Présidentielle: redonnons le goût de l’engagement politique aux Français

À quelques jours des élections présidentielles, le match semble joué d’avance. Ainsi, la plus grande inconnue réside, paradoxalement, non pas dans le choix du futur président, mais dans la mobilisation. Entre un contexte géopolitique dramatique, une situation sanitaire toujours complexe et des candidats inaudibles, difficile pour les électeurs de s’intéresser à cette élection qui a toujours motivé les foules. Il n’y a pas une absence de politique -dans le sens anglosaxon de politics-, mais au contraire une saturation du débat sans que cela ne porte sur des projets de société structurants. Non, le jeu n’est pas encore fait, mais, au-delà des pronostics, il est essentiel de redonner envie aux Français, en particulier aux plus jeunes, de se réapproprier la chose publique.
De la décision à l’action
Engager signifie étymologiquement mettre en gage, puis le verbe a pris le sens figuré de pénétrer, notamment un espace occupé. On dit, par exemple, que l’on engage le ballon dans la mêlée ou l’on engage la discussion. Au XIX siècle, le terme prend une connotation guerrière puisqu’il est utilisé pour signifier l’introduction d’une unité militaire dans une bataille mais également la bataille elle-même. On retrouve cette double dimension dans l’engagement politique puisque c’est à la fois une décision pour une cause, une idée, un combat mais également l’action qui en découle. Or, l’intérêt pour la politique se dégrade dangereusement et l’abstention ne cesse d’augmenter tout comme les votes protestataires. Les repères politiques que nous avions sont brouillés et les organisations politiques, comme les syndicats ne font plus recette. En votant, on affirme une position, un choix pour la collectivité ou la nation. Ce n’est qu’au XX siècle que le verbe a pris véritablement cette dimension d’entrer en action. L’engagement devient alors le fait de participer à un projet. En anglais, avec le terme commitment l’idée de gage a disparu au profit de la commission (mouvement d’envoi et de relation). L’engagement est ici mission et promesse, prises au présent mais actées dans le futur. La notion d’engagement s’est élargie ces dernières années ne recouvrant plus uniquement l’action politique concrète mais également l’intérêt pour l’action publique.
Entre liberté et servitude
L’engagement est issu d’un libre choix, cette volonté de faire bouger les lignes, faire avancer les choses, c’est donc un acte volontaire mais également d’assujettissement, générant des contraintes. On tient un engagement mais on est tenu par lui. Même si l’acte de départ est solitaire, son contenu est éminemment solidaire car de l’individu, nous passons au collectif, allant du dépassement du soi à la communion du nous.
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«Il est essentiel de redonner envie aux Français, en particulier aux plus jeunes, de se réapproprier la chose publique.»
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Or, il n’y a pas d’engagement sans cause, permettant de passer du pourquoi au pour quoi. C’est bel et bien cette cause qui semble disparue en politique, il est donc urgent de redonner l’envie en repensant l’engagement tel que nous le concevions. De nouvelles formes de participation ont émergé remettant en cause nos schémas traditionnels de l’engagement. Des grands enjeux, dans de nouveaux lieux et sous de nouvelles formes tendent ainsi à se développer.
Pour une démocratie plus ouverte et transparente
Or, nous sommes face à un vrai paradoxe entre l’existence de nombreux outils participatifs et leur manque d’appropriation par les politiques alors même que pour gagner la confiance des citoyens, il faut désormais que le projet de démocratie participative soit porté par des personnalités convaincues, motivées et formées. La concertation est un élément clé qui peut prendre différentes formes, comme l’organisation de débats publics. Garantir la sincérité du processus de consultation, mais également des informations communiquées et transmises, sera aussi la condition sine qua non au service de la confiance. Le monde a changé, il faut désormais intégrer la pensée en “réseau”, dans tous les sujets et dans toutes les approches. L’engouement des plus jeunes pour les outils numériques a favorisé l’émergence de nouveaux comportements (maillage, réseaux sociaux, recherche d’intelligence collective, prise de conscience et esprit de responsabilité, remise en cause des hiérarchies, etc.) qui vont amener à un renouvellement démocratique, en offrant aux élus des solutions pour une démocratie plus ouverte et transparente. C’est un moyen d’action pour faire de la politique autrement et redonner envie de s’engager.
Face aux enjeux qui sont les nôtres, redonnons le goût de l’engagement, notamment aux plus jeunes. Réveillons-nous et éveillons-nous comme le recommandait déjà Héraclite, ne soyons pas des êtres en sommeil. Nous ne parlons pas ici de militantisme où la servitude prend le pas sur la liberté mais d’une cause pour le bien de tous. Alors oui, s’engager comporte une part de risque face à l’indispensable responsabilité qui est la nôtre mais devons-nous pour autant laisser faire quitte à regretter?