Guerre en Ukraine : Poutine accuse Washington de faire traîner le conflit en Ukraine
La Russie envahit l’Ukraine…
Alexandra Karle, responsable d’Amnesty International Suisse, revient sur le rapport de l’ONG qui critique le comportement des forces armées ukrainiennes.

Le président russe Vladimir Poutine a accusé mardi les États-Unis de faire traîner le conflit en Ukraine et chercher à «déstabiliser» le monde avec une récente visite à Taïwan de la présidente de la Chambre américaine des représentants Nancy Pelosi.
«La situation en Ukraine montre que les États-Unis cherchent à faire traîner ce conflit. Et ils agissent de la même manière en cultivant la possibilité d’un conflit en Asie, en Afrique, en Amérique latine», a déclaré Vladimir Poutine dans une adresse à la Conférence internationale sur la sécurité à Moscou.

«L’aventure américaine à l’égard de Taïwan, ce n’est pas simplement un voyage d’une politicienne irresponsable, mais une partie d’une stratégie intentionnelle consciente visant à déstabiliser et rendre chaotique la situation dans la région et dans le monde», a-t-il affirmé.
C’est une «démonstration insolente de leur manque de respect envers la souveraineté des autres pays et leurs obligations internationales», a poursuivi Vladimir Poutine, en fustigeant une «provocation soigneusement préparée».
Les relations entre les États-Unis et la Russie, qui mène une offensive en Ukraine depuis le 24 février et a dénoncé à de multiples reprises les livraisons d’armes américaines ces derniers mois au régime ukrainien, connaissent une période de tensions sans précédent.
Visée par une série de très lourdes sanctions occidentales en raison du conflit ukrainien, la Russie cherche à renforcer ses relations avec les pays d’Afrique et d’Asie, notamment avec la Chine.
Moscou avait déjà qualifié de «provocation» la visite début août de Nancy Pelosi à Taïwan, qui a provoqué l’ire de la Chine, et a estimé que Pékin avait le droit de prendre les «mesures nécessaires pour protéger sa souveraineté».
Le premier navire humanitaire affrété par l’ONU pour transporter des céréales ukrainiennes a quitté mardi le port de Pivdenny, dans le sud de l’Ukraine, avec quelque 23’000 tonnes pour l’Afrique, a annoncé le ministère ukrainien de l’Infrastructure.
«Le navire Brave Commander avec du grain pour l’Afrique a quitté le port de Pivdenny. Ce matin, le cargo est parti pour le port de Djibouti, où les vivres seront livrées à l’arrivée aux consommateurs en Ethiopie», a indiqué le ministère sur Telegram. Selon lui, «23’000 tonnes de blé se trouvent à bord de ce navire affrété par le Programme alimentaire mondial des Nations Unies».

Présent au port de Pivdenny dimanche, le ministre ukrainien de l’Infrastructure Oleksandre Koubrakov avait dit espérer que «deux ou trois» navires supplémentaires affrétés par l’ONU pourraient en partir prochainement.
Il s’agit de la première cargaison d’aide alimentaire à quitter l’Ukraine depuis qu’a été signé en juillet par Kiev et Moscou, via une médiation de la Turquie et sous l’égide de l’ONU, des accords sur l’exportation des céréales ukrainiennes, bloquées à cause de la guerre entre les deux pays.
Le premier navire commercial est parti le 1er août, et plus d’une quinzaine de bateaux au total ont quitté l’Ukraine depuis l’entrée en vigueur de l’accord, selon le décompte des autorités ukrainiennes, mais aucune cargaison humanitaire de l’ONU n’avait encore pris la mer.
Insécurité alimentaire aiguë
L’Ukraine et la Russie comptent parmi les plus gros exportateurs mondiaux de céréales, qui connaissent une flambée des cours depuis le début de la guerre.
Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), un nombre record de 345 millions de personnes dans 82 pays sont aujourd’hui confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, tandis que jusqu’à 50 millions de personnes dans 45 pays risquent de sombrer dans la famine sans aide humanitaire.
Un incendie ayant provoqué une explosion de munitions s’est produit mardi matin dans une base militaire russe en Crimée, péninsule annexée par la Russie, a annoncé le ministère russe de la Défense.
Le feu s’est déclaré vers 03h15 GMT (05h15 en Suisse) dans un dépôt de munitions temporaire d’une base russe dans le district de Djankoï (nord), a précisé le ministère dans un communiqué, cité par les agences de presse russes. «À la suite de l’incendie, une détonation des munitions s’est produite», a-t-il indiqué.
Selon le gouverneur de la Crimée, Sergueï Aksionov, qui s’est rendu sur les lieux, deux civils ont été blessés, et l’évacuation des habitants d’un village voisin était en cours. À 06h15 GMT, la déflagration se poursuivait toujours, a-t-il affirmé sur Telegram.
Cet incident intervient une semaine après une explosion des munitions destinées à l’aviation militaire dans un dépôt situé sur le territoire de l’aérodrome militaire de Saki, dans l’ouest de la Crimée. Ces explosions avaient fait un mort et plusieurs blessés.

En première ligne
La Crimée, une péninsule d’Ukraine annexée en 2014 par Moscou, est en première ligne de l’offensive militaire que mène la Russie contre son voisin ukrainien depuis le 24 février.
Des avions russes décollent quasi quotidiennement de Crimée pour frapper des cibles dans des régions sous le contrôle de Kiev et plusieurs zones de cette presqu’île sont situées dans le rayon d’action des canons et des drones ukrainiens.
Malgré le conflit, la Crimée est restée un important lieu de villégiature pour de nombreux Russes qui continuent de profiter de l’été sur ses plages.
«Le matin près de Djankoï a commencé avec des explosions», a aussitôt réagi sur Twitter le conseiller de la présidence ukrainienne, Mikhaïlo Podoliak.
«La Crimée dans un pays normal, c’est la mer Noire, ls montagnes, la récréation et le tourisme. Mais la Crimée occupée par les Russes, ce sont des explosions des dépôts de munitions et un risque élevé de la mort pour les envahisseurs et les voleurs», a-t-il lancé.
Une «catastrophe» à la centrale nucléaire de Zaporojjia, sous contrôle russe dans le sud de l’Ukraine, menacerait l’Europe toute entière, a averti lundi le président ukrainien Volodymyr Zelensky. «À l’abri de la station, les occupants bombardent les villes et communautés des environs», a accusé Volodymyr Zelensky dans son adresse de lundi soir.

«Tout incident radioactif à la centrale nucléaire de Zaporojjia peut porter un coup aux pays de l’Union européenne, à la Turquie, à la Géorgie, et à des pays de régions plus éloignées. Tout dépend de la direction et de la force du vent», a poursuivi le président ukrainien. «Si les actions de la Russie conduisent à une catastrophe, les conséquences pourraient frapper ceux qui restent silencieux pour l’instant», a-t-il averti.
Il a appelé la communauté internationale à adopter «de nouvelles sanctions dures contre la Russie» et à ne pas «céder au chantage nucléaire». «Toutes les forces russes doivent se retirer immédiatement de la station et des zones environnantes sans aucune condition», a-t-il dit.
Les séparatistes soutenus par Moscou dans l’est de l’Ukraine ont commencé lundi à juger trois Britanniques, un Croate et un Suédois accusés d’avoir combattu avec l’armée ukrainienne, ce qui pourrait leur valoir la peine de mort.
La «Cour suprême» de la région séparatiste de Donetsk a ouvert le procès de John Harding, Andrew Hill, Dylan Healy, originaires du Royaume-Uni, ainsi que du Croate Vjekoslav Prebeg et du Suédois Mathias Gustafsson, ont indiqué les médias russes.
MM. Harding, Prebeg et Gustafsson, faits prisonniers dans la zone du port ukrainien de Marioupol, assiégé et bombardé pendant des semaines par l’armée russe, encourent la peine de mort, selon une juge citée par l’agence de presse TASS.
Selon l’agence Ria-Novosti, ces trois hommes qui risquent l’exécution sont poursuivis pour tentative de «prise de pouvoir par la force» et pour «participation à un conflit armé en tant que mercenaire».

Le Britannique Andrew Hill est lui accusé uniquement de mercenariat, tandis que Dylan Healy est poursuivi pour «avoir participé au recrutement de mercenaires» en faveur de l’Ukraine, toujours selon l’agence Ria-Novosti.
Le tribunal a indiqué que le procès des cinq accusés ne reprendra que début octobre, sans donner d’explications sur les raisons de ce délai. Ils ont tous plaidé non coupable, selon les médias russes.
Début juin, deux combattants britanniques et un marocain avaient déjà été condamnés à mort par les séparatistes de Donetsk. Ils ont fait appel de cette décision. Un moratoire sur la peine de mort est en vigueur en Russie depuis 1997, mais ce n’est pas le cas dans les deux territoires séparatistes de l’Est ukrainien.
Le président russe Vladimir Poutine a ordonné le 24 février à son armée de mener une «opération militaire spéciale» en Ukraine, dont les forces résistent depuis avec acharnement, dans le conflit le plus violent en Europe depuis la Seconde guerre mondiale.
Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou et le chef de l’ONU Antonio Guterres ont évoqué lundi par téléphone la sécurité de la centrale nucléaire de Zaporijjia, sous contrôle de l’armée russe dans le sud de l’Ukraine, où elle est visée par des bombardements.
«Sergueï Choïgou a mené des négociations téléphoniques avec le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, concernant les conditions d’un fonctionnement sécurisé de la centrale nucléaire de Zaporijjia», a indiqué le ministère russe de la Défense dans un communiqué.
La centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, avait été prise début mars par les troupes russes, au début de leur offensive à grande échelle en Ukraine, lancée le 24 février.

Depuis fin juillet, plusieurs frappes, dont les deux parties s’accusent mutuellement, ont visé le site, faisant craindre une catastrophe nucléaire et provoquant jeudi dernier une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU.
Kiev accuse Moscou d’utiliser la centrale comme base d’attaque et dépôt de matériel. Soutenue par ses alliés occidentaux, l’Ukraine appelle à la démilitarisation de la zone et au retrait des forces de Moscou.

Selon le ministère de la Défense russe, MM. Choïgou et Guterres ont également évoqué lundi les explosions ayant touché fin juillet la prison d’Olenivka, dans la région séparatiste de Donetsk (est de l’Ukraine), entraînant la mort de dizaines de prisonniers ukrainiens.
Kiev accuse Moscou d’avoir massacré ces détenus. Moscou dément et affirme au contraire que l’armée ukrainienne a bombardé le camp de prisonniers.
Les pays nordiques et l’Allemagne ont affiché lundi à Oslo des signes de division sur une limitation, en réaction à l’invasion de l’Ukraine, des visas touristiques délivrés aux Russes, mesure prônée par Helsinki mais qui suscite des réticences à Berlin.
«Les Russes ordinaires n’ont pas commencé la guerre mais, en même temps, nous devons comprendre qu’ils soutiennent la guerre», a déclaré la Première ministre finlandaise Sanna Marin à l’issue d’une réunion entre les chefs des gouvernements nordiques et allemand.
«Ce n’est pas juste que les citoyens russes puissent entrer en Europe, dans l’espace Schengen, être touristes (…) pendant que la Russie tue des gens en Ukraine», a-t-elle dit lors d’une conférence de presse commune.

Le ministère finlandais des Affaires étrangères a présenté début août un plan pour limiter les visas touristiques délivrés aux Russes souhaitant aller dans le pays, et Helsinki souhaiterait une décision au niveau européen.
Depuis l’interdiction des vols de la Russie vers l’UE, les touristes russes sont de plus en plus nombreux à se rendre dans le pays nordique, qui partage une longue frontière avec la Russie, pour transiter vers d’autres Etats européens.
Le chancelier allemand Olaf Scholz a, lui, affiché ses réserves à l’égard d’une telle mesure. «C’était une décision importante de notre part d’imposer des sanctions contre ceux qui sont responsables de la guerre, contre de nombreux oligarques et ceux qui profitent financièrement et économiquement du régime du (président russe, ndlr) Poutine», a-t-il souligné.

«Nous continuerons de le faire mais je pense que ce n’est pas la guerre du peuple russe, c’est la guerre de Poutine», a-t-il affirmé. Selon lui, une limitation des visas touristiques pénaliserait aussi «tous les gens qui fuient la Russie parce qu’ils sont en désaccord avec le régime russe».
«Toutes les décisions que nous prenons ne devraient pas rendre plus difficile pour eux de choisir la liberté et de quitter le pays afin de s’éloigner du régime et de la dictature en Russie», a-t-il fait valoir.
La Suède, par la voix de sa Première ministre Magdalena Andersson, a indiqué ne pas avoir arrêté sa position sur ce sujet, tandis que le Danemark a appelé à maintenir l’unité européenne face à Moscou.
«Une de nos réussites au cours de cette guerre, c’est notre unité, et je pense que nous devrions avoir cette discussion», a affirmé la Première ministre danoise Mette Frederiksen. «Mais je comprends pourquoi certains trouvent que c’est un peu étrange» que des Russes puissent aujourd’hui faire du tourisme en Europe, a-t-elle précisé.
Dès octobre, les importateurs allemands pourront prélever 2,4 centimes de plus par kilowattheure de gaz auprès des entreprises et des particuliers. Lire notre article.

La Russie reconnaît mener des discussions avec les États-Unis portant sur la libération de la basketteuse américaine Brittney Griner contre celle du «marchand de la mort» russe. Lire notre article.

L’Ukraine a affirmé lundi avoir visé une base du groupe paramilitaire Wagner, dont les hommes sont accusés de combattre aux côtés des troupes russes. Elle a aussi dit avoir détruit un pont près de la ville occupée de Melitopol.
Selon le gouverneur de la région de Lougansk, dans l’est de l’Ukraine, la base de cette société militaire privée dans la ville de Propasna a été «détruite par une frappe de précision». Le tir a eu lieu dimanche, a précisé Serguiï Gaïdaï sur Telegram.
Très opaque, le groupe Wagner est réputé comme étant lié à l’oligarque russe Evguéni Prigojine, lui-même considéré comme un proche du président Vladimir Poutine. La présence de ses combattants a été attestée ces dernières années en Syrie, en Libye, au Mali et dans d’autres pays d’Afrique.
Plusieurs ponts visés
Les autorités ukrainiennes ont également affirmé que des saboteurs pro-Kiev sont parvenus à faire sauter un pont ferroviaire près de la ville de Melitopol (région de Zaropijjia, sud), occupée par l’armée russe, dans un nouvel effort pour perturber la logistique des troupes de Moscou.

«Un pont ferroviaire en moins au sud-ouest de Melitopol signifie une absence totale de trains militaires depuis la Crimée», péninsule annexée en 2014 par la Russie et essentielle aux ravitaillements de l’armée russe, a annoncé sur Telegram le maire de Melitopol Ivan Fedorov.
L’Ukraine a visé plusieurs ponts ces dernières semaines, principalement dans la région occupée de Kherson, où Kiev dit mener une contre-offensive ayant permis de reprendre des dizaines de villages et menacer désormais les troupes russes ayant traversé le fleuve Dniepr.
Estivants tués
Dans la région d’Odessa, sur la mer Noire, trois estivants ont été tués lundi et deux autres blessés, alors qu’ils se baignaient sur une plage à Zatoka, une populaire station balnéaire, par la détonation d’un «engin explosif inconnu», a annoncé sur Telegram un porte-parole des autorités régionales, Serguiï Bratchouk.
Dans la matinée, des bombardements russes sur Kharkiv, la deuxième ville du pays, ont fait au moins un mort et six blessés, a indiqué sur Facebook un haut responsable de la police locale, Serguiï Bolvinov.
Le président russe Vladimir Poutine a vanté lundi les armes de fabrication russe auprès de ses alliés étrangers, assurant qu’elles avaient fait leur preuve sur le champ de bataille, en pleine intervention militaire en Ukraine.
«Nous sommes prêts à proposer à nos alliés et partenaires les types d’armes les plus modernes, des armes d’infanterie aux engins blindés, en passant par l’artillerie, l’aviation de combat ou les drones», a déclaré M. Poutine.
«Partout dans le monde, (ces armes) sont appréciées par les professionnels pour leur fiabilité, leur qualité et, surtout, pour leur haute efficacité. Elles ont quasiment toutes été employées à maintes reprises dans des conditions de combat réelles», a-t-il poursuivi.
Le chef du Kremlin s’exprimait au premier jour d’un salon international de l’armement organisé pendant une semaine à Koubinka, dans la région de Moscou, où sont attendus environ 1500 participants.
Vladimir Poutine a assuré que la Russie avait «beaucoup d’alliés», évoquant en particulier des «liens de confiance» en Amérique latine, en Asie et en Afrique. «Ce sont des Etats qui ne fléchissent pas devant une soi-disant hégémonie. Leurs dirigeants font preuve d’un vrai caractère viril», a-t-il souligné.
Selon lui, la formation de militaires étrangers en Russie offre aussi de «grandes perspectives». «Des milliers de militaires professionnels sont fiers de considérer nos écoles et nos académies militaires comme leur alma-mater», a assuré M. Poutine.
Il a également invité les alliés de la Russie à participer à des manoeuvres militaires communes avec Moscou. Entre 2017 et 2021, la Russie a été le deuxième exportateur d’armement, avec 19% du marché mondial, selon le rapport du Stockholm Institute (Sipri), des chiffres toutefois en baisse continue ces dernières années, selon cette source.
Les conséquences des sanctions occidentales contre la Russie depuis son offensive en Ukraine risquent de pénaliser encore son industrie de l’armement, en bloquant notamment ses circuits logistiques et financiers. Des armes russes utilisent aussi des composants étrangers désormais inaccessibles à l’importation.
Malgré ces difficultés, le directeur de l’agence fédérale russe de la coopération en armement, Dmitri Chougaev, a affirmé lundi à l’agence Ria-Novosti que la Russie avait signé pour 16 milliards de dollars de nouveaux contrats d’exportation d’armes en 2022, avec un porte-feuille de commandes atteignant 57 milliards.
Les risques autour de la centrale nucléaire de Zaporijia, dans le sud de l’Ukraine, où Moscou et Kiev s’accusent depuis plus d’une semaine de bombardements, «augmentent chaque jour», a assuré dimanche le maire de la ville où elle est située.

«Les risques augmentent chaque jour», a déclaré par téléphone à l’AFP Dmytro Orlov, le maire d’Energodar, ajoutant que les tirs au mortier sur la centrale sont devenus quotidiens et dénonçant un «terrorisme nucléaire pur et simple» de la Russie, qui «peut se terminer de façon imprévisible à n’importe quel moment».
Le premier navire humanitaire affrété par les Nations unies pour transporter des céréales ukrainiennes a été chargé dimanche de 23.000 tonnes de blé et est prêt à prendre la mer, a annoncé le ministre ukrainien de l’Infrastructure.
Présent au port de Pivdenny, dans la ville de Youjné, pour assister au chargement du MV Brave Commander, le ministre Oleksandre Koubrakov a indiqué que «le navire se dirigera vers l’Afrique, l’Éthiopie étant le dernier pays où la cargaison de 23.000 tonnes de blé sera livrée».
«J’espère que d’autres navires affrétés pour le Programme alimentaire mondial (PAM) viendront dans nos ports. J’espère qu’il y aura bientôt 2-3 navires supplémentaires», a-t-il poursuivi.
Sur Twitter, il a plus tard ajouté que le chargement était complet et le bateau prêt à partir, sans donner de date.

Le MV Brave Commander a accosté vendredi au port de Pivdenny, proche d’Odessa. Selon le ministère ukrainien de l’Infrastructure, il partira pour Djibouti, d’où les céréales seront transférées en Ethiopie.
Il s’agit de la première cargaison d’aide alimentaire à quitter l’Ukraine depuis qu’a été signé en juillet par Kiev et Moscou, via une médiation de la Turquie et sous l’égide de l’ONU, des accords sur l’exportation des céréales ukrainiennes, bloquées à cause de la guerre entre les deux pays.
«Nous prévoyons évidemment que d’autres navires quittent les ports ukrainiens pour venir en aide aux populations du monde entier. Ce n’est que le premier des nombreux navires humanitaires qui quitteront les ports», a déclaré aux journalistes Marianne Ward, directrice adjointe des opérations du Programme alimentaire mondial (PAM) en Ukraine.
Le premier navire commercial est parti le 1er août, et 16 bateaux au total ont quitté l’Ukraine depuis l’entrée en vigueur de l’accord, selon le décompte des autorités ukrainiennes, mais aucune cargaison humanitaire de l’ONU n’a encore pris la mer.
L’Ukraine et la Russie, sont parmi les plus gros exportateurs mondiaux de céréales, qui connaissent une flambée des cours depuis le début de la guerre.
Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), un nombre record de 345 millions de personnes dans 82 pays sont aujourd’hui confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, tandis que jusqu’à 50 millions de personnes dans 45 pays risquent de sombrer dans la famine sans aide humanitaire.
Recouverts d’un tissu pourpre, onze cercueils sont alignés, chacun devant une tombe fraîchement creusée, dans la dernière allée du cimetière de Boutcha. A l’intérieur, onze inconnus morts pendant l’occupation russe de cette ville ukrainienne près de Kiev en mars.
Quasiment tous, parmi ces neuf hommes et deux femmes, avaient été enterrés par des habitants dans des fosses communes, quand la brutalité des combats ne permettait pas de faire autrement. Un autre corps a été retrouvé plus tard, après le retrait des troupes russes de la région.
Plus de quatre mois après la découverte par des journalistes de l’AFP, le 2 avril, de 20 corps de civils abattus, premières indications des atrocités commises pendant l’occupation de cette banlieue du nord-ouest de Kiev, les autorités locales ont commencé l’enterrement des morts que personne n’a réclamés. Mardi, quatorze premiers corps ont été mis en terre, suivis de onze autres jeudi.

Ce n’est qu’un début: trois cérémonies supplémentaires sont prévues, confie à l’AFP Mykhaïlyna Skoryk-Chkarivska, une adjointe au maire de Boutcha. Une cinquantaine de personnes sur les 458 civils morts pendant l’occupation de la ville n’ont pas été identifiées, précise-t-elle. «Nous allons continuer à travailler […] Notre objectif est de trouver des proches de chaque personne non identifiée».
Pour cela tout est fait. Des échantillons d’ADN ont été prélevés et tout ce qui peut aider à l’identification est publié sur Facebook. Mais les procédures sont formelles. Parmi les onze enterrés jeudi, deux hommes avaient des papiers d’identité sur eux. En dépit des appels lancés sur Internet, personne ne s’est manifesté et «pour qu’ils soient formellement identifiés, il faut que leurs proches voient les corps et les reconnaissent», reprend Mme Skoryk-Chkarivska.
L’adjointe au maire ne s’étonne qu’à moitié. La vie a beau sembler être revenue à la normale dans cette banlieue plutôt huppée, qui attire les habitants de Kiev en quête de verdure, «la moitié de la population de Boutcha n’est toujours pas revenue».
Kiev et Moscou ont de nouveau échangé samedi des accusations de tirs sur la centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, occupée par la Russie et visée à plusieurs reprises depuis une semaine.
«Limitez votre présence dans les rues d’Energodar! Nous avons reçu des informations sur de nouvelles provocations de la part des occupants» russes, a indiqué sur Telegram l’agence nucléaire ukrainienne Energoatom. «Selon les témoignages des habitants, des bombardements sont à nouveau en cours en direction de la centrale nucléaire de Zaporijjia (…) L’intervalle entre le départ et l’arrivée des tirs est de 3-5 secondes», ajoute le message.

De leur côté, les autorités d’occupation installées par la Russie dans les zones qu’elle occupe dans la région de Zaporijjia ont sans surprise accusé les forces ukrainiennes d’être à l’origine de ces tirs. «Energodar et la centrale nucléaire de Zaporijjia sont à nouveau sous le feu des militants (du président ukrainien Volodymyr) Zelensky», a déclaré sur Telegram un membre de l’administration militaire et civile prorusse, Vladimir Rogov.
Dans son allocution quotidienne, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dénoncé un «chantage russe» autour du site nucléaire. «Les occupants essaient d’intimider les gens de façon extrêmement cynique en utilisant la centrale nucléaire de Zaporijjia, a dit le président qui affirme que les forces russes se «cachent» derrière la centrale pour bombarder les villes sous contrôle ukrainien de Nikopol et Marganets. Par ailleurs, Volodymyr Zelensky ajouté que les responsables du «chantage» devraient «être jugés devant une cour internationale».
Les agences de notation S&P et Fitch ont dégradé vendredi l’Ukraine, désormais à un cran seulement du défaut de paiement, après l’annonce d’un moratoire sur sa dette extérieure obtenue mercredi auprès de ses créanciers internationaux.
S&P a ainsi dégradé les notes de la dette à long et court terme en devises étrangères, de CC/C à SD («selective default»). «Compte-tenu des termes et conditions annoncés de la restructuration, et conformément à nos critères, nous considérons cette transaction comme (…) équivalant à un défaut», indique S&P dans un communiqué.
L’Ukraine a obtenu de la part de ses créanciers internationaux un moratoire de deux ans sur sa dette extérieure, évaluée à 20 milliards de dollars. Fitch a de son côté dégradé la dette à long terme, de C à RD («restricted default»).
Le Pentagone a assuré vendredi ne pas avoir d’informations sur la cause des récentes explosions sur une base militaire russe en Crimée, tout en soulignant que les États-Unis n’avaient livré à Kiev aucune arme ne leur permettant de mener une telle frappe.
L’aéroport militaire russe de Saki, en Crimée annexée en 2014 par la Russie, a été fortement endommagé mardi par une série d’explosions présentées comme accidentelles par Moscou mais que les experts attribuent à une attaque des forces ukrainiennes.
Kiev n’a pas revendiqué cette attaque et les multiples explosions, filmées par des témoins qui ont ensuite posté des vidéos sur les réseaux sociaux, restent inexpliquées.
«Nous n’avons rien qui indique s’il y a eu un lancement de missile ou non, je ne peux pas dire s’il y a eu du sabotage ou non», a déclaré à la presse un haut responsable militaire américain. «Je l’ignore».
«Ce que je peux vous dire, c’est que ce n’était pas une frappe d’ATACMS, parce que nous ne leur avons pas donné d’ATACMS», a ajouté ce haut gradé ayant requis l’anonymat, en référence à des missiles balistiques tactiques d’une portée de 300 km, que Kiev tente de convaincre Washington de lui fournir.
Un «impact plutôt important»
Compatibles avec les systèmes d’artillerie de précision Himars dont disposent déjà les forces ukrainiennes, ces missiles permettraient à Kiev de frapper des cibles en profondeur en territoire contrôlé par Moscou, ce que les États-unis cherchent à éviter de crainte d’une extension du conflit à des pays de l’OTAN.
«Nous ne leur avons rien fourni qui leur permette ou qui les aide à frapper la Crimée», a noté le haut responsable militaire. Sans attribuer l’attaque aux forces ukrainiennes, il a souligné qu’elle avait un «impact plutôt important» sur l’armée de l’air russe.
Les services de renseignement militaire britanniques ont estimé vendredi qu’au moins cinq chasseurs-bombardiers russes Su-24 et trois appareils multirôles SU-30 avaient été détruits ou fortement endommagés, mais que la piste d’atterrissage restait «probablement» utilisable.

«Saki était principalement une base destinée aux appareils de la flotte russe de la mer Noire», a tweeté le renseignement militaire. «Les capacités aéronavales de la flotte sont maintenant fortement diminuées».
Au moins trois personnes ont été tuées et 15 autres blessées vendredi dans des bombardements russes sur les villes ukrainiennes de Kramatorsk, dans l’est, et de Zaporijjia, dans le sud, ont annoncé les autorités locales.
«Une nouvelle attaque sur Kramatorsk – selon de premières informations, nous avons deux civils morts et 13 blessés avec certitude», a dit sur Facebook Pavlo Kyrylenko, le gouverneur de la région de Donetsk.
«Les bombardements ont endommagé au moins 20 bâtiments et un incendie s’est déclaré», a-t-il ajouté, appelant une nouvelle fois la population locale à évacuer.

Un responsable local à Zaporijia, Anatoli Kourtev, a de son côté rapporté sur Telegram la mort d’une femme vendredi dans des frappes russes ayant également fait deux blessés qui ont été hospitalisés.
Depuis le retrait des forces russes des environs de Kiev et de Kharkiv fin mars, l’essentiel des combats se déroule dans le Donbass, un bassin industriel de l’est ukrainien, et dans le Sud, où Kiev mène une contre-offensive.
Dans son messsage du soir, le ministère ukrainien de la Défense a reconnu des «succès partiels» des forces russes dans la direction de Bakhmout, sur la route vers Kramatorsk, où les troupes de Moscou tentent désormais de «prendre pied».
Un responsable ukrainien de la région de Kherson (sud), occupée par les Russes, Serguiï Khlan, a de son côté assuré sur Facebook que le dernier pont servant de transport d’armements aux forces russes dans la zone avait été «détruit». Kiev a visé à plusieurs reprises ces dernières semaines les axes logistiques russes dans ce territoire.
Un premier navire affrété par les Nations unies pour transporter des céréales ukrainiennes destinées à soutenir ses opérations d’aide humanitaire dans le monde doit accoster vendredi en Ukraine, a indiqué le Programme alimentaire mondial (PAM).
Le MV Brave Commander, qui a quitté Istanbul mercredi, doit arriver à Youjne, à l’est d’Odessa, sur les bords de la mer Noire, pour y récupérer ensuite les céréales achetées par le PAM.
«Il s’agit de la première livraison d’aide alimentaire humanitaire dans le cadre de l’Initiative céréalière de la mer Noire», a déclaré un porte-parole du PAM, Tomson Phiri, lors d’un point de presse régulier à Genève.
Le 22 juillet, l’Ukraine et la Russie ont signé à Istanbul, via une médiation de la Turquie et sous l’égide de l’ONU, des accords pour quatre mois sur l’exportation des céréales ukrainiennes en mer Noire, bloquées à cause du conflit armé entre les deux pays.
Conformément à ces accords, un Centre de coordination conjointe (CCC), chargé du contrôle des exportations de céréales ukrainiennes via la mer Noire, a été mis en place à Istanbul.
Le 10 août, une première cargaison commerciale de céréales ukrainiennes a accosté au port de Mersin, en Turquie. Mais aucune cargaison humanitaire onusienne n’a jusqu’à présent quitté l’Ukraine.
30’000 tonnes de blé ukrainien
Le PAM a acheté pour l’instant 30’000 tonnes de blé ukrainien, et le MV Brave Commander a une capacité de 23’000 tonnes. «Le reste sera bientôt chargé et expédié sur un autre navire», a expliqué Tomson Phiri. Le PAM espère qu’il y aura par la suite des cargaisons humanitaires régulières.
L’organisation n’a pas indiqué la date à laquelle le MV Brave Commander quittera l’Ukraine, ni sa destination. «Le chargement et le déplacement de navires (…) dans le contexte du conflit actuel est une opération complexe», a souligné Tomson Phiri.
«L’acheminement des céréales ukrainiennes vers les opérations humanitaires du PAM dans des endroits comme l’Ethiopie, la Somalie et le Yémen bénéficiera à la fois à l’économie ukrainienne et aux populations menacées par la famine dans les régions du monde les plus durement touchées par la crise alimentaire mondiale», a-t-il par ailleurs relevé.
Gros exportateurs mondiaux de céréales
L’Ukraine et la Russie sont parmi les plus gros exportateurs mondiaux de céréales, et la guerre a conduit à une flambée des cours des céréales.
Selon le PAM, un nombre record de 345 millions de personnes dans 82 pays sont aujourd’hui confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, tandis que jusqu’à 50 millions de personnes dans 45 pays risquent de sombrer dans la famine, sans aide humanitaire.
Partager
- Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
- Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
- Partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp
- Imprimer(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Imprimer
- Envoyer un lien par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre) E-mail