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Bruno Latour : « La distinction entre humain et non-humain ne correspond plus à rien de l’expérience terrestre »

À retrouver dans l’émission

Comme chaque vendredi, Adèle Van Reeth donne la parole à ceux qui tentent de réconcilier philosophie et actualité sous toutes ses formes. Aujourd’hui, elle reçoit le philosophe Bruno Latour pour parler de la question du pluralisme de la réalité et de ses signifiants.

Bruno Latour
Bruno Latour

Aujourd’hui, le philosophe Bruno Latour se demande comment penser ce qui survient, ce qui nous arrive, non pas en adaptant un langage usé à une réalité inédite, mais en mettant au jour le pluralisme du réel.

L’entretien s’ouvre sur une présentation de son livre Nous n’avons jamais été modernes paru en 1991. La philosophie sert à inventer des concepts quand nous en manquons pour comprendre ce qu’il se passe. Il avait donc proposer à l’époque de tourner le dos au concept de modernité qui « n’expliquait rien » et d’ouvrir « un champ d’anthropologie symétrique« .

Pour des raisons historiques, d’histoire de la philosophie et d’histoire des sciences, les modernes se sont organisés intellectuellement avec l’idée qu’il fallait interpréter l’expérience avec deux gabarits ontologiques, l’objet et le sujet. Depuis le 17e siècle on considère que c’est la façon dont on va capter l’expérience. Évidemment, dans la pratique de nos expériences en science, pratiquement aucune discipline scientifique, sciences sociales ou sciences naturelles, ne tient dans ces gabarits. C’est le paradoxe des modernes, ils essaient d’absorber une expérience multiforme avec deux gabarits. Ils sont évidemment toujours inquiets.

Il ne s’agit pas pour autant de dépasser le sujet et l’objet, mais « il faut revenir en arrière« , « creuser en-dessous« , et c’est ce à quoi Bruno Latour s’attache. Il constate que les modernes n’ont pas les moyens philosophiques de rendre compte de l’expérience du monde, de penser la technique, les objets. Il récuse la distinction sujet-objet dans la philosophie et estime que l’on « maltraite » les objets techniques.

Maintenant, c’est devenu complètement évident que la distinction entre humain et non-humain ne correspond plus à rien de l’expérience terrestre. […] Le lien entre les humains et les non-humains est absolument constant. Donc une fois de plus on s’aperçoit que autant la philosophie dirait qu’il faut absolument faire une distinction extrêmement précise pour ne pas risquer d’objectiver les humains, et la pratique dit exactement l’inverse. Donc on a deux récits absolument opposés.

Dans sa pensée écologique, il appelle à un « attachement » et non pas une « domination » de l’homme par rapport à la nature. Il ne s’agit pas de sauver la planète, selon ses mots, « c’est plutôt nous qui devons nous sauver de la planète, c’est nous qu’on doit sauver ! »

Comment l’écologie pourrait-elle entrer dans le mode d’existence politique ? Pourquoi est-elle la seule alternative crédible à notre modèle d’injonction à la modernité ? Mais pourquoi échoue-t-elle politiquement ?

Bruno Latour
Bruno Latour

L’invité de la semaine :

Bruno Latour, philosophe, sociologue, professeur émérite associé au medialab de Sciences Po
Site internet de Bruno Latour : http://modesofexistence.org

Par Adèle Van Reeth

Réalisation : Mydia Portis-Guérin

Lectures : Jean-Louis Jacopin

Références musicales:

  • Autechre , Lentic catachresis
  • Philip Glass , Quatuor à cordes n°5, réduction pour deux pianos
  • Erik Satie , Prélude de la porte héroïque du ciel
  • Chanson Plus Bifluorée,  L’informatique

Lectures:

  • Bruno Latou r, Nous n’avons jamais été modernes  (la Découverte)
  • Bruno Latour , *Petites leçons de sociologie des sciences * (Seuil)

Extrait:

Avatar , film de James Cameron  (2009)

Bibliographie

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