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RTE (revenu de transition écologique) et CTE (coopérative de transition écologique)

Une « piste » sociale, économique et écologique aux Rencontres de Die et de la Biovallée

Y a-t-il une alternative à la logique « capitaliste », celle de l’individualisme, de la compétition et d’un matérialisme sans cesse frustrant et climaticide ?

Cette question aura légitimé les tables rondes[1] organisées lors des Rencontres de Die et de la Biovallée en janvier 2022. Car il semblerait que l’ESS (économie sociale et solidaire), par les principes qui la caractérisent, puisse être une partie de réponse pour une logique de sobriété, d’entraide, d’intérêt général et de bien-être.

Trois personnalités sont intervenues le 21 janvier pour aborder le sujet du RTE  et de la CTE que son auteure[2], Sophie Swaton , enseignante-chercheuse à l’université de Lausanne et initiatrice de la fondation ZOEIN[3] a commencé par exposer.

La coopérative de Transition écologique (CTE) n’est autre qu’une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) à vocation de CAE (coopérative d’activité et d’emploi) qui offre un cadre à de larges partenariats (collectivités, entreprises, associations, porteurs de projets, habitants…). Tout en visant à terme l’équilibre financier. L’intégration par le travail est au cœur de sa raison d’être, contribuant ainsi à cette résilience locale de plus en plus souhaitée.

Ainsi, à l’échelle humaine et locale, dans de nombreux secteurs il y a moyen de se « réaliser » au service de la transition écologique : agroécologie, permaculture, construction, low tech, mobilité, urbanisme, énergie citoyenne, éducation environnementale, économie de la fonctionnalité, éco construction, circuits courts alimentaires, métiers du soin… comme en témoignent les premières expériences exposées par Sophie Swaton.

Il est symptomatique que soit opposée cette intégration par le travail au RBI (revenu de base inconditionnel). Car celui-ci, à l’inverse, est une sorte de rente à vie, une rente survie plutôt, dans un monde de plus en plus artificialisé qui veut promouvoir l’homme-machine.

Toutes les parties prenantes au sein de la SCIC trouvent leur intérêt à soutenir de multiples projets « micro » bons à la fois pour le social, l’économique et l’écologique. Ainsi le concept repose non seulement sur l’articulation CTE-RTE mais aussi sur un troisième élément, l’accompagnement, qui renforce cette coopération locale et le lien social qui en découle.

A l’évidence il était intéressant que les deux autres invités puissent apporter leurs réactions et et leur vision respective..

Ce fut d’abord le tour de Benoît Borrits, chercheur militant et animateur de l’association Autogestion[4] et auteur de Coopératives contre capitalisme (Syllepse, 2015) et de Travailler autrement : les coopératives (Édtions du Détour, 2017). Il a une expérience de chef d’entreprise. Il a créé la société ESKER qu’il a quitté alors qu’elle employait 300 collaborateurs. Depuis 2015 il a aussi écrit « Au-delà de la propriété, pour une économie des communs ». Et nous avons échangé depuis un an sur la Sécurité économique[5] qu’il a imaginée.

Il s’agit d’une approche très avant-gardiste qui s’éloigne tout autant des logiques capitaliste et étatistes-collectivistes pour « fédérer » les acteurs, a fortiori si l’ESS finissait par faire système… en ce sens que toutes les entreprises seraient solidarisées entre elles pour soutenir les plus « faibles », du moins les moins rentables, tout en « nivelant » les « marges » les plus élevées. Ainsi en irait-il d’ailleurs de la hiérarchie des salaires qui s’en trouverait probablement réduite. Pour son concepteur, cette Sécurité économique compléterait alors la sécurité sociale déjà existante, ce qui facilitera la transition écologique dans ses transferts d’emplois comme dans le développement d’initiatives économiques citoyennes. Clairement nous sommes dans une logique de mutualisation dont ses détracteurs ne manqueront pas d’invoquer des formes de déresponsabilisation (des moins « performants ») et de pénalisation (des plus « méritants »), et aussi de difficulté de mise en œuvre comptables.

Paul Ariès poursuivra à sa façon sur cet esprit de mutualisation.  En tant que «[6] spécialiste de l’économie du bonheur », économiste, rédacteur en chef du magazine « les Zindignés », dirigeant de « L’observatoire International de la gratuité »[7], et auteur de 34 ouvrages .

En écho à Benoît Borrits, pour Paul Ariès il y a nécessité de repenser certains fondamentaux et de se référer à ce qu’il nomme l’économie distributive. Dans cet esprit il invoque une écologie des revenus et des patrimoines en rappelant que « les riches bousillent la planète et donnent le mauvais exemple ».

Dans cette logique de mutualisation à laquelle se réfèrent les intervenants, les nouveaux paradigmes s’emboitent plus qu’ils ne s’opposent. D’où la triple combinaison selon lui entre un revenu « universel ou de base » sous forme monétaire aussi faible que possible, dont une partie payée en monnaie « régionale fléchée » et un droit d’accès gratuit à certains services publics et de bien commun ( ilots et archipels de gratuité construite, bon usage vs mésusage, au service d’un nouveau projet de société défini démocratiquement).

Le fléchage (démocratique) est essentiel pour favoriser certains choix économiques, sociaux ou écologiques.

Par exemple pour accompagner le passage d’une agriculture intensive à l’agro écologie ou pour répondre à des besoins fondamentaux mal ou pas satisfaits ; ou pour favoriser une certaine alimentation, ou pour la santé et le logement… et aller au-delà des accidents de la vie.

Ainsi voit-on émerger des valeurs dont l’ESS, du moins une partie, a vocation à en assurer la promotion[8]. Pour Ecologie au Quotidien organisatrice de cette table ronde, et aussi pour ses partenaires, cette table ronde a vocation à ouvrir un cycle de longue durée. Un exercice assez difficile ! Celui de rendre visible, crédible et enviable cet imaginaire de plus en plus souvent invoqué.

Pour le Laboratoire de la Transition et l’Association des Lecteurs d’Alternatives Economiques,

Jean-Louis Virat, Président du Laboratoire de la Transition

Résumé d’une de tables rondes des XXèmes  « Rencontres de l’Ecologie de Die et de la Biovallée » en Janvier 2022

Notes :

[1]              Pour écouter ou réécouter l’enregistrement de la table ronde : https://vimeo.com/669713100?utm_source=email&utm_medium=vimeo-cliptranscode-201504&utm_campaign=29220

[2]                        Voir « Le revenu de transition écologique : mode d’emploi », PUF 2020 et « Pour un revenu de transition écologique », PUF 2018.

[3]                      https://zoein.org/

[4]                      www.autogestion.asso.fr

[5]                      https://pleinemploi.org/

[6]                      http://zindignees.canalblog.com/

[7]                      http://appelgratuite.canalblog.com/archives/2018/09/19/36716600.html                 

[8]                      Voir la table ronde du 27 :01 /22 « ESS et résilience locale »

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