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À qui profite le mythe de la rivalité entre femmes au bureau ?

L’histoire
Il existe cette idée selon laquelle les femmes qui travaillent ensemble seraient inévitablement des rivales. Ce mythe – car oui il s’agit bien d’un mythe – persiste malgré les études qui prouvent le contraire.

Dites m’en plus.
Un article publié en décembre dernier dans Harvard Business Review a démontré par A+B que les femmes sur leur lieu de travail ne sont pas plus “mesquines, antagonistes ou peu fiables dans leurs relations avec d’autres femmes que les hommes avec d’autres hommes.” Pour affirmer cela, l’autrice et l’auteur de l’article, Andrea S. Kramer et Alton B. Harris, ont effectué de nombreuses recherches et dépoussiéré une poignée d’études scientifiques relatées dans leur livre, It’s Not You It’s the Workplace: Women’s Conflict at Work and the Bias that Built It (“Ce n’est pas vous, c’est
le lieu de travail : le conflit des femmes au travail et les préjugés qui l’ont créé”). Alors pourquoi cette vision des femmes qui se crêpent le chignon en réunion est-elle encore si répandue ?

Oui, pourquoi ?
“Nous pensons que la réponse réside dans une incompréhension fondamentale de la raison pour laquelle les femmes ont parfois de difficiles relations de travail avec d’autres femmes. Ce n’est pas parce qu’elles possèdent des caractéristiques psychologiques exclusivement féminines, mais parce qu’elles subissent de la discrimination au travail”, postulent Kramer et Harris.

Tout s’explique. 
Je ne vous apprendrai rien en vous disant que des métiers sont exclusivement (ou quasi) occupés par des hommes tandis que d’autres le sont par des femmes. Côté hiérarchie, les hommes dominent une large majorité des postes de pouvoir, imposant ainsi auprès de leurs employé·e·s des normes, valeurs et attentes dites “masculines”. À cause des préjugés sexistes et de ce qu’appellent Kramer et Harris le “biais d’affinité” (le fait de donner des responsabilités à quelqu’un qui nous ressemble), les femmes ont peu de chance d’être nommées à des postes de pouvoir. C’est là que la concurrence entre les femmes commence, affirment alors Kramer et Harris.

Quelles sont les conséquences ?
Pour les femmes qui atteignent des postes de direction ou de management, ces dernières sont tiraillées entre le rôle qu’elles doivent jouer (mener une équipe, un projet, faire preuve d’assertivité etc.) et celui attendu par la société (être douces, maternantes, à l’écoute). Résultats ? Ces femmes peuvent paraître froides, égoïstes ou hostiles. Alors qu’un homme ayant le même comportement sera juste vu (et reconnu) comme quelqu’un effectuant tout simplement son job.

Quid des cheffes au comportement (vraiment) toxique ?
Alors oui, elles existent et c’est pour cela que Annik Houel, professeure de psychologie sociale à l’Université de Lyon II, a écrit le livre Rivalités féminines au travail. L’influence de la relation mère-fille (Ed. Odile Jacob). Elle explique à L’Express que des femmes en situation de pouvoir peuvent effectivement en venir à véhiculer “le discours masculin (…) tenant par exemple des propos sexistes” et tombant parfois “dans le harcèlement, la violence verbale et psychologique”. Mais l’existence de ces femmes sont en nette minorité par rapport aux
hommes au comportement également toxique, rapporte Le Temps, et ne prouvent en rien l’existence de ce que des chercheurs américains avaient appelé dans les années 70 le “syndrome de la reine des abeilles”.

Comment agir ? 
Au lieu de cultiver les stéréotypes sexistes des femmes au bureau, il serait temps de les analyser, lance Annik Houel dans le quotidien Le Temps. “Parce que c’est bien pratique comme ça : pendant qu’elles sont occupées à se disputer entre elles, les femmes ne pensent pas à grimper les échelons de la hiérarchie, elles ne viennent pas remettre en question la position dominante des hommes.” Imaginez un temps soit peu que cette déconstruction soit faite : cela voudrait dire plus de femmes à des postes à responsabilité, plus de parité, de mixité, d’égalité salariale et donc une meilleure performance pour les entreprises, des rapports plus sains entre tous les être-humains et, enfin, des employé·e·s plus
heureu·se·s. On s’y met tout de suite ?

Arièle Bonte

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