Le CHU de Lille recrute une cinquantaine d’agents de service hospitalier : ni CV, ni expérience requis
Le contexte
L’agence de Pôle emploi de Lille Grand Sud et le CHU de Lille ont uni leurs moyens voici près d’un an dans le cadre du Plan santé. Un état des lieux a été dressé avec l’appui de l’Agence régionale de santé (ARS) pour évaluer les manques des différents centres hospitaliers… Outre les métiers dits conventionnels (infimiers, aides-soignants…), il est vite apparu que d’autres pistes se devaient d’être exploitées à la fois sur le fond et la forme. Pôle emploi et le CHU ont décidé de miser sur des profils atypiques, souvent sans aucune expérience dans le domaine de la santé.
Des postes en blanchisserie, restauration, des opérateurs de soins non programmés… ont ouvert la voie. Aujourd’hui, une méthode spécifique de recrutement par simulation (MRS) cible une cinquantaine de postulants aux fonctions d’agents de service hospitalier (ASH) ou intérieur (ASI).
Ouverts à tous
« Le recrutement se fait sans curriculum vitæ. Il n’exige pas d’expérience et repose sur le potentiel des candidats à tenir les postes proposés », glisse Erika Corgnet, conseillère. Respect des consignes, faculté à maintenir l’attention, facilité relationnelle, capacité à travailler sous tension… Voilà ce qui est noté.
Le score de chaque candidat est ensuite comparé à celui obtenu par des agents déjà en fonction. Celles et ceux qui obtiennent la moyenne poursuivent par un entretien de motivation géré par la direction des ressources humaines du CHU de Lille qui garde la main. Lors de la dernière sélection, huit candidats sur onze ont passé l’écueil. Un résultat hors-norme qui s’explique. « Une séance d’information avait posé concrètement les avantages et les inconvénients du métier. Chacun savait à quoi il s’engageait », analyse Karine Blondiaux, directrice de Pôle emploi Lille Grand Sud.
Suivront pour les élus des périodes de formation et d’intégration avec l’espoir de faire carrière au CHU qui conserve l’image d’un employeur très attractif.
Gagnant-gagnant
« Cela implique une organisation en réseau avec l’ensemble des agences Pôle emploi de la MEL, ainsi que nos partenaires … Nous travaillons de façon plus ciblée sur des secteurs en tension comme la santé ou les services à la personne », explique Karine Blondiaux qui évoque un partenariat « gagnant-gagnant ».
Gagnant pour le CHU de Lille qui sécurise sa demande, gagne du temps, limite les risques d’un turn-over gigantesque… Gagnant pour Pôle emploi qui remet en selle des publics fragiles, parfois très éloignés de l’emploi car sans expérience ou qualification. Pour autant, il convient de bien comprendre « que ce recrutement n’en n’est pas un au rabais. Les mêmes exigences sont attendues ».
Pour postuler : pole-emploi.fr ou mrs.59423@pole-emploi.fr
« La méthode permet de sécuriser le recrutement. Les candidats s’inscrivent dans la durée ( le CHU de Lille leur propose des CDD de trois mois en vue d’un CDI au lieu de simples remplacements, ndlr). Nous nous appuyons sur les ressorts de la motivation et de l’habileté. »

Du côté du CHU, on se félicite de l’opération en cours. « Il y a un intérêt énorme pour nous », estime Audrenn Asselineau, DRH adjointe. « Nous avons de très gros besoins de recrutement en ASH, soit environ 500 par an en raison d’un absentéisme important. »
Opter pour une approche plus qualitative, « moins mais mieux », est apparu comme une évidence. « Les règles du jeu sont expliquées, tout comme les valeurs du CHU de Lille. »
L’action pragmatique permet de valoriser le travail des agents en place qui servent de standard aux exigences posées aux nouveaux postulants dont les profils atypiques sont confirmés. « Des gens du spectacle, de la nuit, de la restauration poussés par la crise mais pas que… Leur motivation a servi de critère plus pertinent que la notion d’un diplôme parfois très éloigné du terrain. »
« Le fait de ne pas avoir de CV à présenter est très motivant. » Abdel, 35 ans, était préparateur de commandes. Il vient d’être licencié pour raisons économiques. Ce recrutement, il en a entendu parler par sa petite sœur et a confirmé l’information en passant par pôle emploi. « J’ai voulu changer de métier », glisse-t-il au sortir des tests qu’il vient de passer avec huit autres candidats. « Ce que j’aime, c’est le contact humain. »

Comme une grande majorité des postulants venus de Lille ou de la métropole (Haubourdin pour sa part), Abdel espère pouvoir faire carrière au CHU. « Je souhaite l’intégrer sur le long terme, y suivre des formations ». Les résultats de cette simulation sont attendus ce mardi. Si tout va bien, suivra un entretien de motivation. « Je suis prêt. »
Patrick Seghi : https://www.lavoixdunord.fr/