Black smoke billows from a fire on the Kerch bridge that links Crimea to Russia, after a truck exploded, near Kerch, on October 8, 2022. - Moscow announced on October 8, 2022 that a truck exploded igniting a huge fire and damaging the key Kerch bridge -- built as Russia's sole land link with annexed Crimea -- and vowed to find the perpetrators, without immediately blaming Ukraine. (Photo by AFP)
Photo du pont de Crimée en feu après une explosion le 8 octobre 2022

GUERRE EN UKRAINE – Anniversaire horribilis. Si pour ses 70 ans, Poutine voulait de bonnes nouvelles sur l’offensive en Ukraine, il lui faudra plutôt miser sur sa liste de Noël. Ce samedi 8 octobre, au lendemain de son anniversaire donc, le pont de Crimée, infrastructure clé et symbolique reliant la Russie à la péninsule annexée en 2014, a été partiellement détruit par une énorme explosion.

Une attaque qui vient parachever plusieurs semaines de déconvenues pour l’homme fort du Kremlin. De fait, alors que l’Ukraine indique régulièrement avoir reconquis de nouvelles zones, Moscou semble ne pas pouvoir encore tirer parti de la mobilisation générale et enchaîne les limogeages.

Une preuve de l’efficacité opérationnelle ukrainienne ?

Au-delà du symbolisme, l’attaque du pont de Crimée pourrait s’avérer particulièrement instructive. L’Ukraine n’a pas reconnu explicitement sa responsabilité mais si elle en est bien à l’origine, le fait qu’une infrastructure aussi cruciale et aussi loin du front puisse être endommagée par les forces ukrainiennes serait un camouflet pour Moscou.

D’autant qu’il y a plusieurs mois, la propagande russe avait vanté la sécurité de ce pont, intouchable selon le Kremlin, malgré la guerre en Ukraine. Ce samedi, la chercheuse Elizabeth Tsurkov a d’ailleurs repartagé une ancienne interview d’un militaire russe à la retraite qui vantait la défense du pont à l’aide d’un graphique. « Il y a à peine trois mois, la propagande russe affirmait que le pont de Crimée était impossible à attaquer grâce aux 20 modes de protection différents qui le couvraient, dont des dauphins militaires », écrit-elle. Pas tant que ça finalement.

En outre, comme l’explique l’ancien général de l’armée australienne Mick Ryan sur Twitter, il n’est pas aisé d’endommager un pont comme celui-ci. Autant par la densité de sa structure en béton armé, que par la quantité d’explosifs que cela a dû nécessiter, leur déploiement sur l’édifice et bien sûr la discrétion que cela a dû impliquer.

« La première chute d’une travée de pont comme celle-ci nécessiterait beaucoup de “bangs” (explosifs) et une bonne conception de la démolition (…) Les ponts les plus difficiles à faire tomber sont en béton armé comme celui-ci. »

Un mois de reconquête pour Kiev

En tout état de cause, cette attaque sur « Le pont de Poutine » vient s’ajouter aux récentes déclarations victorieuses de Kiev. L’Ukraine a enchaîné cette semaine les bonnes nouvelles, en indiquant avoir notamment avoir repris en moins d’une semaine plus de 400 km2 de territoires occupés par la Russie dans le sud du pays.

Carte de la situation en Ukraine au 7 octobre à 7h GMT
Carte de la situation en Ukraine au 7 octobre à 7h GMT

Le 10 septembre, Valeri Zaloujny, le commandant en chef de l’armée ukrainienne, avait annoncé que « depuis le début du mois, plus de 3 000 kilomètres carrés sont revenus sous contrôle ukrainien ».

Des efforts par ailleurs soutenus financièrement. Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé vendredi débloquer 1,3 milliard de dollars de financement d’urgence, et Emmanuel Macron a précisé la création d’un fonds spécial de cent millions d’euros.

Du côté russe, en revanche, après un mois de revers militaires et l’annonce de la mobilisation de centaines de milliers de réservistes russes, Moscou évoque désormais plutôt un repli « tactique » pour justifier ces nouvelles pertes de terrain en Ukraine.

Limogeages en cascades dans l’armée russe

Face à cet enchaînement de déconvenues, les critiques envers Vladimir Poutine ont commencé à enfler dans son propre camp. Même son allié de toujours, le président tchétchène Ramzan Kadyrov s’est permis de critiquer la stratégie de l’armée et le traitement des informations du terrain par les autorités. « C’est une sorte d’humiliation et les échecs russes commencent à faire gronder la ligne dure russe qui veut des résultats », nous expliquait en septembre Carole Grimaud, chargée de cours en géopolitique de la Russie à l’université Paul Valéry de Montpellier.

Pour apaiser les critiques, Vladimir Poutine a limogé certains membres de son équipe. C’est notamment le cas ce samedi puisque l’armée a annoncé la nomination d’un nouveau commandant de son « opération militaire spéciale ».

Le 24 septembre était également annoncé le remplacement du plus haut gradé chargé de la logistique, à l’aube de la vaste campagne de mobilisation annoncée par Vladimir Poutine et alors que l’offensive en Ukraine montrait déjà des difficultés en matière d’organisation.

Des représailles à prévoir pour l’Ukraine ?

Après le coup dur ce samedi après-midi, les autorités de Crimée ont annoncé que la circulation avait repris pour les voitures et autobus, « avec des procédures d’inspection complètes ». Mais si la Russie tente de donner le change des représailles pourraient être rapidement décidées.

Moscou a menacé par le passé Kiev de représailles si ses forces devaient attaquer ce pont ou d’autres infrastructures en Crimée. Le député russe Oleg Morozov, cité par l’agence Ria Novosti, a réclamé samedi une réplique « adéquate ». « Sinon, ce type d’attentat terroriste va se multiplier », a-t-il dit. Le chef du parti Russie juste, Sergueï Mironov, proche du Kremlin a appelé à « répondre » : « Il est temps de combattre, nous irons jusqu’au bout, il n’y a pas de retour en arrière possible, il est temps de répondre ! ». Un appel qui fait écho à la menace de Ramzan Kadyrov qui a appelé le Kremlin à utiliser « des armes nucléaires de faible puissance » contre les Ukrainiens.

La Russie a envahi l’Ukraine…

19h06
La Russie dénonce une «augmentation considérable» des tirs ukrainiens sur son territoire

Les services de sécurité russes (FSB) ont dénoncé dimanche une «augmentation considérable» des tirs ukrainiens visant des territoires russes frontaliers de l’Ukraine, dans lesquels une personne a été tuée et cinq blessées au cours de la semaine écoulée.

«Depuis début octobre, le nombre d’attaques de la part de formations armées ukrainiennes contre les territoires frontaliers de Russie a considérablement augmenté», a indiqué dans un communiqué le FSB, qui a aussi sous sa charge le contrôle des frontières.

15h29
Le pape appelle à tirer les leçons du passé et choisir la voie de la paix

Le pape François a évoqué dimanche la menace nucléaire surgie en Europe à la suite de l’invasion russe en Ukraine, exhortant le monde à tirer les leçons de l’histoire et à choisir la voie de la paix.

Le pape François au Vatican, ce dimanche 9 octobre 2022.
Le pape François au Vatican, ce dimanche 9 octobre 2022.

«Nous ne pouvons pas oublier le danger de guerre nucléaire qui menaçait le monde à l’époque» du Concile Vatican II dans les années 1960, a rappelé le pape lors d’une messe de canonisation sur la place Saint-Pierre.

«Pourquoi ne pas tirer les leçons de l’Histoire ? Même à cette époque, il y avait des conflits et d’énormes tensions, la voie de la paix a été choisie», a déclaré le pape de 85 ans.

Après que le président russe se fut dit prêt à utiliser «tous les moyens» de son arsenal pour se défendre, son homologue américain Joe Biden a mis en garde jeudi contre un risque «d’apocalypse» pour la première fois depuis la guerre froide, et ce alors que les troupes russes luttent contre une contre-offensive ukrainienne.

Selon le Vatican, environ 50’000 fidèles ont assisté dimanche à la messe célébrant l’élévation à la sainteté des religieux Giovanni Battista Scalabrini et Artemide Zatti.

15h00
Vladimir Poutine réunira son Conseil de sécurité lundi

Le président russe Vladimir Poutine réunira lundi son Conseil de sécurité, un format rassemblant les principaux ministres, responsables politiques et représentants des services de sécurité et de l’armée, a annoncé dimanche le Kremlin aux agences russes.

«Une réunion du président avec les membres permanents du Conseil de sécurité est prévue demain», a indiqué le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov. Si le président russe tient régulièrement de telles rencontres, celle-ci interviendra deux jours après l’explosion ayant endommagé le pont de Crimée, une infrastructure clé.

14h18
La piste russe évoquée après un sabotage ferroviaire en Allemagne

Plusieurs responsables allemands ont appelé dimanche à renforcer la sécurité des infrastructures nationales au lendemain d’un sabotage ferroviaire de grande ampleur, pour lequel certains évoquent la piste russe dans le contexte de la guerre en Ukraine.

Selon le quotidien «Bild», qui dit s’être procuré un premier document d’analyse de la police judiciaire nationale, celle-ci estime «qu’un sabotage d’origine étatique pourrait être à tout le moins envisageable».

Cette hypothèse est soutenue par le fait que le sabotage – un sectionnement de câbles de communication stratégiques pour les trains qui a paralysé le trafic pendant trois heures dans le nord – a eu lieu de manière concomitante en deux endroits différents du réseau distants de 540 kilomètres, à l’ouest et à l’est du pays, selon le document de la police cité par «Bild».

Le trafic ferroviaire a été paralysé samedi dans le nord de l'Allemagne, comme ici à Berlin.
Le trafic ferroviaire a été paralysé samedi dans le nord de l’Allemagne, comme ici à Berlin.

Elle l’est aussi, selon le journal, par «la proximité» avec les récentes fuites des gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2 observées en mer Baltique, au sujet desquelles les autorités suédoises parlent également d’un sabotage.

Selon d’autres médias allemands, les enquêteurs sont persuadés que le sabotage ferroviaire samedi a été l’oeuvre de professionnels qui disposaient d’informations internes à la compagnie nationale des chemins de fers. Dans le même temps, un acte d’un groupuscule violent d’extrême gauche n’est pas exclu. Certains s’en sont pris dans le passé au réseau ferré.

C’est la section de la police berlinoise chargée d’enquêter sur les actes menaçant l’État, tels que des attentats ou des affaires d’espionnage, qui s’est saisie des investigations, selon les mêmes sources.

«La trace du Kremlin»

Un responsable du parti écologiste allemand, membre de la coalition gouvernementale du chancelier Olaf Scholz, Anton Hofreiter, a lui aussi évoqué l’hypothèse d’une responsabilité russe.

Anton Hofreiter à Berlin, le 20 avril 2021.
Anton Hofreiter à Berlin, le 20 avril 2021.

«Nous ne pouvons exclure que la Russie soit également derrière l’attaque contre la compagnie ferroviaire», a-t-il dit au groupe de presse Funke, en estimant que les récentes fuites des gazoducs Nord Stream 1 et 2 en mer Baltique portaient déjà «la trace du Kremlin».

«Peut-être que dans les deux cas il s’est agi d’avertissements car nous soutenons l’Ukraine», a ajouté le président de la commission de la chambre des députés pour les affaires européennes.

Tant Nord Stream 1 que Nord Stream 2 relient les champs gaziers russes à l’Allemagne via la mer Baltique.

Problèmes techniques

Gazprom a récemment stoppé ses livraisons en invoquant des problèmes techniques. Pour Berlin, il s’agit d’un moyen de faire pression sur l’Allemagne dans le cadre d’une «guerre» de l’énergie déclenchée par Moscou contre les Européens soutenant l’Ukraine.

Après l’attaque visant la compagnie ferroviaire samedi, le responsable écologiste a appelé à débloquer 20 milliards d’euros pour mieux protéger les infrastructures critiques, renforcer la police et la sécurité informatique.

La police allemande n’a jusqu’ici mentionné publiquement aucune piste particulière après les incidents et très gros retards samedi. Mais le gouvernement a rapidement dénoncé un sabotage. «Il est clair qu’il s’agit d’une action ciblée et délibérée», a dit le ministre des Transports, Volker Wissing.

Volker Wissing à Berlin, le 22 septembre 2022.
Volker Wissing à Berlin, le 22 septembre 2022.

Un haut responsable de l’armée allemande a également lancé une mise en garde dimanche.

«Chaque transformateur électrique, chaque centrale électrique, chaque tuyau de transport d’énergie constitue une cible potentielle», a averti le général Carsten Breuer dans le quotidien «Bild», en parlant de «menaces hybrides» croissantes.

Carsten Breuer à Berlin, le 26 septembre 2022.
Carsten Breuer à Berlin, le 26 septembre 2022.

De son côté, l’opposition conservatrice a jugé qu’«indépendamment de ce cas, nous devons repenser l’architecture de sécurité de l’Allemagne et de l’Union européenne». «L’époque moderne marquée par la conduite de guerres hybrides exige que nous adaptions nos concepts», a dit un responsable du parti de l’ex-chancelière Angela Merkel, Thorsten Frei, au groupe de presse RND.

11h37
Des plongeurs russes examinent le pont de Crimée après l’explosion

Des plongeurs russes examinent ce dimanche le pont de Crimée, infrastructure clé reliant la Russie à cette péninsule annexée, endommagé la veille par une puissante explosion que les autorités ont attribuée à un camion piégé.

«Nous avons ordonné un examen par nos plongeurs. Ils vont commencer à travailler à 6h du matin», a annoncé samedi soir le vice-premier ministre russe Marat Khousnoulline. Selon lui, les «premiers résultats» de cet examen sous-marin sont à attendre dès ce dimanche.

Le trafic automobile et ferroviaire a repris samedi, quelques heures après la déflagration qui a jeté à la mer l’une des voies de ce pont construit à grands frais et inauguré par Vladimir Poutine en 2018.

Le pont de Crimée, ce dimanche 9 octobre 2022.
Le pont de Crimée, ce dimanche 9 octobre 2022.

Le ministère russe des Transports a indiqué dimanche que des trains passager de la Crimée vers la Russie «roulaient selon le plan habituel». Des ferrys ont aussi été mis en place entre la Russie continentale et la péninsule.

Camion piégé

Les autorités russes ont attribué l’explosion, qui a fait trois morts samedi matin, à un camion piégé dont le propriétaire est un habitant de la région russe de Krasnodar.

Moscou n’a pas accusé l’Ukraine de cette attaque dans l’immédiat et les responsables ukrainiens n’ont pas revendiqué de responsabilité officiellement.

Kiev avait toutefois menacé à plusieurs reprise de frapper ce pont symbole de l’annexion de la Crimée en 2014, qui sert aussi à l’approvisionnement des troupes russes en Ukraine.

Le dirigeant de la Crimée Sergueï Aksionov a appelé dimanche les habitants de la péninsule à rester «calmes» et assuré que la situation était «sous contrôle». Il a toutefois ajouté: «bien sûr, il y a les émotions et un désir sain de prendre sa revanche».

11h06
Quelle «voie de sortie» possible pour un Poutine acculé?

Son armée accumule les revers, des fissures apparaissent en Russie même, mais rien ne semble arrêter la «fuite en avant» de Vladimir Poutine en Ukraine. Entre négociations, impossibles à ce stade, et menaces nucléaires du président russe, aucun scenario de sortie de guerre ne se dessine.

Avec l’annexion de territoires ukrainiens, la mobilisation de centaines de milliers de Russes et la rhétorique enflammée du Kremlin, «on s’éloigne plus d’une solution que l’on s’en approche», résume la chercheuse Marie Dumoulin, de l’European Coucil on Foreign relations (ECFR).

«Comment peut-il s’en sortir?»

Pour la France, Vladimir Poutine est lancé dans une «fuite en avant». Les États-Unis, eux, mettent en garde contre une «apocalypse nucléaire» et s’interrogent sur les options du président russe.

«Comment peut-il s’en sortir? Comment peut-il se positionner de façon à ni perdre la face ni perdre une portion significative de son pouvoir en Russie?», a déclaré jeudi le président Joe Biden, illustrant les questions qui hantent les chancelleries occidentales quant aux buts du président russe et la façon de mettre fin à la guerre.

Joe Biden à Hagerstown, dans l'État américain du Maryland, le 7 octobre 2022.
Joe Biden à Hagerstown, dans l’État américain du Maryland, le 7 octobre 2022.

«La seule sortie de ce conflit, c’est que la Russie quitte l’Ukraine», a lancé depuis Prague la première ministre finlandaise Sanna Marin, opposée comme les pays d’Europe de l’Est à tout compromis avec la Russie de Vladimir Poutine.

Sanna Marin à Prague, le 6 octobre 2022.
Sanna Marin à Prague, le 6 octobre 2022.

Mais le retrait russe n’est pas à l’ordre du jour. Des négociations de paix sont inenvisageables dans le contexte actuel et l’avenir se joue sur le front militaire, où l’Ukraine a repris l’offensive.

«Nous sommes toujours dans un temps de la guerre», a reconnu jeudi dans un entretien avec des journaux d’Europe de l’Est le président français Emmanuel Macron, longtemps soupçonné d’avoir poussé à des négociations et d’avoir été trop conciliant vis-à-vis de la Russie.

Emmanuel Macron à Prague, le 7 octobre 2022.
Emmanuel Macron à Prague, le 7 octobre 2022.

Pour autant, la guerre «se terminera par un traité de paix, mais au moment et dans les termes choisis par les Ukrainiens», a-t-il ajouté, même si Paris répète qu’une sortie de guerre devra aussi prendre en compte les impératifs de sécurité européens.

Côté ukrainien, «ils ne s’arrêteront pas avant d’avoir reconquis les territoires et d’avoir infligé une défaite militaire à la Russie» estime Marie Dumoulin, de retour d’Ukraine. Elle admet cependant ignorer «à quel moment les Ukrainiens considèreront avoir regagné suffisamment de territoires», ni si la reconquête de la Crimée sera toujours sur la table.

«Blessé et dangereux»

Qualifié par des diplomates d’«ours blessé» et donc de plus en plus dangereux, Vladimir Poutine reste opaque, illisible, et personne ne sait jusqu’où prendre au sérieux son «chantage nucléaire».

«Aujourd’hui, il est en difficulté. Il y a une guerre qu’il n’arrive pas à gagner. Qu’est-ce qui le satisferait? On n’a pas de réponse. Mais l’escalade verticale est un risque. Un dictateur ne peut pas perdre une guerre, car s’il perd cela veut dire qu’il est mort», commentait récemment une source diplomatique française.

Nombre d’analystes exhortent l’Europe et les États-Unis à ne pas céder au «chantage nucléaire» de Vladimir Poutine et à rester solides dans leur soutien à l’Ukraine.

Vladimir Poutine au palais Constantin, près de Saint-Pétersbourg, le 7 octobre 2022.
Vladimir Poutine au palais Constantin, près de Saint-Pétersbourg, le 7 octobre 2022.

Le président russe «est en train de perdre la guerre conventionnelle qu’il a lancée. Il espère que les références aux armes nucléaires dissuaderont les démocraties de livrer des armes à l’Ukraine et lui permettront de gagner du temps pour ralentir l’offensive ukrainienne», écrit l’historien américain Timothy Snyder sur son site.

«La Russie essaye de gagner du temps dans l’espoir que les pays européens vont s’effondrer avant elle», estime aussi le chercheur Joris von Bladel dans une note pour le Belgian Royal Institute for International Relations.

Craquements russes

Une «porte de sortie», littéralement, serait l’effondrement du régime de Vladimir Poutine, estiment des chercheurs. Ils s’appuient sur les signes de mécontentement récemment apparus au sein de l’élite russe face aux défaites en Ukraine, notamment les critiques acerbes du dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov ou du fondateur du groupe paramilitaire Wagner, Evgueni Prigojine.

Plusieurs officiels et propagandistes ont aussi critiqué la manière chaotique et aléatoire dont est menée la mobilisation partielle qui a poussé des dizaines de milliers de Russes vers l’exil.

L’élite russe, contrairement à Vladimir Poutine, ne voit pas l’Ukraine comme «un problème existentiel» pour la Russie, rappelle Tatiana Stanovaya, chercheuse au Carnegie.

«La question clé est de savoir si les élites russes et la société en général sont préparées à le suivre dans son voyage vers l’enfer ou si Poutine, en doublant la mise de son pari désastreux en Ukraine, a seulement ouvert la voie à sa propre chute», écrit-elle pour Foreign Policy cette semaine.

«Il ne faut pas prendre nos rêves pour des réalités»

Selon le «Washington Post» vendredi, un membre du cercle proche de Poutine lui aurait directement exprimé son désaccord sur la façon de mener la guerre en Ukraine. Toutefois, il n’y a pas de signes que le régime soit sur le point d’être renversé, selon les sources du renseignement interrogées par le journal.

«Il ne faut pas prendre nos rêves pour des réalités», tempère également Marie Dumoulin. Les tensions entre «clans internes au système» ne remettent pas en cause le président russe lui-même. «Personne ne sait quand cela arrivera, selon quel scénario et qui viendra après Poutine», conclut-elle.

09h45
«Si ça continue, Poutine tombera d’ici un an»

Le groupe d’investigation Bellingcat enquête sur les crimes de guerre en Ukraine. Son directeur, Christo Grozev, est sous protection policière. Lire notre article.

Le journaliste Christo Grozev, âgé de 53 ans, dit ne pas avoir peur du président russe. Mais il le prend «très au sérieux.»
Le journaliste Christo Grozev, âgé de 53 ans, dit ne pas avoir peur du président russe. Mais il le prend «très au sérieux.»
08h46
Au moins 17 morts dans de nouveaux bombardements sur Zaporijjia

Au moins 17 personnes ont été tuées dimanche dans des bombardements sur la ville de Zaporijjia (sud de l’Ukraine), trois jours après de précédentes frappes qui avaient fait 17 morts, a-t-on appris de source officielle.

Zaporijjia, ce dimanche 9 octobre 2022.
Zaporijjia, ce dimanche 9 octobre 2022.

«Après une attaque nocturne de missiles sur Zaporijjia (…), 17 personnes sont mortes», selon un premier bilan, a déclaré Anatoliy Kourtev, secrétaire du conseil municipal de la ville, sur son compte Telegram. Les frappes ont touché des maisons et des immeubles d’habitation de plusieurs étages, a-t-il précisé.

Jeudi, la ville avait déjà été la cible de sept missiles au petit matin, tuant dix-sept personnes.

08h37
Le trafic ferroviaire sur le pont de Crimée est totalement rétabli

Le pont de Crimée, qui relie la Russie à la péninsule ukrainienne annexée en 2014 par Moscou, a rouvert à la circulation routière et ferroviaire après avoir été partiellement détruit samedi par une énorme explosion. Moscou attribue la déflagration à un camion piégé.

Une photo satellite du pont de Crimée après l'explosion, le samedi 8 octobre 2022.
Une photo satellite du pont de Crimée après l’explosion, le samedi 8 octobre 2022.

«Le trafic ferroviaire sur le pont de Crimée a été totalement rétabli», a affirmé dimanche le vice-premier ministre russe Marat Khousnoulline, selon l’agence Ria Novosti, sans précision horaire. «Tous les trains programmés vont passer en totalité», a-t-il ajouté.

Il a précisé sur son compte Telegram que cette reprise concernait aussi bien «les trains de passagers que de marchandises». Un opérateur de la ligne ferroviaire avait annoncé quelques heures plus tôt que deux trains étaient déjà partis en direction de Moscou et de Saint-Pétersbourg.

Vladimir Poutine et Marat Khousnoulline à la résidence Novo-Ogaryovo, près de Moscou, le 29 juillet 2022.
Vladimir Poutine et Marat Khousnoulline à la résidence Novo-Ogaryovo, près de Moscou, le 29 juillet 2022.

Les autorités de Crimée avaient annoncé samedi après-midi que la circulation avait repris pour les voitures et les bus sur la seule voie routière du pont restée intacte. Marat Khousnoulline a précisé dimanche que la seconde voie serait de nouveau opérationnelle «dans un proche avenir» et que les conclusions des observations menées samedi sur les parties endommagées seraient connues le même jour.

Trois morts

Des ferries vont prendre le relais, notamment pour la traversée des poids lourds. «Nous ne prévoyons pas de pénurie», a relevé le vice-premier ministre.

Des images de vidéosurveillance diffusées sur les réseaux sociaux ont montré une puissante explosion, au moment où plusieurs véhicules circulaient sur le pont, dont un camion. Les autorités russes soupçonnent ce dernier d’être à l’origine de la déflagration. Sur d’autres clichés, on peut voir un convoi de wagons citernes en flammes sur la partie ferroviaire du pont, et deux travées d’une des deux voies routières effondrées.

Selon les enquêteurs, l’attaque survenue au petit matin a fait trois morts: le conducteur du camion et deux personnes, un homme et une femme, qui circulaient en voiture à proximité de la déflagration et dont les corps ont été sortis des eaux.

Après avoir pu sembler, par un tweet ironique samedi matin, reconnaître à mi-mots une attaque ukrainienne, le conseiller de la présidence ukrainienne Mykhaïlo Podoliak a renvoyé plus tard vers une «piste russe».

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est, lui, contenté de dire, en évoquant la péninsule annexée: «Malheureusement, c’était nuageux en Crimée», sans parler de l’explosion.

Ravitaillement de l’armée russe

Le comité d’enquête russe a affirmé avoir établi l’identité du propriétaire du camion piégé, un habitant de la région de Krasnodar, dans le sud de la Russie et que des investigations étaient en cours.

Ce pont en béton, construit à grands frais sur ordre du président russe Vladimir Poutine pour relier la péninsule annexée au territoire russe, sert notamment au transport d’équipements militaires de l’armée russe combattant en Ukraine.

L’armée russe, en difficulté sur le front de Kherson dans le sud de l’Ukraine, a assuré que l’approvisionnement de ses troupes n’était pas menacé: «Le ravitaillement […] s’effectue de manière continue et complète, le long d’un couloir terrestre et partiellement par voie maritime.»

Si Moscou s’est pour le moment gardé d’accuser directement l’Ukraine, le chef du Parlement régional installé par la Russie, Vladimir Konstantinov, a dénoncé un coup «des vandales ukrainiens».

08h20
La Suisse active son État-major en cas de dérapage nucléaire

Il comprendra 15 personnes et sera dirigé par le bras droit de Viola Amherd. Va-t-on distribuer aussi des pastilles d’iode? Lire notre article.

L’État-major de crise sur le nucléaire sera dirigé par Toni Eder.
L’État-major de crise sur le nucléaire sera dirigé par Toni Eder.
08h15
L’Ukraine au centre des Prix Bayeux des correspondants de guerre

La journaliste vaudoise Maurine Mercier (RTS – France Info) a remporté, en radio, le prix du comité du débarquement pour un reportage en Ukraine. Lire l’article.

Maurine Mercier, samedi 8 octobre 2022, à Bayeux, en Normandie (France).
Maurine Mercier, samedi 8 octobre 2022, à Bayeux, en Normandie (France).
00h56
Le bilan des bombardements de jeudi à Zaporijjia passe à 17 morts

Au moins dix-sept personnes sont mortes jeudi lors de bombardements dans la ville de Zaporijjia (sud de l’Ukraine), frappée au petit matin par sept missiles, a-t-on appris de source officielle ukrainienne.

Le service d’urgence ukrainien a indiqué samedi soir tard que dix-sept personnes -dont un enfant et une victime qui a succombé à l’hôpital- avaient trouvé la mort du fait de ces bombardements. Par ailleurs, 21 personnes ont été secourues, dont douze ont été hospitalisées.

Le tout premier bilan était jeudi d’un mort et sept blessés. Vendredi, les services de secours ukrainiens l’avaient déjà remonté à onze morts, avant que le bilan ne monte encore samedi matin à 14 victimes.

Sept missiles ont frappé jeudi à 5h Zaporijjia, dont trois ont touché le centre-ville. Un immeuble donnant sur la principale artère de cette ville industrieuse avait été presque intégralement soufflé. Sur cinq étages, seul le rez-de-chaussée tenait encore debout. Le reste n’était que gravats.

Hier, 15h56
La circulation rouverte aux voitures sur le pont de Crimée

La circulation a été rouverte samedi aux voitures sur le pont de Crimée, endommagé quelques heures plus tôt par l’explosion d’un camion piégé, ont annoncé les autorités de cette péninsule annexée par Moscou en 2014.

Le pont de Crimée, ce samedi 8 octobre 2022.
Le pont de Crimée, ce samedi 8 octobre 2022.

«La circulation des véhicules sur le pont de Crimée a commencé. La circulation est désormais ouverte pour les voitures et les bus, avec des procédures d’inspection complètes», a indiqué sur Telegram le dirigeant de la Crimée, Sergueï Aksionov.

Hier, 15h27
La Russie remplace le commandant de son offensive

L’armée russe a annoncé samedi la nomination d’un nouveau commandant de son «opération militaire spéciale» en Ukraine après une série de revers cuisants sur le terrain et de signes de mécontentement croissant au sein des élites sur la conduite du conflit.

«Le général d’armée Sergueï Sourovikine a été nommé commandant du groupement combiné de troupes dans la zone de l’opération militaire spéciale» en Ukraine, a annoncé le ministère russe de la Défense sur Telegram.

Sergueï Sourovikine, 55 ans, est un vétéran de la guerre civile au Tadjikistan dans les années 1990, de la deuxième guerre de Tchétchénie dans les années 2000 et de l’intervention russe en Syrie lancée en 2015.

Il dirigeait jusque là le groupement de forces «Sud» en Ukraine, selon un rapport du ministère russe datant de juillet.

Sergueï Sourovikine à Moscou, le 9 juin 2017.
Sergueï Sourovikine à Moscou, le 9 juin 2017.

Le nom de son prédécesseur n’a jamais été révélé officiellement, mais selon les médias russes, il s’agissait du général Alexandre Dvornikov, lui aussi un vétéran de la deuxième guerre de Tchétchénie et commandant des forces russes en Syrie de 2015 à 2016.

Une série de défaites cuisantes

Cette décision qui a été, fait rare, rendue publique par Moscou, intervient après une série de défaites cuisantes subies par l’armée russe en Ukraine.

Les forces de Moscou ont été chassées début septembre de l’essentiel de la région de Kharkiv, dans le nord-est, à la faveur d’une contre-offensive ukrainienne qui a permis à Kiev de reprendre des milliers de kilomètres carrés de territoire.

Les troupes russes ont aussi perdu 500 kilomètres carrés de territoire dans la région de Kherson, dans le sud de l’Ukraine, et ont échappé de justesse à l’encerclement à Lyman, noeud logistique désormais aux mains de Kiev.

Ces revers ont provoqué des critiques au sein de l’élite russe, le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov fustigeant notamment le commandement militaire, tandis qu’un haut responsable parlementaire, Andreï Kartapolov, a appelé publiquement l’armée à «arrêter de mentir» sur ses défaites.

Cette annonce intervient le jour d’une explosion qui a partiellement détruit le pont de Crimée, une infrastructure clé pour l’approvisionnement de cette péninsule annexée par Moscou et des forces russes en Ukraine, et chère à Vladimir Poutine.

Hier, 14h39
La centrale de Zaporijjia coupée de l’alimentation électrique

La centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia a perdu sa dernière source d’alimentation électrique externe en raison de nouveaux bombardements et s’appuie sur des générateurs d’urgence, a déclaré samedi l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Le site occupé puis annexé par la Russie se procure «l’électricité dont il a besoin pour le refroidissement du réacteur et d’autres fonctions essentielles de sûreté et de sécurité nucléaires» uniquement grâce à des générateurs diesel, a ajouté l’organisme onusien dans un communiqué.

La centrale nucléaire de Zaporijjia, le 1er septembre 2022.
La centrale nucléaire de Zaporijjia, le 1er septembre 2022.

«La connexion a été coupée vers une heure du matin, heure locale», a précisé l’AIEA, qui dit se baser sur «des informations officielles en provenance d’Ukraine» ainsi que sur «des rapports de son équipe» de quatre experts présents dans la plus grande centrale nucléaire d’Europe.

«Totalement irresponsable»

«La reprise des bombardements, frappant la seule source d’énergie externe de la centrale, est totalement irresponsable», a réagi le directeur général de l’AIEA Rafael Grossi.

«Je vais bientôt me rendre en Fédération de Russie, puis retourner en Ukraine, pour convenir d’une zone de protection et de sûreté nucléaire autour de la centrale. C’est un impératif absolu et urgent», a-t-il martelé.

Rafael Grossi à Vienne, le 12 septembre 2022.
Rafael Grossi à Vienne, le 12 septembre 2022.

À l’aube, l’opérateur ukrainien Energoatom a écrit sur Telegram que «la dernière ligne de connexion a été endommagée et déconnectée» en raison de bombardements russes.

Bien que les six réacteurs soient à l’arrêt, ils ont encore besoin d’électricité pour les fonctions vitales de sûreté et de sécurité nucléaires. Les générateurs diesel de l’usine ont chacun suffisamment de carburant pour au moins dix jours.

Zone de protection

Rafael Grossi était a Kiev jeudi pour discuter l’établissement d’une zone de protection autour de la centrale, visée régulièrement par des tirs ayant déjà provoqué plusieurs coupures de courant depuis le mois d’août et dont Russes et Ukrainiens se renvoient mutuellement la responsabilité.

«Nous continuons à dire ce qu’il faut faire, c’est-à-dire essentiellement éviter un accident nucléaire à la centrale, ce qui reste une possibilité très, très claire», avait-il fait valoir.

Hier, 13h12
Au moins trois morts dans l’explosion sur le pont de Crimée

Au moins trois personnes ont été tuées dans l’explosion qui a endommagé le pont de Crimée reliant la Russie à cette péninsule ukrainienne annexée, ont annoncé les enquêteurs russes, qui affirment avoir identifié le conducteur du camion piégé.

«Selon les données préliminaires, trois personnes ont été tuées à la suite de l’accident. Il s’agit probablement des passagers d’une voiture qui se trouvait près du camion quand il a explosé», a indiqué le Comité d’enquête russe dans un communiqué.

Selon cette source, «les corps de deux victimes — un homme et une femme — ont déjà été sortis de l’eau».

Le pont de Crimée, ce samedi 8 octobre 2022.
Le pont de Crimée, ce samedi 8 octobre 2022.

Le Comité d’enquête, organe en charge des principales investigations criminelles en Russie, a également affirmé avoir «établi l’identité du camion et de son propriétaire» soupçonnés d’être à l’origine de l’explosion.

Il s’agirait d’un habitant de la région de Krasnodar, dans le sud de la Russie. «Une enquête a été ouverte sur son lieu de résidence. L’itinéraire du camion et les documents pertinents sont en cours d’étude», ont ajouté les enquêteurs.

L’explosion de ce camion a provoqué un vaste incendie et des dégâts samedi sur cette infrastructure routière et ferroviaire clé pour l’approvisionnement de la Crimée, péninsule annexée en 2014 par la Russie.

Il s’agit aussi d’un projet symboliquement fort reliant la Crimée à la Russie continentale, qui avait été construit à grands frais et inauguré en 2018 par Vladimir Poutine en personne.

L’Ukraine n’a pas officiellement revendiqué de responsabilité dans cette attaque.

Hier, 12h38
Vu sur les réseaux: «Ce pont est très important»

L’envoyée spéciale de France 24 Mélina Huet commente l’explosion qui a eu lieu ce vendredi matin sur le pont de Crimée.

Hier, 11h29
Pont de Crimée: Moscou fustige la réaction de l’Ukraine…

La Russie a fustigé samedi la réaction ukrainienne à l’explosion ayant endommagé le pont de Crimée, infrastructure clé et symbolique de cette péninsule annexée par Moscou, signe selon elle de la «nature terroriste» de l’Ukraine.

«La réaction du régime de Kiev sur l’endommagement d’une infrastructure civile démontre sa nature terroriste», a déclaré la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, cité par les agences de presse russes. Les responsables ukrainiens ont multiplié samedi les commentaires moqueurs et ironiques sur l’explosion, sans pour autant revendiquer de responsabilité.

Hier, 11h19
L’Ukraine ironise sur l’explosion du pont de Crimée

L’Ukraine a ironisé et multiplié les blagues samedi après l’explosion d’un véhicule piégé sur le pont de Crimée, infrastructure stratégique et symbolique de cette péninsule annexée par Moscou, sans pour autant aller jusqu’à revendiquer une responsabilité.

Des images de vidéosurveillance publiées en ligne ont montré une explosion géante sur ce pont construit à grands frais par Moscou et qui relie la Crimée à la Russie continentale.

Sur ces images, la source de l’explosion semble être un camion blanc roulant sur le pont, de nuit, au côté de quelques autres véhicules. La déflagration a endommagé la voie routière ainsi que la voie ferrée.

Le ministère ukrainien de la Défense a comparé cette attaque à celle qui a coulé du croiseur Moskva en mer Noire en avril, autre «symbole du pouvoir russe en Crimée ukrainienne». «Qu’est-ce qui vous attends encore, les russkofs?», a-t-il écrit de manière injurieuse sur Twitter.

Les services de sécurité de Kiev (SBU) ont de leur côté publié sur Telegram des vers détournés du poète ukrainien Taras Chevtchenko sur «le Soleil qui se lève sur le pont en feu». «Aujourd’hui est une parfaite occasion pour réviser quelques poèmes de Taras Chevtchenko», a ironisé le SBU.

Timbres en préparation

La poste ukrainienne a, elle, annoncé se préparer à imprimer des timbres à l’effigie du «pont de Crimée, ou, plus exactement, de ce qu’il en reste».

Son patron Igor Smelyansky a publié sur Facebook le dessin de ces nouveaux timbres, montrant une explosion sur le pont de Crimée et un autre reprenant ironiquement une scène iconique du film Titanic.

Kiev, le 23 septembre 2022.
Kiev, le 23 septembre 2022.

La poste ukrainienne avait déjà imprimé des timbres pour célébrer la destruction du croiseur Moskva et d’autres montrant un tank russe se faisant remorquer par un tracteur ukrainien.

Aucun responsable ukrainien n’a toutefois revendiqué de responsabilité directement dans l’attaque du pont, qui intervient alors que le président russe Vladimir Poutine, à qui le projet tenait à coeur, a fêté vendredi son 70e anniversaire.

L’Ukraine avait déjà multiplié les blagues et commentaires ironiques lors d’explosions ayant endommagé des bases russes en Crimée l’été dernier. Elle n’avait reconnu être à l’origine de ces explosions que plusieurs mois plus tard.

Hier, 10h55
Munitions pour l’Ukraine: l’armée américaine parvient à ses limites

L’armée américaine ne pourra bientôt plus fournir à l’Ukraine les équipements de pointe qu’elle lui a donnés jusqu’ici, ses réserves arrivant à leurs limites notamment en termes de munitions, selon les responsables et des experts américains.

Les États-Unis sont de loin les premiers donateurs d’armement à l’Ukraine depuis l’invasion du pays par la Russie le 24 février, avec plus de 16,8 milliards de dollars d’assistance militaire à Kiev.

Des soldats ukrainiens utilisent un obusier américain M777 Howitzer dans la région de Kharkiv, le 14 juillet 2022.
Des soldats ukrainiens utilisent un obusier américain M777 Howitzer dans la région de Kharkiv, le 14 juillet 2022.

Mais les stocks américains de certains équipements «atteignent les niveaux minimums nécessaires à la planification et la formation», et le réapprovisionnement des stocks à leur niveau pré-invasion pourrait prendre «plusieurs années», selon Mark Cancian, du Center for strategic and international studies (CSIS).

Des équipements plus anciens sont disponibles et «ils représenteront une part de plus en plus importante des transferts» à l’avenir, ajoutait dans une note récente cet ancien colonel du corps des Marines qui fut responsable des achats d’armement du Pentagone de 2008 à 2015.

«Nous sommes en train de tirer des leçons» sur les besoins en munitions de l’armée américaine dans un conflit entre grandes puissances, qui sont «bien supérieurs» aux prévisions, a reconnu un militaire américain sous le couvert de l’anonymat.

Cinq groupes

L’industrie américaine de défense, qui a été forcée de réduire sa production de façon drastique dans les années 1990, lorsque les États-Unis ont voulu récolter les bénéfices de la paix après l’effondrement de l’URSS, s’est ultra-concentrée pour amortir le choc.

Le nombre de groupes de défense et de construction aéronautique est passé de 51 à 5 en quelques années.

Aujourd’hui, le gouvernement américain doit convaincre l’industrie de rouvrir des chaînes de montage et de relancer des productions qui avaient été abandonnées, comme celle des missiles antiaériens Stinger, dont la production a cessé en 2020.

Certains de ces équipements sont devenus emblématiques de la guerre en Ukraine, comme le Javelin, l’arme antichar largement utilisée par les forces ukrainiennes au début du conflit pour faire reculer une colonne de chars russes qui tentait d’entrer dans Kiev, ou encore le Himars, lance-roquettes monté sur des blindés légers, qui joue un rôle important dans les contre-offensives ukrainiennes dans l’est et le sud du pays.

Des soldats ukrainiens tirent un missile Javelin dans la région de Donetsk, le 22 décembre 2012.
Des soldats ukrainiens tirent un missile Javelin dans la région de Donetsk, le 22 décembre 2012.

«Proche de la limite»

Les stocks américains de munitions nécessaires aux Himars, des roquettes guidées par GPS dites GMLERS, d’une portée de plus de 80 km, sont toutefois limités, selon Mark Cancian.

«Si les États-Unis ont livré à l’Ukraine un tiers de leur inventaire de GMLERS, comme ils l’ont fait pour les Javelin et les Stinger, l’Ukraine en a reçu entre 8000 et 10’000», un nombre suffisant pour «quelques mois», explique l’expert du CSIS.

Or Lockheed Martin ne produit actuellement que 5000 de ces roquettes de haute précision par an, et même si le gouvernement américain a débloqué des fonds pour accélérer cette production, les États-Unis mettront plusieurs années à reconstituer leurs stocks, ajoute-t-il.

Symbole de la résistance ukrainienne

Washington a livré à Kiev quelque 8500 missiles pour Javelin, mais la production annuelle de cet armement symbole de la résistance ukrainienne n’est que de 1000 missiles.

Les États-Unis en ont commandé en mai pour 350 millions de dollars à la société commune entre Raytheon et Lockheed Martin qui les fabrique, mais là encore, il faudra plusieurs années avant que les stocks américains soient reconstitués.

Un missile Javelin exposé à Bucarest, en Roumanie, le 18 mai 2022.
Un missile Javelin exposé à Bucarest, en Roumanie, le 18 mai 2022.

L’armée américaine a fourni 880’000 obus de calibre 155 à Kiev, soit les trois quarts de ces munitions aux standards de l’OTAN livrées à l’Ukraine par l’ensemble des pays occidentaux, selon les chiffres du Pentagone.

«C’est probablement proche de la limite de ce que les États-Unis sont prêts à donner sans risque pour leurs propres capacités de défense», selon Mark Cancian. Mais de nombreux pays fabriquent ces munitions dans le monde et il est peu probable que les livraisons à l’Ukraine s’interrompent, ajoute-t-il.

La production industrielle de défense américaine «s’accélère», a assuré mardi la responsable chargée de la Russie au sein du ministère américain de la Défense, Laura Cooper, assurant que les États-Unis continueraient à fournir une assistance à l’Ukraine «aussi longtemps que nécessaire».

Laura Cooper à Washington, le 4 octobre 2022.
Laura Cooper à Washington, le 4 octobre 2022.
Hier, 09h42
La Russie lance une enquête criminelle sur l’explosion du pont en Crimée

La Russie a ouvert samedi une enquête criminelle sur l’explosion qui a gravement endommagé l’important pont reliant la Crimée annexée par Moscou au continent, et qui a été causée selon elle par l’explosion d’un véhicule.

Le comité d’enquête russe a déclaré avoir «ouvert une enquête criminelle en rapport avec l’incident sur le pont de Crimée». Il a précisé que l’explosion a eu lieu après «l’explosion d’un camion».

Auriane Page, Sonia Imseng, Arnaud Mittempergher, Etonam Ahianyo, ATS/APPIS

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