« Ici, c’est plus rapide pour s’intégrer » : dans les zones rurales, la « renaissance » des réfugiés

Depuis quelques mois, Alain Capella est un patron heureux. Dans sa scierie familiale d’Aigueperse (Puy-de-Dôme), ses deux postes de bûcherons sont enfin pourvus. Un miracle pour le chef d’entreprise de 55 ans qui s’était tourné vers Pôle emploi, sans succès. L’été dernier, un patron du BTP lui confie avoir embauché un couvreur, installé au centre provisoire d’hébergement des réfugiés (CPH) de Pessat-Villeneuve. Alain Capella appelle à son tour et engage deux hommes venus d’Afghanistan. « C’est une chance, c’est le premier pas vers le logement, l’autonomie », se réjouit l’un d’eux, Sherbaz Safizada, 25 ans. Cet ancien boucher de la province de Kapissa est arrivé en 2019 à Paris. Il a fallu attendre deux ans et un transfert à Pessat-Villeneuve pour qu’il trouve son premier emploi.

Le centre, qui héberge 70 personnes, s’est mué en vivier qui irrigue les employeurs de la région. « Il faut de l’intégration professionnelle pour fabriquer des citoyens. Cependant on ne peut pas prendre des réfugiés et les placer en masse dans les zones désertiques de France. Il faut de l’accompagnement et une relation positive avec le territoire », résume Dominique Charmeille, directrice générale de CeCler, l’association locale qui gère le CPH. Les premières installations à Pessat-Villeneuve de migrants, évacués de Calais en 2015, ont déjà permis l’ouverture d’une classe de CP-CE1 et d’une ligne de bus. Dans cette région, « il y a un mélange de tradition d’accueil, de volonté politique et un écosystème d’ONG locales », observe le délégué interministériel à l’accueil et l’intégration des réfugiés, Alain Régnier.
« Plus personne ne veut travailler »
Dans la zone industrielle de Thiers (Puy-de-Dôme), capitale de la coutellerie, Abdelaziz Aibout, 58 ans, a lui aussi recruté deux réfugiés. Patron des Forges Pinay, où l’on presse du métal à froid, ni Pôle emploi ni les agences d’intérim ne trouvent candidat. « Je connais tous les employeurs de Thiers. Ils pleurent tous car plus personne ne veut travailler. Mais il faut bien produire ! », explique l’employeur d’Ibrahim et Zakaria, respectivement Sud-Soudanais et Soudanais réinstallés en France après des années passées dans des camps au Tchad.
Hamidullah Hussaini, un Afghan de 24 ans, a décroché un CDI comme couturier dans une PME d’Issoire (Puy-de-Dôme). « C’est ma famille ici », sourit-il. Après Paris, où il a connu la rue et les nuits dans les gares, son arrivée dans la région a été une « renaissance ». « Avant, je n’étais qu’avec des Afghans. Ici, je suis beaucoup plus au contact des Français. C’est plus rapide pour s’intégrer », même s’il y a « moins de bars et de salles de musculation », rigole-t-il. Son assistante sociale l’a proposé à la PME lorsqu’il a confectionné un millier de masques pour les habitants de Pessat-Villeneuve, durant le premier confinement.
THIERRY ZOCCOLAN sur : https://www.sudouest.fr/