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« Du greenwashing pur et simple » : la Commission européenne accorde son label vert au nucléaire et au gaz…

Uranium aux mains des dictatures du Sud, constructions pharaoniques, couts démentiels, emplois précarisés, déchets de durée  illimité, accidents possibles et déjà constatés… Le nucléaire n’est ni durable, ni renouvelable… Ni vert, ni soutenable… Le combat contre les mensonges nucléaristes continue !

Bruxelles a attribué de manière temporaire un label vert aux centrales nucléaires et à gaz. Une victoire honteuse pour le gouvernement d’Emmanuel Macron, qui suscite une vive opposition des milieux écologistes.

La centrale nucléaire de Golfech, dans le Tarn-et-Garonne, le 6 janvier 2022. (BARRERE JEAN-MARC / HEMIS.FR / AFP)

La Commission européenne a annoncé, mercredi 2 février, la création d’un label vert controversé pour les centrales nucléaires et les centrales au gaz. Cette certification reconnaît, sous certaines conditions, leur contribution à la lutte contre le changement climatique. Ce label était jusqu’ici réservé aux énergies renouvelables et le projet, qui divise les 27 Etats membres de l’UE, a provoqué la colère de nombreuses ONG environnementales et a suscité les doutes du monde de la finance.

Mardi, les commissaires européens ont approuvé une liste de critères permettant de classer comme « durables » les investissements dans des centrales nucléaires ou au gaz pour la production d’électricité, notamment une limitation dans le temps et l’obligation de recours aux meilleures technologies disponibles. Le texte doit aider à mobiliser des fonds privés vers des activités réduisant les émissions de gaz à effet de serre.

Certains Etats membres opposés au label : Autriche et Luxembourg prévoient une action en justice contre l’inclusion du nucléaire, décriée aussi par Berlin…

Ce projet s’inscrit dans l’objectif de l’UE d’atteindre la neutralité carbone en 2050. « Aujourd’hui, nous franchissons une nouvelle étape importante dans la transition » vers cet objectif, a déclaré la commissaire européenne aux Services financiers. « Nous devons utiliser tous les outils à notre disposition, car nous avons moins de trente ans pour y parvenir. »

Mais les écologistes dénoncent l’inclusion des centrales à gaz, émettrices de CO2, et du nucléaire, en raison de ses déchets radioactifs et du risque d’accident. Un petit groupe de pays, dont l’Autriche et le Luxembourg, menés par l’Allemagne, avait bataillé pour exclure les centrales nucléaires du projet. Avec le Danemark, les Pays-Bas et la Suède, l’Autriche avait également contesté le label « vert » pour le gaz. Vienne a annoncé, mercredi 2 février, qu’elle allait lancer « une procédure devant la Cour de justice de l’UE » si « cette taxonomie prend effet ».

« Du greenwashing pur et simple »

Le nucléaire et le gaz, des énergies durables ? Ils viennent en tout cas tous deux d’être officiellement reconnus, ce mercredi 2 février, comme des « énergies de transition » par la Commission européenne. Une décision prise malgré le constat sans appel d’un groupe d’experts en finance durable, rendu public lundi 24 janvier, selon qui classer le gaz fossile ou l’énergie nucléaire parmi les investissements durables dénature « totalement » la raison d’être de la taxonomie européenne.

Cette classification des activités économiques permet de faciliter le financement d’installations contribuant à lutter contre le changement climatique. Et, à quelques heures de la fin de l’année 2021, Bruxelles a proposé d’octroyer, à titre provisoire, un label vert aux centrales nucléaires (jusqu’en 2045) et au gaz (jusqu’en 2030), comme c’est déjà le cas pour l’éolien et le solaire.

Le mouvement anti-nucléaire en colère

Ce compromis n’est évidemment pas du goût du mouvement anti-nucléaire allemand, qui se demande pourquoi le gouvernement et les Verts n’ont pas poussé avec plus de virulence contre son adoption. Si le ministre de l’Économie Robert Habeck a bien qualifié l’accord de « green-washing », les militants et les ONG écologistes ne sont pas satisfaits et trouvent que les ministres Verts présents au gouvernement ont été trop timides.

À l’image du BUND, la plus importante ONG allemande de défense de l’environnement, ils ont lancé des pétitions pour protester. Pour les écologistes allemands, cet accord constitue une vraie claque pour l’Allemagne qu’il faut « empêcher de toutes nos forces ».

Certains soupçonnent les Verts de ne pas d’être positionnés clairement sur le sujet lors des négociations avec le SPD et les libéraux sur l’accord de coalition. D’après la presse, certaines phrases clés sur le sujet auraient été supprimées du texte de l’accord de coalition afin de faciliter la formation d’un gouvernement. De fait, Sven Giegold, un des principaux négociateurs des Verts et désormais secrétaire d’État au ministère de l’Économie, a lui-même déclaré le 24 novembre, en annonçant l’accord de coalition, que « nous nous sommes abstenus de le faire pour de bonnes raisons, car nous ne discutons pas des conflits avec notre partenaire le plus important, la France, par le biais d’accords de coalition. Les relations franco-allemandes ne doivent pas être tendues par un nouveau conflit sur le nucléaire. Nous avons besoin d’un compromis sur les investissements durables ».

Les sociaux-démocrates dans le collimateur

Le SPD est désormais la cible des critiques des écologistes. Alors que la plupart de ses membres ont toujours soutenu la sortie du nucléaire, et qu’il s’était jusqu’ici toujours très clairement prononcé en faveur de la sortie du nucléaire, le nouveau secrétaire général du parti social-démocrate, Kevin Kühnert, a déclaré que vouloir changer l’approche de l’Union européenne sur le sujet constituait une « utopie ». Aux Verts qui les accusent de revirement, l’ancien ministre d’État et actuel président de la commission des affaires étrangères, Michael Roth, a répondu avec une pointe d’ironie que « c’est ça, la démocratie ». Il en a profité pour leur rappeler que la politique consistait à savoir organiser des majorités en dehors de son propre fief électoral. Cependant, certaines des critiques viennent de l’intérieur même du SPD. C’est notamment le cas de Matthias Miersch, porte-parole de la politique énergétique au sein du parti, qui a rappelé que pour lui « l’énergie nucléaire n’est pas durable et absolument non rentable ».

Un article publié dans le Vorwärts, le journal du SPD, tente d’apaiser ces tensions. Il argue que quand bien même la taxonomie de l’UE serait adoptée telle quelle, il est aujourd’hui impossible d’en prédire les effets futurs : si elle ouvre la porte à des opportunités de financement du nucléaire et du gaz, rien ne dit que les investisseurs ne choisiront pas au final de se porter sur d’autres énergies renouvelables plus consensuelles, à l’image de l’éolien ou du photovoltaïque.

Malgré tout, on peut craindre que cet épisode ne laisse des traces au sein de la coalition gouvernementale et particulièrement à l’intérieur du mouvement écologiste. Même si la commission européenne n’a pas son mot à dire sur les choix énergétiques de ses pays membres, les débats sur la question s’annoncent houleux en Allemagne.

« Abus de pouvoir »

Du côté des Etats, un rejet semble hors de portée : une douzaine de pays soutiennent l’atome, autour de la France, confrontée à un mur d’investissements pour relancer sa filière nucléaire. « Le nucléaire est décarboné. On ne peut pas s’en priver au moment où nous devons baisser très rapidement nos émissions », avait justifié jeudi la ministre française de la Transition écologique Barbara Pompili.

A l’inverse, les opposants à l’atome persistent: « Ce n’est pas une énergie verte ni durable« , en raison du coût et des risques d’accidents, tandis que « la question de la gestion des déchets n’est pas résolue », avait tranché jeudi le secrétaire d’État allemand à l’Environnement Stefan Tidow. « Ça serait du ‘greenwashing‘. Cela enverrait le mauvais signal : ce n’est même pas une énergie de transition » car elle s’inscrit sur le long terme, a déclaré à l’AFP la ministre luxembourgeoise de l’Environnement Carole Dieschbourg. Le Luxembourg et l’Autriche se disent prêts à engager une action devant la justice européenne en cas de labellisation verte du nucléaire.

Outre les risques sécuritaires et l’incertain destin des déchets, le Luxembourg avance un argument juridique: la Commission outrepasserait ses droits en traitant une question aussi cruciale dans un simple texte technique, un « acte délégué » supposé porter sur des points « non essentiels ». « C’est un abus de pouvoir », dénonce le ministre luxembourgeois de l’Energie, Claude Turmes.

« Trompeur »

« Cela minerait la crédibilité de la taxonomie : il serait trompeur d’appeler ‘durables’ des énergies qui ne le sont pas, pas sûres, trop chères et trop lentes contre le changement climatique« , renchérit son homologue autrichienne Leonore Gewessler, pour qui l’atome ne répond pas au critère légal de « ne pas causer de dommages importants à l’environnement ».

La Commission a néanmoins proposé un critère de transparence : les projets et produits financiers devront préciser la part des activités financées dans l’atome, permettant de choisir des investissements « verts » garantis sans nucléaire.

Si Vienne et Luxembourg appellent Berlin à rejoindre l’éventuelle procédure judiciaire, l’Allemagne réserve sa réponse, promettant d' »analyser juridiquement » le texte final. Le gaz, énergie fossile, suscite également les réticences : les Pays-Bas, favorables à l’inclusion du nucléaire, ne voient « aucune raison scientifique d’intégrer le gaz ».

APPIS

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