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Pourquoi les grandes villes mondiales s’enfoncent dans le sol ? Le cas de Jakarta (Indonésie)

Jakarta-IndonésieJakarta, capitale de l’Indonésie

Subsidence… ? Ce terme énigmatique est employé par les géophysiciens pour désigner un phénomène singulier : l’affaissement de la croûte terrestre et l’enfoncement progressif des villes dont le sol est fragilisé. Aggravé par le réchauffement climatique, ce phénomène a pris de l’ampleur au cours des dernières décennies, rendant très incertain l’avenir de nos villes et impérieuse la nécessité d’anticiper le risque afin de l’endiguer.

La subsidence : un phénomène aux causes multiples

Proximité du littoral, croissance urbaine, saturation des réseaux… Nombreux sont les facteurs à l’origine de l’enfoncement de nos villes. Aggravé par le réchauffement climatique et la montée du niveau des mers, le phénomène de subsidence résulte avant tout du développement urbain et de l’exploitation massive des nappes phréatiques qui en découle. Le pompage excessif des eaux souterraines pour les besoins de l’agriculture et de l’irrigation constitue en effet une cause directe de la fragilisation des sols et de leur effondrement.

Le géologue Gildas Noury explique ce lien entre le tassement du sol et l’épuisement des nappes phréatiques, qui aurait pour effet d’annuler la poussée d’Archimède, cette force exercée par un fluide qui pousse un corps immergé à la surface de l’eau.

Un cas extrême de subsidence : Jakarta, capitale de l’Indonésie
La ville de Jakarta s’enfonce de plusieurs dizaines de centimètres par an

Localisée aux abords de la mer, sur la côte nord-ouest de l’île de Java, la capitale indonésienne est particulièrement menacée par la montée des eaux et d’autant plus vulnérable qu’elle est fortement surpeuplée.

Depuis de nombreuses années, Jakarta est confrontée à d’importantes catastrophes naturelles et inondations, intensifiées par le réchauffement climatique. Inexorablement, la ville s’enfonce en-dessous du niveau de la mer à un rythme impressionnant. Dans certaines régions de la ville, les spécialistes notent un affaissement allant jusqu’à 30 cm par an. « C’est le double de la moyenne mondiale des mégalopoles côtières« , souligne la BBC.

D’après certaines estimations, un tiers de la ville de Jakarta pourrait être complètement submergé à l’horizon 2050. « Environ 95 % du nord de Jakarta sera submergé« , estimait l’expert Heri Andreas en août 2018 dans une enquête de la BBC.

Une mesure radicale : le déménagement de la capitale

Dans un contexte d’urgence, le président indonésien Joko Widodo a annoncé en 2019 vouloir transférer la capitale en dehors de l’île de Java, probablement à l’est de l’île de Bornéo.
Les travaux, estimés à 40 milliards d’euros, pourraient commencer dès 2020 pour un emménagement en 2024. Le relogement des 10 millions d’habitants de Jakarta demeure cependant problématique.

Si le projet se concrétise, l’Indonésie rejoindra alors la liste des pays qui ont changé de capitale comme le Brésil, le Nigeria, la Malaisie, la Birmanie, le Belize ou encore le Pakistan et le Kazakhstan.

De nombreuses villes menacées

Comme Jakarta, un certain nombre de villes en situation littorale sont menacées par le réchauffement climatique et le phénomène de subsidence qui en découle. C’est le cas de Téhéran, capitale iranienne, dont certaines parties s’affaissent de 25 centimètres par an. Construite sur un ancien lac et sur un sol peu stable, la ville de Mexico s’affaisse elle aussi, d’environ 8 cm par an. 

Dans une moindre mesure, on observe des phénomènes semblables dans certaines villes de France comme Nantes ou comme Etampes, dans l’Essonne, construite sur des sols marécageux. En témoignent les bâtiments inclinés, les rues inégales, les trottoirs décalés, conséquences visibles de ces affaissements.

Gestion des risques : l’impératif d’adaptation
Des prévisions alarmantes

L’accélération du réchauffement climatique et la montée du niveau des mers ouvrent de sombres perspectives concernant l’avenir de nos villes. Certaines villes sont déjà condamnées à être submergées par les eaux, même dans les scénarios les plus optimistes des experts. « La question n’est pas de savoir si cela arrivera, mais simplement quand« , peut-on lire dans un rapport de l’Unesco datant de 2010.

En Italie par exemple, la hausse du niveau de la mer Méditerranée d’environ de 2 à 3 cm par an combiné à l’affaissement des sols menace Venise de disparaître avant la fin du siècle.

Aux Etats-Unis, Miami et la Nouvelle-Orléans risquent également d’être submergés par les eaux avant 2100, d’après une étude publiée en 2015 dans les Comptes-rendus de l’Académie américaine des sciences.

Une autre étude publiée par l’ONG Christian Aid en 2016 montre que Calcutta et Mumbai seraient les deux villes les plus touchées par la montée des eaux dans les décennies à venir. L’Inde serait alors le second pays le plus impacté, le premier étant la Chine avec neuf villes parmi les 20 villes les plus exposées au risque d’élévation du niveau de la mer.

En Afrique, les villes portuaires comme Lagos (Nigeria), Banjul (Gambie), Abidjan (Côte d’Ivoire), Mombasa (Kenya) ou encore Bamenda (Cameroun) ne seront pas non plus épargnées. Elles sont particulièrement vulnérables à une hausse de la montée des eaux puisqu’elles se trouvent le plus souvent à seulement un ou deux mètres au-dessus du niveau de la mer. Le plus grand danger concerne Abidjan et Alexandrie.

En France, selon un rapport du GIEC, la Nouvelle-Aquitaine, le Nord Pas-de-Calais et la Camargue seront les premières régions touchées par la montée des eaux.

A l’échelle mondiale, plus de 280 millions de personnes seront déplacées si rien n’est fait dans les années à venir pour limiter le réchauffement climatique et la fonte des glaciers, d’après les experts du GIEC.

Agir en amont par la prévention

Dans le cas de Jakarta comme pour les autres villes, la délocalisation de la capitale ne fournit pas de solution réelle au phénomène de subsidence. Pour faire face aux conséquences du réchauffement climatique et tenter de s’y adapter, une action préventive semble donc nécessaire afin de gérer les risques.

La responsabilité oblige aujourd’hui à penser la ville du futur en y intégrant le climat futur. C’est là une question de sécurité collective”, peut-on lire dans un rapport officiel de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique, publié en 2010.

L’adaptation des villes aux aléas climatiques constitue effectivement un enjeu primordial pour l‘avenir de nos sociétés. En ce sens, l’intégration des changements climatiques dans la préparation aux catastrophes et les programmes de réduction des risques semble désormais impérative afin de réduire les vulnérabilités.

Réseau Diois Transition

reseaudioistransition@gmail.com,

http://dioistransition.blogspot.fr/

1 Commentaire

  1. Tianjin: 16 millions d’habitants s’enfonce en raison des prélèvements dans une nappe phréatique qui s’étend jusqu’aux Ordos (Mongolie intérieure). Shanghai est auras de l’eau. pour la Nouvelle Orléans, par contre, selon un article paru dans la Recherche il y a quelques années, la subsidence, surcomposée par l’élévation marine, serait liée, en partie du moins, au retrait d’une poche magmatique profonde, telle celle à l’origine de cet impressionnant fossé d’effondrement, la structure de Richat. https://www.youtube.com/watch?v=pTTnYRaZ55A

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