Crise climatique : un clivage générationnel ? "C'est trop facile d'opposer les vieux aux jeunes. (…) On a besoin d'action et la jeunesse seule ne peut pas stopper la machine", explique @salomesaque.
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COP26 : on va encore jouer la comédie !, par Christian Gollier
Dans un monde éclaté où dominent les priorités nationales et les égoïsmes locaux, que peut-on espérer de négociations internationales fondées sur le seul volontarisme ?

Il est temps de sortir de l’esprit Bisounours des COP récentes, en employant la méthode forte, estime notre chroniqueur Christian Gollier.
La 26e grand-messe de la Conférence des parties (COP) vient de débuter ce dimanche 31 octobre à Glasgow. C’est une COP importante puisque dans le cadre des accords de Paris de 2015 elle devra, en théorie, accoucher impérativement d’une première révision des engagements des 195 Etats à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. La COP21 de Paris avait accouché d’un accord « historique » sur l’objectif de limiter la hausse des températures à 1,5 °C, ainsi que d’engagements « nationalement déterminés » de réduction des émissions. L’euphorie de l’époque fondée sur le bon vouloir de chacun n’a pas duré, les promesses n’engageant que ceux qui y croient.
Avec mon collègue Jean Tirole (Prix Nobel d’économie 2014), j’avais alerté l’opinion sur l’absence dans cet accord de toute référence à des plans de mise en oeuvre pour passer de la parole aux actes, et de tout mécanisme d’incitation ou de vérification. On connaît la suite : loin de se réduire, les émissions mondiales de CO2 n’ont cessé de croître, passant de 35 gigatonnes (milliards de tonnes) de CO2 en 2015 à 36 gigatonnes en 2019. Alors que nous fonçons droit dans le mur, on appuie sur l’accélérateur quand il faudrait serrer le frein à main ! A titre d’exemple, la Chine a lancé en 2020 des dizaines de projets de centrales au charbon, pour une capacité équivalente à l’ensemble du parc de centrales au charbon allemandes et polonaises.
Dans un monde éclaté où partout dominent les priorités nationales et les égoïsmes locaux, que peut-on espérer de négociations internationales fondées sur le seul volontarisme dans « l’esprit de Paris » ? Combien de fois avons-nous entendu qu’il ne servait à rien que la France fasse des sacrifices, puisqu’elle ne représente qu’un petit 1 % des émissions ? Et à quoi bon faire ces sacrifices alors que leurs bénéfices seront disséminés sur l’ensemble de l’humanité sans espoir de retour ? Ce discours-là s’entend dans toutes les capitales, chacun espérant tirer profit des sacrifices des autres sans participer à l’effort collectif. Tout indique que la COP26 ne dérogera pas à la règle, malgré les discours de victoire que j’entends déjà.
Regardons les enjeux locaux à la veille de la réunion de Glasgow. La stratégie du président Biden est au point mort aux Etats-Unis. Son plan de subvention de 3 000 milliards de dollars sur dix ans pour irriguer la R&D verte, l’isolation thermique des bâtiments et l’infrastructure de bornes de recharge électrique est bloqué au Congrès par les républicains et l’aile droite du parti démocrate. En Chine, on peut espérer au mieux la formalisation d’un engagement pour atteindre la neutralité carbone en 2060, sans que jamais ne soit proposé un objectif de réduction (ou de limitation de la hausse) à plus court terme, seule promesse crédible et vérifiable dans les années à venir. Quant à l’Europe, elle est la seule région au monde à avoir réellement réduit ses émissions (de 24 %) depuis 1990, grâce à une fiscalité élevée des énergies fossiles, une tarification du carbone dans les secteurs industriels et électriques, et une politique de développement d’électricité décarbonée.
Mais en annonçant le renforcement de notre ambition à – 55 % en 2030, l’UE s’est mise dans une situation, certes courageuse et respectueuse des générations futures, mais complexe en termes d’acceptabilité sociale pour les générations présentes. Réduire de 31 % nos émissions en seulement neuf ans est un défi colossal, autant social que technologique, dont beaucoup de Français n’ont pas encore réalisé les implications. Le Pacte vert européen offre une réponse juste et crédible à cet enjeu. L’élargissement de la tarification du carbone en Europe doit se faire en compensant les ménages les plus modestes, par exemple en leur distribuant des permis d’émission gratuits. Ce pacte, s’il devait être accepté par les Vingt-Sept dans les mois à venir, traduirait nos paroles en actes, ce qu’aucune autre partie à la conférence de Glasgow n’a encore fait.
Dès lors, il est temps de sortir de l’esprit Bisounours des COP récentes, en employant la méthode forte. Celle d’un ajustement carbone aux frontières de l’Europe, au niveau du prix élevé du carbone qui prévaudra à l’intérieur de nos frontières. Cela nous permettra d’exporter notre ambition climatique vers l’ensemble de nos partenaires commerciaux, qu’ils le veuillent ou non. Et, à terme, cela en incitera plus d’un à intégrer notre coalition des pays ambitieux sur le climat, comme le suggèrent les travaux de William Nordhaus, Prix Nobel d’économie 2018.
Christian Gollier, économiste à la Toulouse School of Economics.