Crise du coronavirus : La pandémie remanie la hiérarchie de la Big Pharma
Il y a un «avant» et un «après Covid» dans l’industrie pharmaceutique, selon les connaisseurs du secteur. Trois acteurs en particulier ont vu leur chiffre d’affaires s’envoler.

Le Covid-19, qui a bouleversé la planète et fait émerger de nouveaux besoins sanitaires, a-t-il causé un grand chambardement pour les laboratoires pharmaceutiques? Si certains en sortent grands gagnants, la pandémie n’a pas rebattu toutes les cartes.
Il y a un «avant» et un «après Covid» dans la pharma, soulignent les connaisseurs du secteur. «Un marché qui représente 60 milliards de dollars s’est créé en 18 mois. Et le gâteau est principalement réparti entre trois acteurs», explique Loïc Plantevin, expert santé du cabinet de conseil Bain & Company.
«Bien que des acteurs comme Roche, Novartis, Sanofi et GSK ne soient pas en première ligne des vaccins, il est difficile de dire qu’ils ont perdu»
Pour les traitements en revanche, aucune jeune pousse n’a encore réussi à faire sa place. Mais pour ceux qui ont réussi à sortir un produit, les revenus peuvent atteindre les milliards de dollars. Merck prévoit ainsi d’ici fin 2022 jusqu’à 7 milliards de dollars de ventes pour sa pilule antivirale, le molnupiravir. Un autre groupe américain, Gilead Science, a quant à lui vendu au troisième trimestre pour presque 2 milliards de dollars de son antiviral remdesivir.
Cette dernière estime en effet que ces grands laboratoires ont au contraire «concentré leurs ressources sur d’autres domaines où ils peuvent créer de la valeur. Chacun de ces acteurs a trouvé sa niche et remporté des succès sur diverses maladies».
Même son de cloche pour Loïc Plantevin. «Sur le marché des soins, cela n’a pas fondamentalement changé les choses: par exemple, les hypertendus se traitent toujours», dit-il. D’ailleurs, en Europe, les performances des sociétés pharmaceutiques «sont jusqu’ici relativement stables par rapport à l’an dernier», observe l’agence d’analyse de marchés Scope Ratings dans un rapport.
«Une chance de rejoindre le club»
En outre, il reste à savoir si la technologie de l’ARN messager, qui était développée depuis des années sans succès majeur, se montrera convaincante dans d’autres applications.
BioNTech and Moderna notamment «ont une chance de rejoindre le club des «big pharma» en investissant cette manne d’argent dans d’autres indications médicales, comme l’oncologie, l’immunologie…», estime Scope Ratings.
Et un autre élément pourrait venir jouer sur les revenus des sociétés pharmaceutiques, estime Loïc Plantevin: «Le coût sanitaire que représente le Covid va devoir être absorbé d’une manière et d’une autre, et cela va créer une pression forte des autorités de santé sur les prix des traitements moins innovants.»
Tribune de Genève