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Eric Zemmour, la somme de toutes les haines, par Eric Chol

La meilleure façon de combattre Eric Zemmour est de montrer qui il est : un poison pour la République.

La réalité, c'est que l'ancien éditorialiste de CNews et du Figaro est devenu un poison pour la République. Polémiste et populiste, mystificateur et hâbleur, il a appris depuis longtemps à capter l'audimat en répandant son fiel toxique, tout en l'affublant d'une culture historique mâtinée de révisionnisme.

La réalité, c’est que l’ancien éditorialiste de CNews et du Figaro est devenu un poison pour la République. Polémiste et populiste, mystificateur et hâbleur, il a appris depuis longtemps à capter l’audimat en répandant son fiel toxique, tout en l’affublant d’une culture historique mâtinée de révisionnisme.

Comment traiter Eric Zemmour ? Dans les têtes pensantes de la Macronie, dans les QG des écuries présidentielles, ou au coeur des rédactions locales et nationales, la question tourne en boucle, surtout depuis l’envolée dans les sondages de celui qui ferait passer Marine Le Pen pour une gauchiste. Quelle(s) réponse(s) apporter à ce clown pas drôle, dont la noirceur des propos attire chaque jour un peu plus les projecteurs, ou plutôt à ceux qui se laisseraient tenter par son prêchi-prêcha aussi réactionnaire que diviseur ?

Faut-il sans cesse en parler, au risque de faire de lui – comme c’est déjà le cas – l’acteur central de cette précampagne ? Ou à l’inverse, ignorer ses saillies et ses contrevérités, en croisant les doigts pour que la bulle « Z » finisse par éclater, avec, cette fois, la crainte de rester sur le banc de touche et d’assister, impuissant, à l’irrésistible ascension du sulfureux presque candidat ? A force de s’écharper sur la stratégie à adopter, on en oublierait presque le b.a.-ba : il est urgent d’établir le diagnostic le plus exact possible sur le phénomène Zemmour pour mieux administrer l’antidote. C’est ce que fait avec beaucoup de justesse Etienne Girard, journaliste à L’Express, dans un livre-enquête extrêmement documenté (1), qui décrit le parcours d’une radicalisation, en gestation depuis de nombreuses années.

La réalité, c’est que l’ancien éditorialiste de CNews et du Figaro est devenu un poison pour la République. Polémiste et populiste, mystificateur et hâbleur, il a appris depuis longtemps à capter l’audimat en répandant son fiel toxique, tout en l’affublant d’une culture historique mâtinée de révisionnisme. Les musulmans, les femmes, les élites, l’Europe ou les médias : les attaques de cet habitué des tribunaux (deux condamnations) sont autant de provocations permanentes. Inutile d’aller chercher dans ses mots l’esquisse d’un programme, il n’y en a pas, sinon celui de faire vaciller les bases de notre République et de fracturer le pays. « Je sais qu’on ne devrait jamais suivre ses mauvais instincts. Mais je ne suis qu’un homme », prévenait-il dans son livre Le Premier Sexe (Denoël, 2006), dans lequel il rêvait de ressusciter « cette psyché virile ».

Un homme prêt à tordre le cou aux vérités historiques pour mieux diviser les Français (Pétain, la collaboration, l’Algérie…), à revendiquer sa détestation des contre-pouvoirs. Certes, les optimistes se consoleront en constatant qu’une majorité de Français restent lucides et se disent inquiets par Eric Zemmour, jugeant à 70 % qu’il n’a pas l’étoffe d’un président de la République. Mais le danger demeure : la même enquête (Ipsos) confirme que sa flambée sondagière n’a rien d’une bulle.

Il se façonne un personnage anti-élite

N’oublions pas les premiers pas de Donald Trump sur sa route vers la Maison-Blanche. A l’époque, personne ne prenait au sérieux le milliardaire new-yorkais, qui récoltait alors 61 % d’opinions « très défavorables » dans le pays. Le roi de l’immobilier, lui, faisait le show, et multipliait les incartades et les mensonges, ciblant les femmes ou les immigrés. Au sujet de ces derniers, le prétendant au bureau Ovale déclarait, dans son discours d’entrée de campagne, le 16 juin 2015 : « Ils ont des tas de problèmes, qu’ils apportent avec eux : ils apportent les drogues, ils apportent le crime. Certains, je suppose, sont de bonnes personnes. »

Et que dit Eric Zemmour, cinq ans plus tard, sur CNews, au sujet des migrants mineurs isolés ? « Ils n’ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont, il faut les renvoyer et il ne faut même pas qu’ils viennent. »

Zemmour-Trump, même rengaine ? Tout se passe comme si le trublion français avait retenu les leçons de l’élection américaine. Certes, ses idées réactionnaires n’épousent pas totalement celles de l’entrepreneur libéral. Mais comme lui, il se façonne un personnage anti-élite ; comme lui, il ne recule devant aucune promesse démagogique (la dernière en date étant la suppression du permis à points et le retour aux 90 kilomètres-heure sur les routes, clin d’oeil appuyé aux gilets jaunes). Comme lui, il surfe sur le malaise identitaire que traverse le pays : aux nostalgiques, aux mutilés de la mondialisation, à tous ceux en quête d’un grand récit national, « Eric Zemmour prétend offrir des gages de réassurance collective, analyse l’essayiste Hakim El Karoui. Mais les tendances de fond de la société ne correspondent en rien à ce qu’il décrit : si on met en mots ce qu’il propose ou la France qu’il décrit, les électeurs partiront en courant. »

D’où l’urgence de dévoiler les fantasmes et les fragments de haine qu’abrite la pensée zemmourienne. « Dire qui il est, c’est la meilleure façon de le freiner, en montrant qu’il est totalement orthogonal aux tendances de la société », insiste Hakim El Karoui. Dire qui est Zemmour, c’est aussi éviter de dire un jour : « On ne l’avait pas vu venir. »

Eric Chol

(1) Le Radicalisé. Enquête sur Eric Zemmour, par Etienne Girard (Seuil).

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