblement national (RN), désormais sans étiquette. Est-ce la forte implantation des “gilets jaunes” ? De la droite nationale ? Le passe touche tout le monde et impacte directement notre vie quotidienne. Des gens sans expérience revendicative se sentent concernés. La perspective d’une vaccination élargie aux moins de 12 ans irrite les parents. »

Sur la tribune de la place de la Liberté, le conseiller municipal de La Seyne-sur-Mer, ancien infirmier militaire, a pris la parole. « La France a perdu une bataille avec la promulgation de cette loi, mais elle n’a pas perdu la guerre. Résistance ! », hurle-t-il, devant une foule qui grossit. Dans la matinée, il a tenté de conduire une première action devant le fort de Brégançon, où séjourne Emmanuel Macron, à une grosse demi-heure de Toulon. L’initiative a tourné court. Perché dans la colline face à la résidence présidentielle, Damien Guttierez a, à peine, été entendu par la trentaine de manifestants qui l’attendaient sur la plage, au milieu des baigneurs. Les gendarmes ont confisqué son mégaphone et l’opposant a rebroussé chemin.

« Ceux qui sont là aujourd’hui ne sont pas tous des fachos »

A Toulon, l’autre figure du mouvement s’appelle Alexandre Juving-Brunet. Ex-capitaine de gendarmerie habitué des forums d’extrême droite sur Internet, il était troisième de la liste Zou dans le Var lors des récentes régionales. Une liste lancée par le maire d’Orange, Jacques Bompard, pour promouvoir la candidature d’Eric Zemmour à la présidentielle. Polo blanc qui fait ressortir sa solide constitution, débit mitraillette, l’ex-militaire ne lâche pas un drapeau bleu-blanc-rouge qu’il déploie à chaque halte. « “Gilets jaunes”, blouses blanches, robes noires, nous sommes un seul peuple », assure-t-il avant de lancer le cortège derrière une banderole « Sauvons le peuple, sauvons la France », siglée Comité de salut public.

Alain Bolla, ancien secrétaire départemental du Parti communiste dans le Var, a, lui, accroché un badge rouge PCF au revers de son tee-shirt. « Pour voir si on me dit quelque chose », sourit-il. S’il est là, explique-t-il, « c’est que l’enjeu est de permettre une prise de conscience générale pour changer les choses ». Il pointe les prochaines réformes des retraites ou de l’assurance-chômage, « l’autre partie du discours de Macron qu’il ne faut pas oublier ». Il reconnaît que voir Guttierez et Juving-Brunet prendre la parole, lui « pose un problème ». « Mais ceux qui sont là aujourd’hui, poursuit-il avec un geste circulaire sur la place, ne sont pas tous des fachos. » Comme une preuve, quelques sifflets accompagnent le discours d’Alexandre Juving-Brunet.

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Si l’organisation du défilé toulonnais semble clairement maîtrisée par l’extrême droite, le cortège apparaît hétéroclite. Familles, soignants en blouses blanches, « gilets jaunes », militants et élus du Rassemblement national, syndicalistes CGT avancent d’un même pas, reprennent les mêmes slogans. « Beaucoup de femmes et de jeunes aussi », note Frédéric Boccaletti, conseiller régional RN, derrière son écharpe d’élu. Dans la foule, on ne retrouve pas les détournements d’étoiles jaunes ou les comparaisons avec la Shoah qui ont choqué lors des premières journées de mobilisation.

« Ni antivax, ni cobaye », « Mon corps, mon choix », disent les slogans, quand ils ne visent pas directement Emmanuel Macron. Beaucoup, dans le cortège, n’hésitent pas à brandir en slogan des contre-vérités sur la vaccination. La tribune du sociologue du CNRS Laurent Mucchielli, parue puis retirée des blogs de Mediapart, est citée en exemple. Benjamin, 43 ans, informaticien, dont l’épouse, médecin, s’est fait vacciner « par obligation pour ne pas perdre son emploi », voit, lui, dans le choix laissé aux soignants, une « tentative d’extermination économique ».

« Héros hier, boucs émissaires aujourd’hui »

Cécil et Christine Périssé, professeurs de sciences économiques et sociales en lycée à Brignoles, rentrent de vacances. En 2019, tous deux ont défilé avec les « gilets jaunes », puis, plus tard, contre la réforme du baccalauréat. Aujourd’hui, ils retrouvent la rue à Toulon, pour protester contre « la dérive autoritaire de Macron ». « Les questions de la liberté et du choix individuel sont essentielles pour la survie de la démocratie », assure Cécil qui ne se voit pas « faire le tri de ses élèves à la rentrée entre vaccinés et non-vaccinés ». Emmanuel Macron a encore assuré, vendredi, que le passe sanitaire ne serait pas requis en cours, « de l’école maternelle jusqu’à la fac ».

« Nous sommes des fonctionnaires d’Etat, on défend les principes de la République et notamment l’égalité », complète Christine, qui assure qu’elle ne s’est « jamais sentie autant méprisée par un président ». Dominique, 53 ans, infirmière à l’hôpital de la Timone à Marseille, où un préavis de grève illimitée a été lancé par le syndicat SUD-Santé, porte, elle, une pancarte « Héros hier, boucs émissaires aujourd’hui ». Elle se souvient des heures où les soignants partaient « seuls au feu, sans masque et avec des sacs-poubelles comme blouses ». « Maintenant, le remerciement, c’est une vaccination obligatoire avec un produit dont on ne connaît pas encore les effets, rage-t-elle. Voir autant de monde, cela fait chaud au cœur… Même si j’ai quand même l’impression que la bataille est perdue. »

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Romain et Marie-Hélène Hazemann, jeune couple, sont venus avec leurs filles. Elle est vaccinée, lui non. « Il faut faire avec les doutes de chacun et montrer de la tolérance », assure-t-elle. Eléanore, 8 ans, arbore une pancarte « Non au masque à l’école ». « Elle n’en peut plus », confirme sa mère. Romain, lui, assure qu’il ne se fera pas vacciner. « Je me suis même posé la question de quitter mon emploi si on me l’impose », affirme cet employé de banque qui pensait que « le Conseil constitutionnel aurait l’intelligence de temporiser et d’éviter qu’on en vienne à des extrémités en coupant le pays en deux ».

« La souffrance des patients (…), l’épuisement des soignants. (…) Je comprends leurs sentiments, mais il y a une réalité différente, dont ils n’ont pas conscience »

« Le point de bascule sera dans les prochains jours, prédit déjà Damien Guttierez. Après la décision de cette semaine, beaucoup de gens se sont découragés mais, dès lundi, quand le passe sanitaire entrera vraiment en vigueur, on verra si la mobilisation tient. » Lui imagine déjà « des blocages de mairies, de préfectures ou de raffineries » ou, après l’échec du matin, un « retour devant le fort de Brégançon ».

Sur la place de la Liberté, où le micro est resté ouvert, Louis, étudiant en quatrième année de médecine, n’a pu s’empêcher de monter à la tribune. Face à ce qu’il reste de manifestants, il raconte ce qu’il a vu dans les services hospitaliers, « la souffrance des patients » et « l’épuisement des soignants ». « Je comprends leurs sentiments, mais il y a une réalité différente dont ils n’ont pas conscience », glisse-t-il, en quittant rapidement les lieux.

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