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Plongée dans le flot poétique de Léo Ferré

Un coffret présente la quasi-totalité des passages à la télévision du chanteur, pianiste et auteur-compositeur, de 1956 à 1992, tandis qu’est publié le troisième volume d’une intégrale de ses enregistrements (1968-1974).

Léo Ferré en concert à l’Olympia, à Paris, le 2 octobre 1984,.

De la gestation du projet à sa commercialisation, début novembre, une vingtaine d’années a été nécessaire. Proposer Ia quasi-totalité des documents filmés pour la télévision où apparaît Léo Ferré (1916-1993), ainsi que plusieurs concerts filmés : « Plus de 65 heures de programme », est-il indiqué sur le boîtier du coffret La Complainte de la télé 1956-1992, 18 DVD et près de 230 entrées.

Des vingt-six minutes de « Rendez-vous avec… », en mai 1956, où Ferré interprète plusieurs chansons et est questionné par Jacqueline Joubert, jusqu’à un court entretien dans un sujet de deux minutes pour l’édition Reims du journal télévisé, le 27 août 1992. Ferré dit : « On m’a donné une étiquette, “chanteur anarchiste”. [Pause] Je suis comme vous, je vis. »

Quel trésor, donc, pour les amateurs du chanteur, pianiste et auteur-compositeur que cette plongée dans les archives des télévisions française, belge, suisse, luxembourgeoise, canadienne, italienne, catalane et allemande. « Cela a été long et laborieux, et ça s’est accéléré ces derniers mois, quand j’ai échangé des centaines de mails avec des services juridiques de chaînes de télévision et des ayants droit, pour finaliser l’ensemble », explique Mathieu Ferré, l’aîné des trois enfants de Léo Ferré et Marie-Christine Diaz, à la tête de la structure La Mémoire et la Mer, qui gère l’œuvre de son père.

Emissions, JT, concerts…

Dans le livret, sont indiquées les quelques émissions pour lesquelles un accord n’a pu être trouvé, une vingtaine, et, à la fin, celles dont l’existence est avérée, mais n’ont pu être retrouvées. « J’avais identifié énormément de choses, poursuit Mathieu Ferré, mais j’ai fait encore des découvertes. » Comme ce programme de quatre émissions pour la RAI, carte blanche que le groupe audiovisuel public italien offre à Léo Ferré, en 1977. « Lorsqu’il est traité par les télévisions étrangères, avec des émissions de grande qualité, c’est souvent le plan artistique, la création qui sont mises en avant. »

L’on suit l’évolution des formes prises par la télévision. Le noir et blanc des années cabaret, avec Ferré encore un peu mal à l’aise. Il y a les mythiques « Discorama », menés par Denise Glaser. La couleur, bientôt, les passages dans des quotidiennes ou des hebdomadaires populaires – tout le respect à l’égard de Léo Ferré de la présentatrice Danièle Gilbert, dans « Midi première », en 1977, et lui qui se révèle tendre.

L’on trouvera aussi des retransmissions de concerts, dont un au Palais des congrès de Paris, en novembre 1975. Ferré qui chante et dirige une grande formation symphonique, des chœurs, durant plus de deux heures. Ou seul au chant et au piano, au Théâtre des Champs-Elysées, en 1984. Deux forts souvenirs personnels. Dans les dernières années, mentionnons la rétrospective que lui consacre Jean-Christophe Averty, en avril 1990, avec trucages vidéo, et un long entretien au cours d’un trajet en voiture pour la télévision canadienne, quelques mois plus tard. « Léo se méfiait parfois de la télévision, remarque Mathieu Ferré. Il n’aimait pas comment un propos pouvait être réduit par le montage, mais quand on l’invitait, il y allait. »

Parlé, chanté, déclamé

En même temps que cette somme télévisée, est publié le troisième coffret de l’intégrale des enregistrements de Ferré, qui a débuté fin 2018. Avec les 18 CD de La Solitude 1968-1974, il s’agit de la suite et fin des productions de la compagnie Barclay, après le précédent volume L’Age d’or 1960-1967. Mai 1968 est passé par là. Le 10 mai, Ferré chantait à La Mutualité, à Paris, pour la Fédération anarchiste. Il écoute les groupes qui mêlent le jazz, le rock, la musique classique, collabore avec le groupe Zoo (Le Chien, dérive psyché qui ouvre l’album Amour anarchie, une grande partie de l’album La Solitude). « Il a souvent dit, à cette époque, que son public avait rajeuni avec lui. Il en était très heureux. »

S’il réenregistre quelques-unes de ses premières chansons, il va mettre peu à peu de côté le format couplet-refrain en trois minutes. Il y a, bien sûr, les succès de C’est extra ou Avec le temps, mais la puissance expressive du flot poétique de Ferré a besoin de prendre en ampleur, parlé, chanté, déclamé – les petits maîtres du slam pourront y prendre des leçons. Il n’y a plus rien, dans l’album du même nom, dépasse les seize minutes, Et… Basta ! s’étend sur trente-cinq minutes, emporté par le piano, les guitares de Paco Ibanez et Juan Carlos Cedron. Ferré a obtenu d’écrire et de diriger ses orchestrations. Ses héros sont Beethoven, Ravel, Manuel de Falla. Plusieurs concerts, inédits en studio, prises piano-voix, complètent cet ensemble. Autant un rappel d’une période expérimentale qu’une porte d’entrée vers l’émotion que peut susciter Ferré.

La Complainte de la télé 1956-1992, 1 coffret de 18 DVD (La Mémoire et la Mer-Panthéon/Universal Music). La Solitude 1968-1974, 1 coffret de 18 CD (Barclay-Panthéon/Universal Music).

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