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Présidentielle 2022 : Et si L’Extrême Droite arrivait plus haut qu’on ne le croit ?

La lutte contre l’Extrême Droite, les systèmes autoritaires et mafieux continue :  «La perspective que madame Le Pen se rapproche du pouvoir est extrêmement inquiétante», sa «stratégie électorale de dédiabolisation» qui consiste à se «revêtir d’atours un peu plus  flous et sympathiques» alors que le «fond idéologique extrémiste n’a pas changé» peut tromper les françaises et français… Si nous sommes tous d’accord pour affirmer  que l’Extrême Droite «n’a pas les compétences nécessaires pour gérer» la France, encore faut il le dire lors des élections présidentielles. Nous ne serions plus très loin d’une tragédie si Le Pen était élue vu l’indigence de ses propos en matière économique, en politique internationale … Si par malheur Le Pen était élue,  pour gouverner, elle n’aura  aucune majorité et sera contrainte à une cohabitation :  le résultat risque d’être chaotique, au détriment de la France et des françaises et français. Ce seront les premiers pénalisés. Le quinquennat ne durera pas 5 ans. Les électeurs apprendront à leurs dépends les conséquences de voter par haine et ressentiments  ! Dimanche 10 avril, personne à la pêche… MCD

Il y a une petite musique qui monte et qui inquiète les françaises et les français : et si Marine le Pen arrivait plus haut qu’on ne le croit ? Serait-elle en mesure de gagner au deuxième tour ? Dans le camp présidentiel certains commencent à s’en alarmer publiquement.

Pourquoi Marine Le Pen, malgré la dédiabolisation, reste d’extrême droite

Si la candidate du Rassemblement national a adouci son image, son parcours, son programme et ses idées restent marquées à la droite de la droite.

POLITIQUE – A deux jours du premier tour de l’élection présidentielle 2022, les écarts se resserrent, et la Macronie regarde avec inquiétude la progression de la candidate RN. De sondages en sondages, Marine Le Pen observe une dynamique positive, y compris dans les projections de second tour face à Emmanuel Macron. Pour de nombreux observateurs, la députée du Pas-de-Calais récolte les fruits de la dédiabolisation.

Un effet accentué par la campagne très radicale d’Éric Zemmour, qui a aidé Marine Le Pen à adoucir son image quand son concurrent n’en finissait plus de se marginaliser à l’extrême droite. Cela signifie-t-il que la présidente -en congé- du Rassemblement national a définitivement quitté son écosystème politique? Comme vous pouvez le voir dans notre vidéo en tête d’article, pas du tout.

Héritage politique

Premièrement, la candidate s’inscrit dans une histoire, celle du Front national, issu notamment du mouvement nationaliste Ordre Nouveau. Une formation politique d’extrême droite familiale… qui n’a connu que deux présidents en 50 ans: Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen. Lors de son accession à la présidence en 2011, l’héritière veut dédiaboliser un parti au sein duquel évoluent trop de profils sulfureux, ouvertement racistes, antisémites ou révisionnistes.

Mais à chaque élection, la presse exhume les propos racistes d’un candidat se présentant sous les couleurs RN, y compris lors des dernières régionales. Si Marine Le Pen s’est efforcée d’adoucir son image et de faire le ménage dans son parti, celui-ci à toujours attiré des profils venant des différents courants de l’extrême droite, du Gud à Génération identitaire, deux organisations de jeunesse aujourd’hui dissoutes.

Un programme d’extrême droite

Second point, le programme. Sur l’immigration par exemple, Marine Le Pen propose exactement la même chose qu’Éric Zemmour, mais sans utiliser la notion très controversée de “Remigration”. Expulsions, préférence nationale, suppression du droit du sol… La candidate RN n’a rien à envier au polémiste. Elle entend inscrire dans la Constitution une disposition interdisant “l’installation d’un nombre d’étrangers” qui serait “de nature à modifier la composition et l’identité du peuple français”.

Soit une allusion directe à la théorie raciste du Grand remplacement, bien qu’elle en récuse le terme. Le Monde a récemment démontré dans un article fouillé comment la réalisation de ses promesses se ferait en contradiction avec plusieurs de nos principes fondateurs, dont l’égalité de tous en droit héritée de la Déclaration de 1789.

Une vision du monde

Enfin, la vision du monde de la candidate RN. Avec les discriminations légales qu’elle entend instaurer, Marine Le Pen défend une vision organiciste de la société. C’est-à-dire, une Nation uniforme menacée par des corps étrangers, ce qui est une caractéristique des discours d’extrême droite.

Méfiance envers les élites, mépris pour les syndicats, défiance à l’égard de la presse (voire pire lorsque des journalistes sont privés de meetings ) … Marine Le Pen agrège aussi d’autres marqueurs qui sont ceux de ce courant politique, à l’image de la complaisance envers les régimes et dirigeants autoritaires, comme c’était le cas il y a encore quelques semaines à l’égard de la Russie de Poutine.

Marine Le Pen a par ailleurs souvent salué la victoire de dirigeants d’extrême droite à l’international, à l’image de Bolsonaro au Brésil ou de Salvini en Italie.

Romain Herreros

Mathieu Gallard, directeur d’études à l’Ipsos, analyse les dynamiques à l’œuvre dans la campagne de Marine Le Pen, qui permettent de penser que la candidate RN est en mesure d’obtenir un score important face à Emmanuel Macron, dans l’hypothèse où elle serait au second tour.

Comment comprendre la dynamique de Marine Le Pen dans les sondages à l’approche du premier tour ? Est-ce lié à sa bonne campagne ?

Mathieu Gallard : Marine Le Pen a en effet mené une campagne qui est entrée en résonance avec les attentes des Français. Sur la forme, elle a répondu à une forte demande de proximité en multipliant les déplacements dans les petites villes, voire les villages, au détriment des grands meetings. Cela a généré peu de couvertures de la part des médias nationaux, mais lui a permis d’obtenir des articles souvent plutôt positifs dans la presse quotidienne régionale.

« L’irruption d’Éric Zemmour dans l’arène électorale a en effet été indispensable à sa percée actuelle dans les sondages. »

Sur le fond, elle s’est concentrée sur la question du pouvoir d’achat, à rebours des précédentes campagnes du RN qui, depuis son origine, étaient focalisées sur le couple immigration/insécurité. Se faisant, elle a là encore collé aux attentes des Français : depuis près d’un an, le pouvoir d’achat est de très loin leur premier sujet de préoccupation, loin devant les autres enjeux (protection sociale, environnement, immigration…).

Ces choix lui ont même permis d’être jugée relativement crédible sur ce sujet du pouvoir d’achat, à égalité avec Emmanuel Macron et légèrement devant Jean-Luc Mélenchon. Un tour de force pour la candidate d’un parti dont une des grandes faiblesses était, jusqu’ici, la présomption d’incompétence de la part de l’opinion sur les enjeux économiques et sociaux, présomption encore renforcée par sa contre-performance lors du débat d’entre-deux-tours de 2017.

Si l’on raisonne en termes purement tactiques, l’effet final de Zemmour n’aura-t-il pas été d’aider Marine Le Pen à briser son fameux « plafond de verre », en la « normalisant » ?

Au-delà de la campagne menée par Marine Le Pen, l’irruption d’Éric Zemmour dans l’arène électorale a en effet été indispensable à sa percée actuelle dans les sondages. Cela contribue à l’aider de deux manières.

« Elle est perçue comme moins inquiétante, plus proche des gens, ayant davantage la stature d’une présidente. »

Éric Zemmour aide Marine Le Pen indirectement : en étant plus radical qu’elle sur le fond comme sur la forme, il modère automatiquement la perception que les Français ont de la personnalité de Marine Le Pen comme de son positionnement politique. Et de fait, toutes nos enquêtes montrent que l’image de la candidate RN est bien meilleure qu’en 2017 : elle est perçue comme moins inquiétante, plus proche des gens, ayant davantage la stature d’une présidente, etc. D’autre part, sa crédibilité sur les grands enjeux est nettement plus forte qu’il y a cinq ans, alors précisément que son image d’incompétence économique avait été un handicap majeur en 2017.

Et il y a évidemment un apport plus direct : auparavant, quand les candidats du RN atteignaient le second tour, ils n’avaient jamais d’alliés sur lesquels ils pouvaient compter pour obtenir des reports de voix substantiels et initier une dynamique d’entre-deux-tours. Si Éric Zemmour obtient bel et bien autour de 10 % des suffrages, la position de Marine Le Pen sera très différente de celle de 2017.

D’autant que les transferts électoraux globaux semblent plus favorables à Le Pen cette année qu’en 2017…

En 2017, Marine Le Pen avait souffert d’un « front républicain » qui fonctionnait encore à plein : les électeurs Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon avaient largement préféré voter pour Emmanuel Macron (respectivement à 52 % et 71 %) qu’en sa faveur (7 % et 2 %), de même que les électeurs de François Fillon, dont près d’un sur deux avait fait au second tour le choix du futur président de la République, contre 20 % celui de la dirigeante du FN. Même au sein de l’électorat de Nicolas Dupont-Aignan, qui avait pourtant appelé à voter en sa faveur, les reports avaient été équitablement répartis entre Macron et Le Pen ! Enfin, une petite partie des abstentionnistes du premier tour s’était mobilisée, disproportionnellement en faveur du candidat LREM afin de faire barrage à l’extrême-droite.

« Marine Le Pen dispose désormais d’un réservoir solide parmi l’électorat d’Éric Zemmour, qui voterait à plus de 75 % en sa faveur au second tour. »

La situation actuelle serait différente : les reports de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon comme de Yannick Jadot seraient sensiblement moins favorables à Emmanuel Macron qu’en 2017, et les électeurs de Valérie Pécresse semblent en revanche plus tentés par un vote en faveur de Marine Le Pen que ceux de François Fillon il y a cinq ans. Enfin, comme on l’a dit, Marine Le Pen dispose désormais d’un réservoir solide parmi l’électorat d’Éric Zemmour, qui voterait à plus de 75 % en sa faveur au second tour.

On hésite entre deux écueils inhérents aux sondages : l’effet autoréalisateur pour Le Pen, ou contre elle, dans une logique de « front républicain ». Est-ce que des sondages en faveur de Le Pen peuvent influer le vote des électeurs, dans un sens comme dans l’autre ?

C’est précisément le risque de surinterpréter les sondages les plus récents qui ne font – il faut toujours le rappeler – que refléter l’état actuel de l’opinion, et pas son évolution après une campagne de second tour qui pourrait changer la donne.

« Le soutien probable qui lui apporterait Éric Zemmour la déporterait de nouveau mécaniquement sur sa droite. »

Si la dédiabolisation de Marine Le Pen s’est poursuivie, voire accélérée, au cours des cinq dernières années, il n’en reste pas moins qu’elle continue à inquiéter un électeur sur deux, et qu’elle est perçue comme « très à droite » par les deux tiers des Français. Dans une campagne d’entre-deux-tours face à la candidate RN, Emmanuel Macron viserait sans doute avant tout à la représenter comme une candidate d’extrême-droite, avec tout ce que cela charrie comme perceptions négatives dans l’opinion.

Alors que Marine Le Pen a habilement su négocier le virage de l’Ukraine en se faisant plutôt discrète sur le sujet dans les jours suivant l’invasion russe, elle serait probablement mise face à ses anciens propos flatteurs envers Vladimir Poutine, qui est aujourd’hui une figure honnie par l’immense majorité des Français. De même, le soutien probable qui lui apporterait Eric Zemmour la déporterait de nouveau mécaniquement sur sa droite. Enfin, le probable appui des principaux ténors LR, PS et EELV à Emmanuel Macron devrait contribuer à réactiver le « front républicain ». Ces divers éléments contribueraient probablement à détériorer les reports de voix que nous mesurons actuellement en faveur de Marine Le Pen.

Pensez-vous que Marine Le Pen a des chances de l’emporter au second tour face à Emmanuel Macron ? Quelles seraient les conditions à remplir pour que ce soit le cas ?

Au vu de ces éléments, l’articulation d’une bonne campagne, d’une image personnelle adoucie, d’une crédibilité politique renforcée, de reports potentiels pour le second tour, et d’un « front républicain » moins opérant, font que Marine Le Pen peut espérer obtenir un résultat très significativement supérieur aux 33,9 % qu’elle avait recueilli en 2017. De là à remporter l’élection présidentielle, cela semble encore très difficile. Le seul scénario imaginable serait celui d’une démobilisation massive d’un électorat de gauche jugeant qu’Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont indiscernables. Mais c’est très improbable, parce que la peur du RN et de Le Pen existe encore et donc que « front républicain » existe encore, même si c’est dans une version de plus en plus affaiblie.

« Marine Le Pen peut espérer obtenir un résultat très significativement supérieur aux 33,9 % qu’elle avait recueilli en 2017. »

Enfin, il est indispensable d’évoquer l’autre scénario, à savoir celui d’une qualification sur le fil de Jean-Luc Mélenchon, privant Marine Le Pen de second tour. Il s’agit là encore d’un scénario peu probable, mais pas totalement à exclure en fonction des dynamiques des derniers jours de la campagne électorale. Dans ce cas, l’élection d’Emmanuel Macron ne fait pas non plus beaucoup de doutes, mais les répercussions d’un tel scénario sur l’évolution du système politique français seraient sans doute majeures.

Etienne Campion

 

Nota : Le premier à avoir tiré la sonnette d’alarme est Gérald Darmanin, invité sur France 5 jeudi dernier, le ministre de l’intérieur a déclaré : « J’ai toujours pensé que Madame Le Pen, que je rencontre depuis que je fais de la politique, est dangereuse. Elle l’est pour le président de la République. Elle peut gagner cette élection présidentielle».

Il ajoute : Je sais qu’à chaque fois, on me dit mais non mais non mais non, ben peut-être parce que je suis habitué des électeurs, qui ont tendance à voter, pour pleins de raisons et on peut les comprendre, pour la droite extrême. Marine le Pen a une stratégie qui a l’air de fonctionner». Gérald Darmanin est un élu du nord de la France, maire de Tourcoing, une région plutôt favorable au Rassemblement National

Il n’est pas le seul à s’inquiéter de la sorte, il y a aussi Edouard Philippe

L’ancien premier ministre tient des propos similaires, cité par le Figaro, il prévient : «Si vous vous retranchez derrière les sondages pour vous rassurer, vous vous retranchez derrière du vide »… « C’est ceux qui votent qui décident, et pas ceux qui font, commentent ou commandent les sondages.». Edouard Philippe s’exprimait ainsi lors d’un meeting à Nice la semaine dernière.

Le camp Macron se prépare à un débat de deuxième tour plus difficile que celui de 2017

En 2017, Marine le Pen avait été étrillée dans son face à face avec Emmanuel Macron. Elle était ressortie nettement perdante du débat télévisé. Mais elle a repris de l’énergie depuis 5 ans. Elle gagne en crédibilité. Son offensive sur le pouvoir d’achat semble convaincre le public, elle arrive à tenir malgré Éric Zemmour qui agit sur le même électorat. On peut même dire qu’Éric Zemmour lui rend service par ses outrances, en la rendant plus pondérée. « Elle arrive même paraître sympathique » dit Sébastien Lecornu, le ministre des outremers la considère donc « plus dangereuse ».

 

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