COP26 : A Glasgow, Loreleï et Héléna, jeunes déléguées climat, seront au cœur des échanges
AMBITION CLIMATIQUE : Les deux étudiantes de 22 ans seront des membres à part entière de la délégation française. Pas en tant que négociatrices expertes, mais comme « jeunes déléguées climat ». La France en nomme deux à chaque COP depuis 2012, et pas pour faire de la figuration
, Loreleï et Héléna, 22 ans, seront au cœur du réacteur

Loreleï Lankester, jeune déléguée climat au sein de la délégation française à la COP26 de Glasgow.
- La COP26, conférence internationale organisée chaque année par les Nations unies, s’ouvrira dimanche à Glasgow et se tiendra jusqu’au 12 novembre.
- La délégation française, qui représente officiellement le pays, comptera une quarantaine de membres. Des diplomates aguerris pour la plupart, mais aussi Loreleï Lankaster et Héléna Hadjur, jeunes déléguées pour le climat.
- Leur mission ? Epauler les négociateurs français en faisant le compte rendu de sessions importantes auxquelles ils n’ont pas pu se rendre. Les voilà donc plongées au cœur de la COP26. Avant leur départ, 20 Minutes a rencontré Héléna et Loreleï.
C’est un badge rose, siglé « partie », que beaucoup aimeraient avoir autour du cou dans les couloirs du Scottish event campus de Glasgow, où s’ouvre ce dimanche et pour quinze jours la COP26. Dans ces grands sommets de l’ONU dédiés au climat, le rose est attribué aux membres des délégations officielles des Etats et les distingue des observateurs, aux badges bleus, jaunes ou verts suivant l’organisation à laquelle ils appartiennent.
Tous peuvent assister pareillement aux négociations. « Mais à tout moment, un pays peut demander que les observateurs quittent la salle pour la suite des discussions », raconte Loreleï Lankester. Seuls alors les « badges roses » peuvent rester assis. Ce n’est pas le seul avantage du badge « partie ». Il vous rattache à l’une des 197 délégations diplomatiques présentes, représentant autant de pays. « Vous participez théoriquement aux réunions de préparation de votre délégation et accédez aux messages cryptés que s’échangent les négociateurs », explique Helena Hadjur.
Deux jeunes dans la délégation française à chaque COP
Du haut de leurs 22 ans, Loreleï et Helena auront ce badge rose à Glasgow, en tant que membres à part entière de la délégation française, qui comptera une quarantaine de personnes. « Pas en tant qu’experts-négociateurs », précisent-elles. Mais comme Jeunes déléguées pour le climat, mandat qu’occupe Helena depuis 2019, et Loreleï depuis l’été 2020.
En 2009, l’ONU a lancé ce programme invitant les Etats participant à la COP à intégrer des jeunes dans leurs délégations. Ce que fait la France depuis 2012, en intégrant pour chaque COP et intersession – leurs petites sœurs, moins médiatisées, qui se tiennent chaque mois de juin à Bonn (Allemagne) – deux Jeunes délégués climat. Et depuis 2018 et la création de Jeunes ambassadeurs du climat (JAC), association lancée par des anciens délégués, le programme monte peu à peu en puissance et se structure, tant dans la façon dont sont recrutés ces deux jeunes délégués que sur le rôle qui leur est assigné.
Héléna Hadjur, à gauche, lors de la COP25 à Madrid. Photo Jeunes ambassadeurs pour le climat
On devient jeune délégué du climat comme on décroche un job, décrivent Loreleï et Helena. Autrement dit, il faut en passer par la case CV et lettre de motivation. Les JAC, mais aussi CliMates et le Réseau étudiant pour une société écologique et solidaire (RESES), deux associations qui ont le statut d’observateurs aux COP, se chargent de réceptionner les candidatures et de réaliser des premiers entretiens. « Les profils retenus passent un second oral, cette fois devant des membres de la délégation française », poursuit Helena, qui a été choisie parmi 35 candidats. Les qualités requises ? « Il n’y en a pas officiellement, mais nous faisons attention à la motivation et la culture acquise concernant les enjeux climatiques, indique l’un des référents de Loreleï et Héléna au sein de la délégation française. Plus souvent donc, le recrutement se fait à un niveau master et se porte sur des profils d’étudiants qui se destinent ensuite à des carrières dans l’environnement et/ou la science politique. » Forcément, une bonne maîtrise de l’anglais est requise.
Au cœur du réacteur
Loreleï Lankester et Helena Hadjur cochent toutes ces cases. Intéressées depuis longtemps par les questions environnementales, la Marseillaise et la Lyonnaise ont orienté peu à peu leurs études sur ces enjeux, jusqu’à entrer dans le master « Environmental policy » de l’école internationale de Science Po Paris. Cursus que Loreleï complète, en parallèle, par un master en science de l’environnement à Jussieu. Devenir Jeunes déléguées pour le climat est alors une belle ligne sur leur CV. Mais les deux étudiantes décrivent surtout cette expérience comme l’opportunité rêvée de vivre ces grands rendez-vous de la diplomatie climatique de l’intérieur. Une façon, donc, de plonger au cœur du réacteur.
A Glasgow, nos deux jeunes déléguées ne s’assiéront pas aux tables de négociation. En revanche, « il faut voir ces COP comme un mille-feuille de discussions diplomatiques où, aux grandes sessions de négociations, s’ajoutent un nombre très important d’autres plus informelles, raconte leur référent. Pour faire avancer les discussions, il faut en manquer le moins possible. Les jeunes délégués ont ce rôle de suivre celles où nous n’aurions pas pu être présents et d’en faire des comptes rendus qui permettront ensuite à la France d’ajuster sa position. Un rôle essentiel. »
La transparence pour Helena, l’article 6 pour Loreleï
Au fil de leur mandat, Helena et Loreleï se spécialisent sur des dossiers. A la COP25 de Madrid, la première avait ainsi beaucoup travaillé sur la protection des océans, thématique sur laquelle la présidence chilienne avait mis l’accent. « A Glasgow, je travaillerai en binôme avec un négociateur-expert sur la transparence, l’un des grands dossiers de cette COP26, raconte-t-elle. L’enjeu est de mettre d’accord l’ensemble des pays sur un système harmonisé qui leur permettra de rendre compte des efforts qu’ils entreprennent sur le changement climatique et comptabiliser leurs baisses d’émissions. » Loreleï, qui vivra sa première COP après une première intersession en juin, suivra l’autre grand dossier épineux à l’agenda de Glasgow. « L’article 6 de l’accord de Paris sur le climat, qui vise à créer les règles d’un futur marché carbone entre Etats [un système d’échange de droits d’émissions entre les pays qui en émettent trop et ceux qui en émettent moins], explique-t-elle. Avec plein d’enjeux passionnants derrière. »
Quoi qu’il en soit, Helena et Loreleï s’attendent à des journées bien remplies pendant ces quinze jours. Elles commenceront vers 8h par les réunions de préparation. « D’abord celle de la délégation européenne – la France négocie toujours sous l’égide de l’UE à la COP – puis celle de la délégation française, détaillent-elles. Les négociations et side-events démarrent vers 10h, pour ne prendre fin qu’à 18h au plus tôt. » Ensuite, retour à l’hôtel de la délégation française, avec debrief de la journée pendant le repas avant de travailler plus longuement sur les points de négociations suivis, parfois jusque tard dans la soirée.
Un nouveau délégué à recruter en 2022
A ce rythme, les Jeunes délégués pour le climat acquièrent vite une très bonne connaissance de ce qui se joue dans ces COP, qu’ils partagent ensuite auprès de leurs générations. « Nous intervenons dans les collèges, les lycées, les universités pour expliquer les COP et les enjeux, et participons aussi à des formations internes d’associations », insiste Loreleï, qui fait de ce travail de sensibilisation l’une des missions principales de leur mandat. « D’autant plus que ces COP restent globalement mal connues des jeunes, surenchérit Helena. Souvent, ils en ont entendu parler, mais en ignorent les enjeux et voient ces sommets comme quelque chose de nébuleux. » Héléna garde un œil critique. « Les négociations traînent parfois en longueur et se pose aussi de plus en plus la question du décalage entre les ambitions climatiques affichées et leurs actions concrètes sur le terrain », commence-t-elle. Mais elle reste convaincue de la pertinence des COP. « Ne serait-ce parce qu’elles fixent un cadre commun et des mêmes ambitions à l’ensemble de tous les pays », indique-t-elle.
A l’issue de la COP26 de Glasgow, il sera le temps pour Helena de laisser sa place à un nouveau délégué, dont le recrutement devrait être lancé début 2022. Loreleï lui succédera en tant que Jeune déléguée « senior », en charge de chapeauter la nouvelle recrue, et poursuivra son mandat jusqu’à la COP27. Et après ? Loreleï et Helena resteront un temps au sein de la JAC. Surtout, elles entreront dans la vie active, qu’elles voient toutes deux en lien avec l’environnement. « Pourquoi pas dans l’associatif ? », glisse Héléna, en ce moment en stage à négaWatt, association d’expert de l’énergie. Mais la Lyonnaise est aussi auteure-compositrice et interprète. Elle vient de sortir un premier disque et entend bien mener de front vie professionnelle et musique. Quant à Loreleï, elle se verrait bien travailler dans l’administration centrale et en préparera bientôt les concours d’entrée.
Et maintenant, des Jeunes délégués… biodiversité
Aux Jeunes délégués français pour le climat se sont ajoutés, depuis peu, les Jeunes délégués biodiversité, chargés de suivre les COP dédiés à cette thématique, signale Loreleï Lankester. Un premier délégué a été recruté cet été et a déjà pu suivre le congrès mondial de l’IUCN à Marseille début septembre. Il se rendra à la COP15 « biodiversité » de Kunming (Chine) prévue en avril prochain. Le recrutement d’un deuxième délégué pourrait être décidé d’ici là.