« Une histoire des luttes pour l’environnement » : trois siècles de combats pour la Terre et le climat
Quatre historiens publient une sélection richement illustrée de révoltes souvent oubliées et mobilisables dans les contestations actuelles.
Il y a les luttes actuelles contre des projets portant atteinte à l’environnement ou nuisibles au climat, tels le combat pour les terres agricoles à Gonesse (Val-d’Oise), le tunnel ferroviaire Lyon-Turin, contre les projets de centres Amazon ou de Center Parcs ici ou là. Il y a aussi celles d’hier qui ont défrayé la chronique : contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes, en Loire-Atlantique, celle des antinucléaires à Plogoff (Finistère), et, bien sûr, le mouvement historique pour la défense du Larzac contre l’extension d’un camp militaire…
Mais les luttes d’avant-hier sont pour la plupart inconnues de ceux qui se mobilisent aujourd’hui. Qui se souvient de la lutte menée en 1910 pour protéger la calanque de Port-Miou, à Marseille, contre « une industrie destructrice » ? Qui connaît le combat des agriculteurs qui, dès 1888, à Ashio, au Japon, luttèrent contre les graves nuisances dues aux mines de cuivre en plein essor ? Ou encore la « Guerre des demoiselles », vers 1829, quand les habitants de l’Ariège se révoltèrent contre le nouveau code forestier qui réduisait drastiquement leur accès à la forêt et à ses services vitaux.
Grâce au travail d’Anne-Claude Ambroise-Rendu, de Steve Hagimont, de Charles-François Mathis et d’Alexis Vrignon, professeurs, maîtres de conférences ou chercheurs en histoire, exposé dans un ouvrage passionnant, Une histoire des luttes pour l’environnement, 18e-20e siècles, trois siècles de débats et de combats, le lien est tissé, la mémoire nourrie.
Les luttes pour la défense des terres, la sauvegarde des espaces naturels, contre les effets dramatiques de la pollution, ont une longue histoire. Et, si elles sont toutes différentes par la nature des protagonistes, des objectifs à atteindre et par l’histoire locale et sociale qui les révèle, la mise en perspective de ces conflits, au retentissement national ou hyperlocal, fait sens. « Ce n’est pas une mise en récit, on ne voulait pas donner de cohérence à tout cela, mais ce travail, sous forme de répertoire des luttes, offre autant de références mobilisables dans le présent », estime Steve Hagimont, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, plus spécialisé sur les controverses liées au développement du tourisme notamment.
Personnalités marquantes
Un répertoire donc, qui propose des entrées très variées. On trouve dans cet ouvrage, dont l’un des mérites est d’offrir pour chaque thème une iconographie très riche – gravures, coupures de presse, photographies… –, aussi bien ces récits de luttes, que des thèmes plus généraux : « Croissance verte ou décroissance », « La genèse de l’agrobiologie, 1930-1960 », « Les dessins de presse », « La nature dans la pensée des Lumières », voire « Le film Mad Max 2, vivre et lutter après l’effondrement, 1982 » ou encore « Le dessin animé Captain Planet, entre militantisme et culture de masse, 1990 »…
« Il s’agissait de faire des focus sur des événements marquants, des moments importants, mais la massification et la multiplication de ces conflits nous a obligés à faire des choix, souvent difficiles », explique Anne-Claude Ambroise-Rendu, historienne et enseignante à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, intéressée par la médiatisation des conflits et des questions environnementales.
Le lecteur trouve donc de quoi piocher, en fonction de ses envies ou de ses besoins, dans trois siècles riches en événements, avec l’industrialisation, le colonialisme, la naissance de l’agriculture intensive, du nucléaire, ou la multiplication des problèmes sanitaires liés au développement économique de la planète, avec les pollutions diverses (la grande puanteur de Londres en 1858 ; la catastrophe de Bhopal en Inde en 1984, Rio Tinto en Espagne en 1888, l’amiante…).
Les auteurs ont aussi voulu présenter des personnalités marquantes de cette histoire des luttes environnementales : Daniel Cohn-Bendit, Alexander Von Humboldt, Franz Schrader ou Gilbert White, « le premier écologiste ? 1720-1793 ». Les organisations fondatrices de ces combats n’ont pas été oubliées. Certaines sont connues, telles Attac, Greenpeace, les comités Malville, d’autres moins, comme la première société royale contre la maltraitance des animaux, à Londres en 1824.
On peut évidemment regretter que les quatre auteurs aient dû arrêter leur recension à l’aube des années 2000, devant omettre, par exemple, Notre-Dame-des-Landes et sa référente « zone à défendre » (ZAD). Mais cette mise en mémoire des ancêtres des luttes actuelles est revigorante. Et le rappel des controverses, nombreuses, liées à l’émergence politique de l’écologie, plus qu’instructif. Le constat est aussi un tantinet attristant. Cela fait des dizaines d’années – des siècles donc – que les mobilisations pour préserver la planète se succèdent et que la situation ne cesse d’empirer. Et l’urgence de s’aggraver.
« Une histoire des luttes pour l’environnement, XVIIIe-XXe siècles, trois siècles de débats et de combats », de Anne-Claude Ambroise-Rendu, Steve Hagimont, Charles-François Mathis et Alexis Vrignon (Textuel, 304 pages, 45 euros).
« Une histoire des luttes pour l’environnement, XVIIIe-XXe siècles, trois siècles de débats et de combats », de Anne-Claude Ambroise-Rendu, Steve Hagimont, Charles-François Mathis et Alexis Vrignon.