Le jeu pervers de Vladimir Poutine
Bombarder le port céréalier d’Odessa, au lendemain de la signature d’un accord sur l’exportation de blé par l’Ukraine, il fallait oser.
Nous serons toujours du coté des opprimé.es, des résistant.s, auprès de nos sœurs et frères ukrainien.nes… Toujours MCD

Kiev accuse Vladimir Poutine de « cracher » à la face du monde.
Avec Vladimir Poutine, pas de surprise : le pire est toujours sûr. Ce vendredi, un accord entre la Russie et l’Ukraine rendait possible l’exportation de céréales par la mer Noire. Il redonnait espoir à des populations menacées de famine. Le lendemain même, des tirs de missile atteignaient Odessa, grand port céréalier. Bien sûr, l’armée russe nie toute implication. C’est sans doute l’armée ukrainienne qui a bombardé des installations vitales dans une de ses plus importantes et plus symboliques villes.
À quel jeu pervers Poutine se livre-t-il encore ? Montrer que l’accord ne tient que par sa volonté. Affirmer qu’il ne remet aucunement en cause l’intensité de la guerre déclenchée en Ukraine. Affaiblir les capacités exportatrices de Kiev afin de privilégier les siennes propres. Simplement souffler le chaud et le froid pour miner les exceptionnelles qualités de résistance des Ukrainiens et dissuader les pays occidentaux de poursuivre leur soutien massif à ce pays qu’il a décidé d’écraser.
Ces tirs sur Odessa doivent nous inquiéter. Ils interviennent très peu de temps après de nouvelles menaces de la Russie, annonçant que les choses sérieuses allaient vraiment commencer, et après d’autres lancements de missiles sur le centre de l’Ukraine. Que l’armée russe occupe la presque totalité du Donbass est inacceptable pour les Ukrainiens, mais certains de leurs soutiens occidentaux espéraient, sans le dire, qu’il s’agisse là du but de guerre de Vladimir Poutine.
En violant de la pire des façons un accord d’une portée humanitaire évidente, au lendemain même de sa signature, Vladimir Poutine affiche aux yeux du monde entier son total mépris pour tout ce qui ne relève pas de la force brute. Il s’agit de persuader chacun, ennemi et partenaire, qu’il est prêt à tout pour arriver à ses fins. En se gardant bien de dévoiler quelles sont ces fins.
Jean-Michel Bretonniersur LVDN
- Marie Mendras, politiste au CNRS et au CERI (Sciences Po) : « Les Russes vivent pétrifiés par la violence de la propagande. Les élites politiques et économiques sont atterrées »
- Ariane Vidal-Naquet, juriste « En Russie, le droit demeure un instrument entre les mains du pouvoir politique »
- Jo Nesbø, écrivain et scénariste norvégien : « La guerre des histoires est une guerre longue. Et Vladimir Poutine finira par la perdre »
- Dimitri Minic, chercheur à l’IFRI : « Les élites politico-militaires russes croient que le monde leur est hostile et que les Etats-Unis sont omniscients »
- Lasha Otkhmezuri, historien : « Poutine a occupé nos esprits, avant d’occuper l’Ukraine »
- Jan Krauze, essayiste : « Pourquoi a-t-on si peur de Poutine, au lieu de faire peur à cet homme qui ne respecte rien d’autre que les rapports de force ? »
- Adam Baczko, chercheur au CNRS, Gilles Dorronsoro, politiste, Arthur Quesnay, chercheur à Paris I : « Les modalités habituelles de l’aide occidentale peuvent avoir des effets contre-productifs »
- Pascale Brudon, ancienne fonctionnaire internationale à l’OMS : « Monsieur le secrétaire général de l’ONU, faites de la politique ! »
- Erri De Luca, écrivain : « aux réfugiés, il reste une valise et la caution d’être vivants »
- François Cornut-Gentille, député (LR) de la Haute-Marne : « notre modèle d’armée soi-disant complet est surtout obsolète »
- Dorothée Schmid, chercheuse à l’IFRI : « Pour le camp occidental, le rôle que jouera la Turquie dans le dénouement de la crise ukrainienne est crucial »
- Alexandra de Hoop Scheffer, politiste : « La défense collective est dorénavant au premier plan de l’OTAN »
- Alice Ekman, spécialiste de l’Asie : « Pékin et Moscou se rejoignent sur un ressentiment viscéral envers les Etats-Unis et l’« Occident »
- Isabelle Facon, directrice adjointe à la Fondation pour la recherche stratégique : « L’armée russe, une puissance militaire fantasmée à l’épreuve »
- Claudia Major et Christian Mölling, chercheurs : « Berlin doit reconnaître que la force militaire est un facteur dans les relations internationales »
- Daniela Schwarzer, directrice exécutive pour l’Europe et l’Eurasie de l’Open Society Foundations : « La guerre en Ukraine transformera l’Europe »
- Sofi Oksanen, écrivaine : « Pour la Russie, l’idéal serait de finlandiser toute l’Europe, et pas seulement l’Ukraine »
- Jonathan Littell, écrivain et cinéaste : « Tant que Poutine restera au pouvoir, personne ne sera en sécurité. Aucun de nous »
- Benjamin Hautecouverture, historien et politiste : « La forme que prend la guerre d’invasion russe contre l’Ukraine est dictée par la dissuasion nucléaire »
- Anton Shekhovtsov, politiste : « L’histoire montre que les grands mensonges mènent toujours à une immense tragédie humaine »
- Maya Kandel, historienne, spécialiste de la politique étrangère américaine : « L’Europe n’a pas vécu situation plus dangereuse depuis des décennies »
- Alexandra Goujon, politiste, spécialiste des pays d’Europe de l’Est : « L’Ukraine cherche à s’émanciper d’une tutelle de plusieurs siècles »
Guerre en Ukraine : Les Vingt-Sept accordent à l’Ukraine et la Moldavie le statut de candidat à l’UE
Le statut de candidat à l’Union européenne accordé jeudi à l’Ukraine et la Moldavie par les Vingt-Sept
Le statut de candidat à l’Union européenne accordé jeudi à l’Ukraine et la Moldavie par les Vingt-Sept. Image d’illustration. — Ludovic MARIN / AFP
Un accord déjà historique. Les dirigeants des Vingt-Sept ont reconnu ce jeudi à l’Ukraine et à la Moldavie le statut de candidat à l’Union européenne, a annoncé le président du Conseil européen Charles Michel, évoquant un « moment historique », en pleine offensive russe. Cette décision aussitôt saluée par Kiev, prise lors d’un sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’UE à Bruxelles, marque le début d’un processus long et complexe en vue d’une adhésion.
La journée d’« aujourd’hui marque une étape cruciale sur votre chemin vers l’UE », a déclaré Charles Michel sur Twitter, félicitant le président ukrainien Volodymyr Zelensky et la présidente moldave Maïa Sandu, ainsi que leurs peuples. « Nous avons un avenir ensemble », a-t-il dit, en tweetant également dans les langues de ces pays.
Pour la Géorgie, ce n’est pas pour toute suite
La Géorgie, qui aspire également à rejoindre l’UE, devra encore faire des réformes pour obtenir ce statut. Les Vingt-Sept lui ont néanmoins reconnu la « perspective » de rejoindre un jour l’Union. « L’avenir de la Géorgie est au sein de l’UE », a affirmé Charles Michel.
Les dirigeants ont suivi les avis de la Commission rendus la semaine dernière sur ces trois ex-républiques soviétiques. Ce Conseil européen est « historique », a aussi déclaré le chancelier allemand Olaf Scholz en arrivant au sommet. L’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie avaient déposé leur candidature peu après le déclenchement fin février de la guerre menée par Moscou en Ukraine. Jamais l’UE n’a été aussi prompte à accorder ce statut, nouvelle illustration de sa solidarité envers Kiev et Chisinau.
Une adhésion rapide exclue ?
Plusieurs représentants des Etats membres ont néanmoins averti que les Ukrainiens ne devaient « pas se faire d’illusions » sur une adhésion rapide. Emmanuel Macron avait estimé en mai qu’une adhésion de Kiev prendrait « des décennies ». La Commission doit faire un premier bilan à la fin de l’année sur les réformes demandées aux deux pays, qui concernent notamment la lutte contre la corruption et l’indépendance de la justice.
La prochaine étape, l’ouverture de négociations officielles, nécessitera à nouveau l’unanimité des Vingt-Sept. Ces négociations ne sont toujours pas ouvertes pour la Macédoine du Nord et l’Albanie, candidates respectivement depuis 2005 et 2014. Les pays des Balkans occidentaux ont d’ailleurs exprimé jeudi leur frustration sur la lenteur de leur processus d’adhésion.
MCD