“On n’essaie pas Marine Le Pen ! On n’essaie pas le fascisme” : le plaidoyer d’Ariane Mnouchkine
Pour la directrice du Théâtre du Soleil, Emmanuel Macron doit amender son programme pour prendre en compte les besoins des électeurs de gauche.

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Avant le second tour de la présidentielle, Ariane Mnouchkine, directrice du Théâtre du Soleil, n’a plus la tête à parler de son spectacle L’Île d’or. Face au danger de l’extrême droite, la citoyenne prend le pas sur la metteuse en scène. C’est en femme engagée, bien plus qu’en artiste, qu’elle s’exprime.
Êtes-vous inquiète ?
Plus que de l’inquiétude, je ressens de l’effroi. La situation n’est plus la même qu’en 2017. Les partis réformistes ont volé en éclats. Madame Le Pen a désormais une réserve de voix importante. Les droites extrêmes pourraient rassembler plus de 50 % des Français. Ce chiffre nous fait trembler. Alors que la guerre nous menace, car l’Ukraine c’est nous, l’arrivée de l’extrême droite à la tête de notre pays serait un désastre irréparable. Pour la France et l’Europe.
Que dites-vous à ceux que tente l’abstention ?
Je leur dis que nous avons dix jours pour exiger et obtenir d’Emmanuel Macron qu’il amende son programme. Pour ce faire, il faut qu’il entende les urgences que lui hurlent certains dirigeants syndicaux lorsqu’ils arrivent à l’attraper au téléphone. Il faut que dans le programme de la France insoumise, il puise les dix, ou vingt, ou, pourquoi pas, trente mesures qui sont finançables et possibles à mettre en œuvre immédiatement. Et qu’il fasse de même dans le programme des écologistes et d’autres. Ce fameux combat des idées dont tous les dirigeants politiques se targuent ne consiste pas à annihiler les idées de ses adversaires. C’est aussi savoir admettre que l’autre a raison, parfois. Pour le bien du pays. Pour le bien commun. Contre le fascisme. Et les candidats momentanément défaits ne doivent pas crier au plagiat, mais être fiers de ces emprunts et les ajouter à la liste de leurs victoires.
MCD
Présidentielle : « Sans illusions, sans hésitation et sans trembler, nous voterons Emmanuel Macron »
Devant les menaces multiples et réelles que représente l’accession au pouvoir d’une candidate dont « le programme reste celui de la xénophobie et du repli sur soi », près de 500 personnalités de la culture, parmi lesquelles Ariane Ascaride, Jeanne Balibar, Fabrice Luchini ou encore Charlotte Gainsbourg, appellent dans une tribune à voter pour le chef de l’Etat, Emmanuel Macron
Le 10 avril, l’extrême droite, pour la troisième fois de l’histoire de la Ve République, est au second tour de l’élection présidentielle, aux portes du pouvoir. Jamais elle n’a été aussi près de l’emporter. Aujourd’hui, ce que l’on appelait autrefois le « front républicain » se fissure. Nous en sommes consternés.
Actrices et acteurs du monde de la culture, du spectacle vivant, nous avons parfois eu des divergences, des oppositions, des désaccords profonds avec le pouvoir en place. Nous avons parfois eu des déceptions aussi, des colères, des rages, même. Mais si pour certains d’entre nous l’issue de ce premier tour n’a pas été celle espérée, si pour certains d’entre nous la méfiance demeure, il n’y a pour nous, aujourd’hui, aucune hésitation, aucun doute, aucun flottement.
Nous ne mettons pas sur le même plan la démocratie et le populisme. Nous ne nous laisserons jamais aller à renvoyer dos à dos un gouvernement démocratique et le Rassemblement national.
Rien ne relie Marine le Pen à la France de Hugo ou de Camus
– Rien dans le programme de Marine Le Pen ne nous rapproche de l’histoire de la France résistante, humaniste, généreuse et ouverte sur le monde.
– Rien ne relie Marine Le Pen à la France de Villon, de Beaumarchais, de Voltaire, de Hugo ou de Camus.
– Rien dans son projet et ses déclarations passées ou présentes n’indique qu’elle a conscience de l’urgence climatique et environnementale (quasi-suppression des énergies renouvelables).
– Rien, dans ses habitudes et ses choix de vie, ne la rapproche des plus modestes autrement que par le cynisme de paroles politiciennes.
– Rien ne nous rassure sur l’idéologie qui l’anime encore, derrière le discours policé.
– Rien ne nous dit comment elle se dégagera de ses obligations envers Poutine, lequel Poutine elle donnait en exemple de chef d’Etat, vantant sa gouvernance idéale, il y a encore quelques semaines.
Le programme de xénophobie et du repli sur soi du RN
Demain, nous n’osons imaginer ce que deviendrait la culture au sein de notre pays si c’était elle que le suffrage désignait. Nous ne pouvons imaginer, à la tête de la France, une candidate dont le programme reste celui de la xénophobie et du repli sur soi, une candidate qui a fait alliance avec des puissances totalitaires et bellicistes. Nous ne pouvons imaginer ce que signifierait, pour l’Europe et pour le monde, ce signe terrible.
Nous ne pouvons imaginer le sentiment du peuple ukrainien envahi, bombardé et massacré, lorsqu’il découvrira que nous avons élu une complice du chef du Kremlin à la tête de notre pays. Rappelons à ce sujet, à ceux qui font le pari d’une cohabitation à suivre, que même si celle-ci advenait, Marine Le Pen resterait, en tout état de cause, cheffe des armées. À ce titre, il lui appartiendra directement de gérer la position de la France dans le conflit en Ukraine.
Nous ne pouvons imaginer que la France, pays des Lumières et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, porte au pouvoir une présidente dont les amitiés revendiquées avec les pires dictateurs en exercice seraient notre honte et notre déshonneur. Pour toutes ces raisons, et conscients de notre devoir citoyen, nous voterons sans aucune hésitation pour Emmanuel Macron le 24 avril. Sans illusions, sans hésitation et sans trembler.
Il y a deux jours, des responsables du monde de la culture, dont Jack Lang, Olivier Py ou Stanislas Nordey, avaient également appelé à voter Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle, en soulignant que l’abstention peut bénéficier à sa rivale d’extrême droite.
500 personnalités de la culture, parmi lesquelles Ariane Ascaride, Jeanne Balibar, Fabrice Luchini ou encore Charlotte Gainsbourg, …