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Dans un camp climat dans le Rhône : « Le rapport du GIEC a été un déclic »

A Ranchal (Rhône), un camp climat d’Alternatiba, organisé avec les Amis de la Terre et Action non violente-COP21, réunit jusqu’à dimanche plusieurs dizaines de militants.

Lors d’une manifestation d’Action non violente-COP21 et des Amis de la Terre contre un centre Amazon à Brétigny-sur-Orge (Essonne), en 2019.

Lors d’une manifestation d’Action non violente-COP21 et des Amis de la Terre contre un centre Amazon à Brétigny-sur-Orge (Essonne), en 2019.

Quand le conseil municipal de Ranchal, une commune d’un peu plus de 300 habitants dans le Rhône, a dû se prononcer sur l’accueil du mouvement citoyen et climatique Alternatiba, pour l’édition rhodanienne de son camp climat 2021 organisé avec les Amis de la Terre et Action non violente-COP21, certains élus avaient mis en garde Jacques de Bussy, le maire. Pour eux, ces militants n’étaient que des « agitateurs » et des « provocateurs ». « Dans un territoire comme celui-ci, hyper conservateur, où il ne se passe pas grand-chose, ce mouvement peut surprendre les habitants », constate l’édile.

Un avis favorable du conseil plus tard, dans le bourg, en ce mercredi 18 août, des habitants observent de loin ces écolos, voisins de quelques jours, réunis du côté de l’école et de la salle des fêtes. « L’écologie, oui », dit l’un, mais il ne faut pas que ce soit « trop politique ». Il ira voir, mais de fait, il se montre méfiant face au mouvement. D’autres viendront aussi, mais tout aussi discrètement, sans s’attarder.

Pas de quoi déstabiliser les participants, qui se sont installés près du cimetière, pour cinq jours d’échanges et de formation. Pour signaler l’évenement, quelques banderoles et cartons de direction seulement, avec ce slogan « Changeons le système, pas le climat », répété à l’envi. Deux campings ont été prévus, la seule petite coquetterie du groupe : l’un est pour les couche-tôt, car éloigné de la scène épicentre des soirées, l’autre abrite les couche-tard qui s’évertuent à refaire le monde plus longtemps que les premiers. Entre les deux, derrière la salle des fêtes, le bar, dans une cave voutée.

Dix-neuf camps organisés au cours de l’été

A l’arrivée des visiteurs, première demande, la vérification du passe sanitaire. Puis chacun reçoit un bracelet : jaune pour ceux qui acceptent d’être pris en photo, rouge pour les autres. Les journalistes avaient été avertis quelques jours auparavant que le camp ne leur serait pas accessible samedi et dimanche. Simplement parce que le chargé de la presse, Valentin Baumstark, est absent, assure-t-il. « Il n’y a rien de secret », explique en riant le jeune étudiant lyonnais en sciences sociales.

« Ces camps sont un bon exercice d’éducation populaire, estime Max Rademacher, l’un des lanceurs d’Alternatiba en 2013. On gère toute l’organisation et on reste très sobres dans les moyens utilisés. » Mais mercredi, à l’ouverture du rassemblement, la météo est automnale, et tous conviennent quand même, avec le sourire, que pour les douches solaires, la sobriété s’annonce compliquée. Au menu des journées : ateliers de formation, concerts, théâtre, repas végétaliens partagés et parties de pétanque. Objectif du camp – l’un des 19 organisés de juillet à septembre à travers la France : apprendre et se préparer pour les mobilisations à venir.

Quelques dizaines de militants se retrouvent ici à Ranchal, la plupart venant de Lyon. Parmi eux, des étudiants, des ingénieurs, en nombre, un enseignant, un photographe vidéaste, une costumière ou encore une ancienne candidate EELV aux dernières régionales. Ils sont le plus souvent jeunes. Charles Carteron, 24 ans, fait partie des nouveaux venus. Casque autour du cou, yeux cerclés de lunettes, cheveux mi-longs et petite barbe, il essaie d’en savoir plus sur les moyens d’action du mouvement. S’il était déjà sensibilisé à la question du dérèglement climatique, comme tous les autres nouveaux venus, il s’est finalement décidé à s’engager. « Le rapport du GIEC a été un déclic. »

« Il faut former largement les gens »

Dans les débats, personne ne s’attarde vraiment sur cette nouvelle publication. « A Alternatiba, on n’est pas dans un sprint en fonction de l’actualité, on s’inscrit sur le temps long, résume Téo Gallego, ingénieur de 30 ans et l’un des formateurs de ce camp. L’important pour eux est de convaincre encore plus les citoyens, au quotidien et quelles que soient les circonstances, sans pour autant devenir une « photocopieuse d’arguments ».

Tout passe donc à la moulinette dans les ateliers : le recrutement et la gestion des bénévoles, la gouvernance partagée, l’animation de rue, l’art de s’organiser avec efficacité, la posture vis-à-vis des élus, la maîtrise des réseaux sociaux, la stratégie de campagne et l’initiation à l’action non-violente, la prise de notes, la logistique d’un événement de A à Z, la mobilisation de la presse… « Il faut former largement les gens, grossir le mouvement, sensibiliser toujours plus, estime Charles de Lacombe, 27 ans dont trois à Alternatiba, toujours vêtu de son tee-shirt du mouvement. C’est un travail long et compliqué, mais ça a l’air de fonctionner, alors on continue. »

« Je ne suis pas dans l’éco-anxiété, on va y arriver !, sourit Max Rademacher, qui veut, avec d’autres, mettre le climat au centre du débat électoral en 2022. L’actualité ou ce que l’on peut entendre ne nous décourage pas, parce que chaque dixième de degré compte. Même si on continue à avancer vers des seuils critiques, on sait que, quand même, chaque action compte et que ça vaut toujours le coup de réduire le gaz à effet de serre. De toutes manières, l’adaptation va venir parce que le système actuel est insoutenable. Nous sommes forcés d’accélérer cette transition. »

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