« Ca tape dur « : en Auvergne-Rhône-Alpes, 140 structures culturelles face aux baisses de subventions

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La Région a voté ce mercredi 25 mai les subventions à destination de festivals, associations ou institutions culturelles. A Lyon et Grenoble, de nombreux acteurs ont subi des baisses conséquentes. En Auvergne, l’inquiétude est aussi grande de voir des subventions diminuer.
En Auvergne-Rhône-Alpes, un dossier fait polémique, celui de la culture. Les budgets ont été votés ce mercredi 25 mai Sur environ 400 demandes de subventions, plus d’une centaine affichent des baisses. Selon la Région, les plus grosses structures doivent faire un effort aider les plus petites, celles qui risquent de disparaitre d’ici la fin de l’année, mais aussi pour alimenter le fonds Covid, à hauteur de 500 000 euros. Une explication loin d’être convaincante pour Zerrin Batary, élue du groupe Les écologistes : « On est face à une grosse supercherie. On nous ment. On nous explique que la baisse des subventions est en réalité un rééquilibrage pour faire bénéficier les petites structures plutôt que les grosses, les zones rurales plutôt que les métropoles. En réalité, il y a une vraie baisse constatée de 4 millions d’euros depuis le début de l’année. »
« Notre budget culture a été pérennisé »
Particulièrement touchées, les compagnies et structures grenobloise en pleine polémique sur le burkini. A Lyon, la Maison de la danse, les Nouvelles substances et la villa Gillet sont particulièrement touchées. En Auvergne, ce sont le Footsbarn Théâtre et l’école des beaux-arts de Clermont-Ferrand. La commission permanente a délibéré à huis-clos et les budgets ont été votés Sophie Rotkopf, vice-présidente déléguée à la culture et au patrimoine, défend la position de la majorité : « Nous ne baissons pas. Notre budget culture a été pérennisé, il n’y a pas lieu d’effectuer des baisses. On parle de rééquilibrage entre les structures qui sont sorties du Covid avec une trésorerie plutôt saine, qui peuvent jouer la solidarité, et celles qui sont en difficulté. Nous avons réactivé, en commission permanente, le fond d’urgence Covid à disposition de ces structures. Les métropoles captent à peu près 60% des subventions. »
Une politique « punitive »
L’explication est loin de convaincre Zerrin Batary : « On est dans une politique punitive de la part de Laurent Wauquiez, qui veut punir les personnes qui commettraient des incivilités, notamment les jeunes, on veut sanctionner ceux qui travaillent mal qu’on appelle les assistés… On veut punir tout le monde. » Son groupe n’a d’ailleurs pas validé le budget proposé : « On s’est abstenu pour toutes les subventions qui ont été maintenues. Certaines ont été maintenues, personne n’a été augmenté. Pour le reste, on a voté contre ». Pourtant, pas de punition selon la majorité de Laurent Wauquiez : « Nous n’attaquons pas la culture. Nous voulons une culture pour tous et une culture partout, ce n’est pas le cas aujourd’hui. On veut gommer ces iniquités. Nous voulons sortir d’une culture de rente automatique pour aller vers une culture de projet ».
Une réduction annoncée
Les articles sur la baisse de subvention au secteur culturel prévue par la Région sont nombreux. Ils évoquent surtout la situation à Lyon et à Grenoble. Mais l’Auvergne n’y échappera sans doute pas. Les acteurs du monde culturel sont inquiets, comme les organisateurs du festival les Cultures du monde à Gannat. La Région est l’un de leur plus gros financeur depuis bientôt 48 ans avec près de 50 000 euros de subvention. Luc Roche, le président de l’association nationale cultures du monde, est inquiet pour le devenir de ce festival : « On n’a pas encore le résultat des subventions des autres collectivités. La commune nous a annoncé une réduction. Le département, on ne sait pas encore mais c’est vrai que s’il y a des coupures importantes, ça peut mettre festival en péril et on peut mettre la clef sous la porte ».
« Ce sera peut-être un artiste en moins, ou 2, ou 3 »
Selon les élus de l’opposition, sur les 313 subventions accordées à des festivals, associations ou institutions chaque année, 140 devraient voir les aides diminuer, et ceci sans concertation préalable. Au festival Vidéoformes, on s’inquiète aussi d’une baisse. Elle pourrait entraîner la venue de moins d’artistes ou des actions diminuées auprès de populations de territoires ruraux. « Ça ne va pas arranger les choses si ça arrive. L’offre qu’on pourra proposer dépendra des moyens que l’on a. ça sera peut-être un artiste en moins, ou 2, ou 3. Ça sera peut-être une activité réduite alors que nous avons envie, comme tous, de rayonner », selon Gabriel V. Soucheyre, directeur du festival Vidéoforme.
Des emplois en danger
Mais la tenue de festivals ou d’événements est aussi selon lui une locomotive pour l’économie : « Il y a un impact économique important. Nous sommes une entreprise, petite certes, mais nous travaillons dans un contexte économique avec de l’hôtellerie, avec des intermittents, des fournisseurs divers ». Dans une lettre ouverte à la vice-présidente de la Région Aura, des acteurs culturels expriment leurs préoccupations. « Ce seront inévitablement des emplois qui seront fragilisés ; des spectacles pourtant planifiés qui ne pourront pas être présentés aux publics ; des auteurs, des musiciens, des plasticiens, des enseignants, des interprètes, des techniciens du spectacle, des intervenants de projets d’éducation artistique qui ne pourront pas être employés, voire des emplois permanents qui seront menacés. » Une pétition a été lancée en attendant les décisions du conseil Régional.
« On se demande si ce n’est pas au doigt mouillé »
Boris Bouchet (LFI-PCF), élu d’opposition au Conseil régional, alerte : « La diversité culturelle est en danger. Depuis plusieurs semaines, on entendait le président de Région parler de redéploiement, en disant que la métropole lyonnaise essentiellement captait les subventions et donc qu’il y allait y avoir un rééquilibrage. Là, on s’aperçoit que le jeu de massacre est dans tous les domaines et sur tous les territoires » Il est perplexe face à la répartition annoncée des subventions : « On se demande si ce n’est pas au doigt mouillé. On a des festivals, des scènes conventionnées, des écoles d’art qui voient leurs subventions baisser alors que, par exemple, d’autres festivals avec une dimension commerciale, eux, voient leurs subventions inchangées. Je pense par exemple à Europavox, Jazz à Vienne, ou au festival de la Chaise-Dieu. » Pour lui, cette répartition impacterait aussi bien les professionnels que leurs spectateurs : « Ca tape dur, ça tape fort et les premières victimes seront les Auvergnats et les Rhônalpins, les professionnels mais aussi le public. » Il ne votera pas ce budget, a-t-il annoncé.
S.B. FR3
6 millions d’euros pour les chasseurs, ou la biodiversité selon Laurent Wauquiez
« Il y a deux façons de voir la ruralité, la préservation de la biodiversité, l’aménagement du territoire : soit on le voit du côté des bobos des villes, soit on discute avec les acteurs du monde rural qui connaissent le territoire parce qu’ils le pratiquent tous les jours et tous les week-ends lorsqu’ils chassent », a-t-il déclaré notamment sur lemonde.fr .
Robert De Niro dans « Voyage au bout de l’enfer », de Michael Cimino (1978).
Toujours l’image de ces « bobos » que la droite radicale au sein du parti Les Républicains aime projeter régulièrement : Nicolas Sarkozy dans un séminaire du parti sur « l’agriculture et la ruralité » avait fait part de ses craintes de voir « notre puissance agricole (…) remplacée par la possibilité donnée aux bobos d’aller faire leurs courses à la ferme dans le cadre des circuits courts ».
Pour Monique Cosson, présidente du groupe du « Rassemblement citoyen » (EELV notamment), ne décolère pas devant l’annonce de cette nouvelle subvention :
« Cela va trop loin. C’est de la politique à la hache, avec large financement clientéliste des chasseurs ou des défenseurs de l’agriculture intensive et un assèchement de tous les protecteurs de la nature. »
La Frapna (Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature) a en effet été l’une des première victimes des coupes budgétaires décidées par Laurent Wauquiez, président de région qui cherche pas moins de 75 millions d’euros d’économies cette année et jusqu’à 300 millions d’euros d’ici la fin de son mandat.
La Frapna a vu sa subvention réduite de 50%, passant à 385 000 euros en 2016, contrainte d’envisager le licenciement d’une vingtaine de personnes.
Dans un article de mai 2016, nous révélions que les premières coupes (larges) décidées par Laurent Wauquiez visaient l’agro-écologie, le système des Amap, notamment.
L’enquête avait suscité une salve de commentaires, parmi lesquels un observateur de la vie politique locale avait lancé, mi-agacé mi-goguenard :
« On ne finance que ses amis et ceux qui peuvent nous soutenir politiquement. Je ne vois pas pourquoi Laurent Wauquiez irait soutenir des organisations de gauche ou qui embauchent des militants écologistes. Il veut les tuer dans l’oeuf, c’est le jeu de l’alternance. Même si, là, il le fait de façon très visible, un peu grossière ».
« Le Chasseur de sanglier » ou les saines lectures du FN
Laurent Wauquiez, toujours dans le domaine de l’environnement, ne montre aucun enthousiasme à voir s’étendre un parc naturel régional (PNR), qui présenterait « trop de contraintes écologiques ».
Les élus régionaux du Rassemblement citoyen, écologiste et solidaire (EELV, Parti de Gauche et Nouvelle Donne) ont d’ailleurs déposé ce mois un recours devant le tribunal administratif de Lyon pour « contester l’abrogation du parc naturel régional des gorges et sources de l’Allier décidée par la majorité de Laurent Wauquiez le 7 juillet dernier ».
Toujours dans le même sens et concernant cette fois la montagne dont la grande région est riche, Laurent Wauquiez n’a pour le moment prévu qu’un aspect touristique réduit (c’est à dire hivernal), envisageant dans son « plan neige » 200 millions d’euros pour, notamment, des canons à neige artificielle dans les stations de ski.
La belle enveloppe (de 2 955 210 euros exactement) à destination des chasseurs doit être soumise au vote lors de la prochaine assemblée plénière, le 22 septembre prochain. Et alors que Laurent Wauquiez avait assuré qu’il ne financerait plus le fonctionnement des associations ou organisations, la fédération régionale des chasseurs devrait bénéficier d’une subvention justement dédiée à son fonctionnement, à hauteur de 240 000 euros par an, « pour l’éducation à l’environnement ».
Les écologistes ont déjà promis qu’il remettrait en cause cette délibération.
En revanche, Laurent Wauquiez devrait une fois de plus satisfaire aux injonctions et espoirs des élus FN de l’assemblée régionale qui, eux, protestaient contre « le scandale des subventions aux associations écolos » révélé dans un magazine spécialisé, « Le Chasseur de sanglier ».
À moins que le président de région Les Républicains ne finisse par les agacer, en chassant ainsi le « gibier électoral » de prédilection du parti de Marine Le Pen.
P.B.
À quoi ont bien pu servir les 6 millions d’euros distribués par Laurent Wauquiez aux chasseurs ?
Le président d’Auvergne-Rhône-Alpes avait annoncé la couleur dès le début de son mandat : les chasseurs seraient choyés, au détriment des associations environnementales. Pour quels résultats ? Mediacités a passé au crible les millions d’euros de subventions versés au nom de « la préservation de la biodiversité ».

Six millions d’euros, qui dit mieux ? Les chasseurs sont les grands gagnants du mandat Wauquiez qui s’achève – les élections régionales devraient finalement se tenir les 20 et 27 juin prochains. En six ans, le président sortant d’Auvergne-Rhône-Alpes, qui n’a pas encore officialisé sa candidature, a fait voter deux enveloppes d’environ 3 millions d’euros chacune aux amateurs de la gâchette de son territoire. Pour quels résultats ? C’est ce qu’a cherché à déterminer Mediacités.
Remontons d’abord aux prémices du mandat. Pendant la campagne électorale des régionales de 2015, Laurent Wauquiez prend la plume pour s’adresser aux 136 000 chasseurs d’Auvergne et de Rhône-Alpes. Dans une lettre, alors révélée par le site Reporterre, il cajole l’électeur-chasseur, défenseur « des traditions et de la biodiversité ». « Si nous sommes élus, écrit-il, les choses seront claires, nous serons enfin attentifs à assurer un juste rééquilibrage des subventions qui ont trop profité ces dernières années à des écologistes dogmatiques. »
Les choses ont été claires : en septembre 2016, la collectivité présidée par Laurent Wauquiez signe avec la fédération régionale des chasseurs (FRC) une convention de partenariat et d’objectifs. Montant : 2 955 210 euros de subventions sur trois ans (2016-2018). Alors qu’en 2015, les associations cynégétiques avaient perçu 200 000 euros d’aides régionales (Auvergne et Rhône-Alpes confondues), elles en touchent 1,6 million d’euros en 2016. Un bond de plus de 800% !
« Bobos des villes » versus « acteurs du monde rural »
Dans le même temps – et en cohérence avec le courrier de Laurent Wauquiez -, les associations de protection de l’environnement voient leurs subsides chuter de manière vertigineuse ou carrément disparaître [relire sur Mediacités notre article de l’époque : Région Auvergne-Rhône-Alpes : sale temps pour les associations]. « Il y a deux façons de voir la ruralité, la préservation de la biodiversité, l’aménagement du territoire : soit on le voit du côté des bobos des villes, soit on discute avec les acteurs du monde rural qui connaissent le territoire parce qu’ils le pratiquent tous les jours et tous les week-ends lorsqu’ils chassent », défendait alors Philippe Meunier, vice-président chargé de la chasse et de la pêche, pratiquant lui-même.
Les opposants crient au « clientélisme ». En vain. La première convention sera suivie d’une seconde, pour la période 2019-2021, encore plus généreuse : 3,3 millions d’euros. Entretemps, comme l’avait raconté Mediacités, Laurent Wauquiez aura ouvert l’hôtel de région, en mars 2018, au congrès de la fédération nationale de la chasse. Tout un symbole.
Que disent les conventions signées avec la FRC ? La première est consultable en ligne. Et la seconde ? La région n’a pas répondu à nos sollicitations. La fédération régionale des chasseurs a quant à elle refusé de nous transmettre le document. Son directeur Marc Chautan et Alexis Pivard, chargé du suivi du partenariat, ont préféré nous communiquer son contenu à l’oral, par téléphone. Elle reprend, dans les grandes lignes, la quinzaine d’actions énumérées dans la première convention autour de trois thématiques : la préservation de la biodiversité, l’éducation à l’environnement et le partage de l’espace. Sans oublier, comme nous l’aborderons plus bas, un volet communication. Aux fédérations départementales, entre lesquelles la FRC répartit l’argent de la région, de mettre en musique cette convention.
Crottes de lepus timidus et colliers de sanglier à 2 600 euros
Et dans le détail ? Au rayon « préservation de la biodiversité », les chasseurs ardéchois et drômois ont prospecté pour essayer de comprendre comment niche la bécasse des bois, plus connue pour fréquenter les plaines humides du massif central que les plateaux secs de l’Ardèche. Leurs homologues savoyards et isérois ont recueilli les crottes du très rare lapin variable (lepus timidus) afin d’en estimer la population, avec des méthodes dignes de la police scientifique. Enfin, grâce à un de leurs pièges-photo offert par la région, les chasseurs de Haute-Savoie ont décroché un scoop en 2017 : la preuve de l’arrivée du chacal doré en France.
Si l’étude du vanneau huppé et du petit gravelot est tombée à l’eau, les chasseurs alpins (à ne pas confondre avec ceux de l’Armée de terre) mènent depuis six ans une étude des galliformes des montagnes : tétras lyre, perdrix bartavelle, lagopède et gélinotte. Objectif : comprendre l’impact de la chasse sur ces espèces en voie de disparition. Les fédérations ont ainsi nettoyé la montagne pour favoriser l’habitat du tétras lyre. Pas seulement pour la beauté majestueuse du petit coq de bruyère : espèce chassable, le mâle (uniquement lui) ne peut être « prélevé » qu’en cas de bon taux de reproduction, directement lié à la qualité de son environnement.

Les chasseurs se sont également essayés à la cartographie. Pour 136 000 euros, ils ont compilé des cartes et topographies de terrain (linéaires de haies, position des chemins et des bois, descriptions d’habitat) qu’ils ont envoyées à la préfecture de région… où elles dorment gentiment dans un tiroir. Ils ont surtout contribué à la plantation de beaucoup de haies : 21 kilomètres par an, en aidant financièrement les agriculteurs. Aux mêmes, ils ont acheté des semences, pour 70 euros l’hectare, afin qu’ils maintiennent l’hiver un couvert végétal favorable au petit gibier – plants de moutarde, refuge préféré des sangliers, exceptés. Soit 263 000 euros dépensés par an pour 8 670 hectares plantés au goût des faisans et autres lièvres.
Autre dépense en faveur de « la préservation de la biodiversité » : l’installation de panneaux réfléchissants sur les bords des routes pour éviter les collisions avec les animaux – « Pas parfait, mais le nombre d’accidents a un peu baissé », assure Marc Chautan. Douze sangliers du Pilat répondant aux doux noms de Ricochet, Francine ou Pumba, ont par ailleurs été équipés d’un collier GPS pour comprendre quand et comment ces cochons sauvages traversaient les routes et les voies ferrées. En dehors des clous peut-être ? Chacun de ces colliers a coûté au contribuable 2 500 euros hors taxe… cette fois-ci, ce n’est pas une plaisanterie ! Et la FRC a publié, en début d’année, un nouvel appel d’offres pour équiper de nouveaux sangliers et des chevreuils.
Interventions dans les écoles : « Nous n’y sommes pas allés avec des fusils ! »
Dans son entreprise de recensement, la fédération régionale a lancé l’application « VigiFaune », afin de comptabiliser les animaux écrasés sur la route et, si possible, les vivants. L’initiative n’est pas sans rappeler Vigie-Nature du Museum national d’histoire naturelle, développé en partenariat, entre autres, avec la Ligue de protection des oiseaux (LPO). À la différence que ce programme d’observations naturaliste, plus ambitieux, repose sur un protocole précis de récolte des données auprès du grand public (pour les oiseaux, plantes ou insectes), validées ensuite par des scientifiques.
Voilà pour les dépenses « biodiversité ». À côté, les caisses de la région ont permis aux chasseurs de beaucoup promouvoir… la chasse. Dans les écoles notamment, via des « animations nature ». « Nous n’y sommes pas allés avec des fusils !, prévient d’emblée Marc Chautan. Notre volonté est de faire découvrir la biodiversité ordinaire et une nature façonnée par l’homme. » Pas de prosélytisme, comme le prétend explicitement une plaquette élaborée par la fédération du Rhône [voir ci-dessous]. Mais au programme, toutefois, des pistages d’animaux chassables ou une rencontre avec des chasseurs… Le tout gratuitement, grâce à l’argent du conseil régional, quand d’autres associations, comme la LPO, facturent leurs prestations assurées par des animateurs nature diplômés. « C’est du dumping ! », dénonce son directeur général Yves Verilhac.
À cette volonté de sensibiliser les plus jeunes au monde de la chasse, s’ajoute celle de désamorcer les critiques à l’encontre d’un loisir toujours plus décrié. En 2017, la fédération du Rhône et de la Métropole de Lyon a dépensé 3 500 euros pour réaliser trois vidéos – des grands moments de cinéma [voir l’une d’elles ci-dessous] – afin d’expliquer que les randonneurs, vététistes et autres cavaliers n’avaient aucun souci à se balader en forêt pendant une battue. Sur YouTube, les spots ont comptabilisé à eux trois à peine plus de 2 300 vues. Soit 1,5 euros le clic…
Une autre dépense a tourné court. Dans le Rhône toujours, les chasseurs ont construit plus de 400 miradors, à 75 euros pièce, afin d’orienter au maximum les tirs vers le sol. « Mais des petits malins se sont amusés à les débiter à la tronçonneuse, se désole Antoine Herrmann, directeur de la fédération départementale. Depuis 2016, nous avons recensé plus de 240 postes de tir surélevés détruits ou volés et nous sommes probablement en dessous de la réalité. »
Un goût de venaison
Mediacités vous en avait parlé : en 2018, le conseil régional a voté 378 000 euros de subventions pour améliorer les locaux des chasseurs… alors que certains étaient flambant neufs. L’enveloppe était aussi destinée à les équiper de frigos car, dans le cadre de son programme « La Région a du goût », la collectivité veut voir naître une filière venaison. Sur les 3,3 millions d’euros de la seconde convention, 645 000 euros ont ainsi été fléchés sur ce chantier. Auquel il faut ajouter 800 000 euros accordés en décembre 2020 à la fédération départementale de Haute-Savoie pour agrandir leurs locaux et acquérir un centre de découpe et de transformation du gibier.
Résumons : entre 2019 et 2021, 700 000 euros ont été consacrés aux études sur la faune et 1,11 million d’euros à l’entretien des milieux et des habitats, 425 000 euros ont été dépensés dans de la communication et dans des actions « d’éducation à l’environnement et au partage de la nature » et 435 000 euros à la sécurité (construction de miradors notamment). Autrement dit, la fameuse « préservation de la biodiversité » régulièrement mise en avant par Laurent Wauquiez pour justifier son soutien aux chasseurs n’a bénéficié que de la moitié des subsides régionaux.
« Je n’ai pas d’état d’âme, réagit Gérard Aubret, le président de la FRC. Les chasseurs ont été complètement ignorés pendant le mandat de Jean-Jack Queyranne [président socialiste de Rhône-Alpes de 2004 à 2015], c’est un juste rééquilibrage des choses ! Ça m’a vraiment enchanté que des associations comme la Frapna, arrosées pendant des années, ne reçoivent plus un centime. » Et L’ancien colistier de Laurent Wauquiez dans la Loire d’enfoncer le clou : « Tout l’argent est allé aux études, aux locaux de chasse et aux miradors. Alors que les associations de protection de la nature, elles, ne vivent que de ça ! Nous, on n’a embauché personne avec l’argent de la région. » Enfin presque : un poste a bien été créé à la FRC pour suivre les conventions passées avec la région.
C’est sans commune mesure, il est vrai, avec la vingtaine de postes perdus par l’ex-Frapna (France nature environnement Auvergne-Rhône-Alpes). « On a vécu des années très dures, confie son président Éric Féraille. Laurent Wauquiez a perdu ce qu’il voulait perdre : nos avis très exigeants. Conséquence, la région Auvergne-Rhône-Alpes a pondu un Sraddet [Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires] de merde, le pire de France ! Si faire des miradors, acheter des frigos et mettre du gibier dedans, c’est ce qui fait la politique environnementale d’une région, merci bien ! »
« On va donc soutenir Laurent Wauquiez »
Pour les chasseurs, les élections de juin prochain relèvent de l’enjeu financier. « Quand j’entends parler Fabienne Grébert [la candidate écologiste] ou qu’on regarde le programme de Najat Vallaud-Belkacem [la candidate socialiste], c’est une catastrophe ! On sait très bien qu’on ne recevrait plus d’aides si elles étaient élues. Donc on va soutenir Laurent Wauquiez », assène Gérard Aubret.
« Nous sommes précisément dans ce que je ne veux plus dans cette région, s’insurge Najat Vallaud-Belkacem auprès de Mediacités. Des oppositions stériles et artificielles. Laurent Wauquiez a divisé notre région : les chasseurs contre les associations environnementales, les ruraux contre les urbains… La protection de l’environnement, la transition écologique doit être l’affaire de tous et non, je n’exclurai pas les chasseurs de cet objectif. » Du côté du Rassemblement national, Andréa Kotorac veut continuer à soutenir « la pratique de la chasse (…) indispensable à la protection de la biodiversité » tout en assurant qu’il ne versera pas des subventions pour « occuper un segment électoral ».
Pour EELV et ses partenaires, Fabienne Grébert se défend de vouloir « faire la chasse aux chasseurs ». « S’ils veulent restaurer les milieux, ils seront les bienvenus », assure-t-elle. Mais l’écologiste se montre moins tendre que ces adversaires : « On a financé des maisons de chasse en Haute-Savoie à quelques kilomètres les unes des autres, c’est délirant ! Quand on regarde les devis, c’est fou : des frigos dernier cri, des couteaux professionnels… Et si je devais leur donner à nouveau 7 millions d’euros, ils en feraient quoi ? Ils s’achèteraient des écrans plats ? »
Philippe Meunier, vice-président chargé de la chasse, n’a pas répondu aux sollicitations de Mediacités. La région Auvergne-Rhône-Alpes non plus. En octobre 2019, répondant à des questions des lecteurs du Dauphiné Libéré outrés par les subventions distribuées aux chasseurs, Laurent Wauquiez avait vanté leur bilan, notamment le scoop du « retour » du chacal doré (qui n’est pas tout à fait un retour car contrairement au loup, ce canidé n’avait jamais été observé en France auparavant),et assuré « aider tout le monde » y compris les associations de protection de l’environnement.
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