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A qui profite la polémique ?

Décidément la collapsologie et les collapsologues avivent les passions… et aussi les tensions. Pour preuve Catherine et Raphaël Larrère, universitaires et chercheurs. Auteurs de « Le pire n’est pas certaine » éditions « Premier Parallèle », ils ont voulu expliquer ce 8 octobre dernier à Crest les raisons de leur hostilité à la collapsologie dont « nous entreprenons la critique »  affirment-ils d’emblée dans leur ouvrage.

Près d’une centaine de personnes sont venues écouter ce couple dont les propos n’étaient pas toujours vraiment audibles.

Dommage.

Dommage que leurs affirmations souvent sans nuance, voire caricaturales ou manichéennes, nourrissent l’affrontement des idées (et des personnes ?) au détriment de la réflexion où le doute et l’incertitude sont pourtant indispensables à l’exploration collective.

Dommage car qu’il s’agit de l’un des problèmes les plus cruciaux de notre époque. Comme vient d’ailleurs de le rappeler le GIEC le 8 aout dernier.

Dommage enfin, car il y a du bon à retenir chez Catherine et Raphaël Larrère. Pour ma part je retiens principalement cinq points dont ils n’ont cependant pas l’exclusivité :

  1. Coire à un certain effondrement (où à une certaine forme d’effritement) pour l’éviter ;
  2. Élargir le champ des possibles qu’il faut envisager (anticiper, s’adapter) : l’effondrement (des collapsologues ?), les effondrements, les effritements (pour reprendre leur terme) ;
  3. La technologie, ce qu’ils appellent le « Technofix », ce que pour ma part j’appelle le « techno-croissantisme », n’est pas la solution… même si, là aussi pour ma part, une réflexion sur le « discernement techno-scientifique » est une question incontournable ;
  4. Inventer de nouvelles façons de vivre compatibles avec les capacités de notre environnement et qui soient de nature à renverser la vapeur des dégradations en cours ;
  5. Rappeler qu’il y a de nombreuses initiatives et expérimentations en cours pour « changer le monde » et que nous avons intérêt à y penser pour restaurer notre foi en l’avenir qui fait si souvent défaut.

A cela s’ajoutent quatre thèmes qui ne sont malheureusement qu’effleurés :

  1. Confrontation entre deux logiques (deux paradigmes comme les a si bien abordés Marc Halévy dans « prospective 2015-2025), celle du monde à inventer auquel résiste bec et ongle le monde ancien ;
  2. Complexité et instabilité croissantes impliquant de sortir de notre zone de confort (et où pour ma part je vois le Transhumanisme et le machinisme totalitaire à la chinoise en embuscade… confortant l’idée que nous devons aspirer à des modes de vie plus simple, plus frugale, plus conviviale… pour résister) ;
  3. Émergence puis coexistence de formes de « survivalismes » et « d’entraide ou convivialisme » qui risquent de s’affronter ;
  4. Rôle de l’État, essentiel, dont la façon de fonctionner en « mode dégradé » n’est cependant pas suffisamment abordé alors que la question présente un grand intérêt.

Bref il y a de la matière ! Mais l’approche manichéenne de ce couple complique les choses. J’en cite trois éléments à titre d’illustration :

  1. L’imposture, selon eux, des collapsologues (page 15, qui n’auraient rien de scientifiques (Pages 18 et 77) par laquelle l’effondrement serait inévitable (Pages 54, 65, 73… ) est une façon étonnamment caricaturale et binaire de présenter ceux qui sont remisés dans une sorte de « camp adverse » ;
  2. Nier ou relativiser le global pour surévaluer ou privilégier le local, comme s’il s’agissait de dire : « global OU local », là où, bien entendu il faut à la fois « global ET local » ;
  3. Parler des effondrements en cours vs effondrements futurs. Pourquoi opposer ces deux questions ?  Surtout en privilégiant les premiers.

Approche manichéenne mais aussi moralisatrice et polémique ( ?) sur la question de savoir quelles sont les populations qui souffriront le plus des mécanismes d’effondrements. Or sur cette question il y a tant à dire que l’on ne peut pas se contenter d’affirmations que je qualifie de simplistes. Il ne suffit pas d’affirmer que ce sont les plus pauvres qui souffriront le plus. C’est plus complexe. Sur ce sujet il est indispensable d’imaginer différents scénarios :

  • Celui d’effritements ou de dégradations plus ou moins rampantes où, là effectivement, les plus pauvres sont probablement les plus menacés ;
  • Celui d’un effondrement systémique (auquel ils ne croient pas, même si à mon avis il est déraisonnable de l’exclure), où il est bien possible que les populations pauvres habituées au « système D » soient plus résilientes que les « citadins nantis ».

Pourquoi moraliser (faute d’arguments ?) page 92 ?

Pourquoi privilégier la pensée simpliste au détriment de la pensée complexe, celle ou des aspects différents, antagonistes à replacer dans différents contextes… viennent nourrir la co-construction ouverte et non celle de clivages stériles, voire destructeurs ou violents ?

Pourquoi reprocher assez péremptoirement aux collapsologues des affirmations qui, certes sont fortes, mais ne ferment pas la porte à d’autres éventualités ?

DIE-2018-Anniversaire Mariage JL MF

En guise d’ouverture et pour conclure, j’emprunte une phrase à Corine Morel Darleux dans son bel ouvrage « Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce, réflexions sur l’effondrement » (Libertalia) qui est « écorchée » page 27 : « entre le doute salutaire et le déni suicidaire, je choisis sans hésitation le premier ».

Jean-Louis Virat, Le Laboratoire de la Transition

164 impasse Prémol 26150 DIE

jlvpag@gmail.com

Illustrations MCD

 

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