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Le changement climatique est en théorie l’une de leurs priorités, pourtant, ni la majorité présidentielle ni la Nupes n’ont imposé le sujet dans l’entre-deux-tours.

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » La célèbre formule de Jacques Chirac à Johannesburg a vingt ans, mais elle semble plus que jamais d’actualité. Alors que la vague de chaleur qui submerge la France agite les réseaux sociaux et fait la « une » des médias, les questions climatiques et environnementales ont été étonnamment absentes des débats d’entre-deux-tours de la campagne pour les élections législatives des 12 et 19 juin.

Un silence d’autant plus frappant que les deux formations en tête du premier tour, Ensemble ! et la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), ont en théorie fait du sujet l’une de leurs priorités. Côté majorité présidentielle, Elisabeth Borne a été nommée première ministre « chargée de la planification écologique et énergétique », conformément à ce qu’avait promis Emmanuel Macron à Marseille, le 16 avril, entre les deux tours de l’élection présidentielle. Un emprunt sans détour à La France insoumise, en réaction au bon score de Jean-Luc Mélenchon, arrivé troisième au premier tour du scrutin.

Mais depuis, plus rien ou presque, tant sur la méthode que sur le fond. Amélie de Montchalin, l’ancienne ministre de la fonction publique propulsée à la transition écologique, est pour l’heure surtout occupée à tenter de sauver son siège de député de la 6e circonscription de l’Essonne.

Quant à Jean-Luc Mélenchon, pour lequel le vote des abstentionnistes, et notamment des jeunes, sera crucial au second tour, il a préféré ces derniers jours attaquer la majorité sur le chiffrage des programmes, et focaliser le débat sur les aspects économiques et sociaux (TVA sociale, entre autres). « J’ai toujours parlé de planification écologique, a toutefois rappelé l’ancien socialiste, jeudi 16 juin sur France Bleu. On ne peut pas tout changer en huit jours, mais on prend des mesures d’urgence, et des mesures durables. (…) Les premières victimes, à part les sans-abri, c’est nos gosses. » L’avant-veille, lors d’un meeting à Toulouse, M. Mélenchon avait souligné que la « conscience écologiste » est une « conscience des biens communs, de l’intérêt général, de l’égalité entre les êtres humains. C’est le fondement de la République ».

« La politisation du vote sur le climat est compliquée »

Selon la dernière enquête Ipsos-Sopra Steria, publiée le 8 juin, l’environnement arrive en troisième position des préoccupations des répondants. Il est cité par 31 % des personnes interrogées et même 42 % des 18-24 ans, juste derrière le système de santé. Mais le pouvoir d’achat est loin devant. « C’est un sujet où il est plus difficile pour les camps respectifs d’avoir une opposition nette, à part sur le nucléaire ou les énergies renouvelables, analyse Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos. De plus, les sujets de court terme, sur l’économie et le social, sont actuellement perçus comme plus aigus par les Français. »

« La politisation du vote sur le climat est compliquée, car ce qui angoisse surtout les gens en ce moment, c’est la crise sociale et l’inflation qui les prend à la gorge, abonde Alma Dufour, candidate Nupes en Seine-Maritime et activiste pour le climat. Ce n’est pas en une semaine qu’on peut faire des enjeux climatiques un sujet. »

Le programme de la Nupes consacre pourtant une large part aux thèmes environnementaux. Il prévoit notamment d’investir massivement pour la « bifurcation écologique et sociale » (200 milliards d’euros en cinq ans), qui doit permettre, selon le chiffrage de l’alliance de gauche, la création d’un million d’emplois, et de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 65 % d’ici 2030 par rapport à 1990 – contre 40 % actuellement. Mais aussi de lutter contre la précarité énergétique à travers les rénovations thermiques, et d’encadrer strictement les activités polluantes et les énergies fossiles.

« Sans financement, les objectifs climatiques ne servent à rien »

De son côté, Emmanuel Macron a promis 10 milliards d’euros par an d’ici à 2027 pour la transition écologique. Son programme prévoit la mise en œuvre de la taxe carbone aux frontières de l’Europe, la rénovation de 700 000 logements par an, ou encore une offre de leasing de voiture électriques afin de rendre accessible la transition aux plus modestes.

« Durant ces campagnes [présidentielle et législatives], il y a eu beaucoup d’annonces, mais pas vraiment de moment politique pour parler de l’adaptation au changement climatique », résume Benoît Leguet, directeur général d’I4CE, un think tank sur l’économie de la transition écologique fondé par la Caisse des dépôts et l’Agence française de développement.

Selon lui, le véritable test sur les ambitions écologiques du gouvernement et des oppositions se jouera en deux temps : dans le discours de politique générale du ou de la première ministre, début juillet. Puis lors du marathon budgétaire, à l’automne, qui devrait aussi dévoiler une trajectoire pluriannuelle en la matière. « Sans financement, les objectifs climatiques ne servent à rien. Mais ce n’est pas tout de décréter des budgets, il faut aussi construire de véritables politiques publiques, en accompagnant les ménages et les entreprises », conclut M. Leguet.

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