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Ocean Viking : le vrai toit que la République offre à des migrants, c’est l’école

Le navire qui a accosté à Toulon la semaine dernière a suscité un discours sécuritaire ou humanitaire. C’est oublier que la première assistance que nous devons aux jeunes migrants est éducative et de santé…

Des migrants à bord d'Ocean Viking secourus par SOS Méditerranée avant de débarquer à Toulon le 11 novembre 2022

Des migrants à bord d’Ocean Viking secourus par SOS Méditerranée avant de débarquer à Toulon le 11 novembre 2022

Donc ils sont là. Débarqués du vaisseau fantôme. Loin de chez eux. Loin des leurs. Fallait-il qu’ils accostent ? Fallait-il les accueillir ? L’Italie a-t-elle bafoué ses engagements ? La France est-elle tombée dans un piège politique ? Quelles seront les conséquences politiques de tout cela ? Tout cela, avouons-le, nous dépasse. Y entrent des considérations de politique intérieure, de diplomatie européenne, de réglementation internationale, d’affichage politique et médiatique dont l’écheveau est très loin d’être démêlé.

En attendant que les puissants règlent leurs comptes, ils sont là. On ne peut pas dire que le portrait qui en est fait soit très flatteur. Très sonores sont les voix qui clament à quel point ils ne sont pas les bienvenus. Circulent des rumeurs, des propos ou des vidéos dépeignant ces migrants en opportunistes, en envahisseurs, en faux pauvres, en prédateurs d’aides sociales et de confort facile, en candidats au terrorisme. Un membre du Rassemblement national assure qu’ils jouent au foot dans un club de vacances paradisiaque, et ont réclamé à cette fin à la Croix-Rouge des chaussures de sport dernier cri. Certains affirment qu’ils bénéficient de traitements de faveur dont nos compatriotes les plus misérables ne bénéficient pas.

L’Etat, pendant ce temps, essaie de faire son travail d’accueil, d’identification, de répartition, d’expulsion s’il le faut. Cela prend du temps. Cela requiert du soin. Ce n’est pas une science exacte. Plusieurs migrants se sont fait la malle pour échapper aux procédures. Cela n’arrange pas les affaires de l’administration. Cela attise les récriminations.

Ils sont là, et en fait il y en a une qu’on n’entend pas du tout. Une dont le silence est assourdissant. Une dont la réponse aux arguments du tout-sécuritaire ou aux bêlements du tout-humanitaire se fait singulièrement attendre. Une qui devrait être celle qui souverainement parle et explique, pour dire justement que ces gens sont là et qu’en France, qu’on le veuille ou non, sa responsabilité est de les prendre en charge. Celle qui se tait et se fait oublier, c’est la République.  

Pas un club de vacances

La voix de la République, dans une situation pareille, ne se confond pas avec les querelles politiques et ne se réduit pas aux arguments administratifs. La voix de la République, en France, consiste à dire à ces hommes jeunes, qui ne parlent pas notre langue, qui manifestement cherchent un avenir, qu’il est en France une façon et une seule pour la République de traiter ceux qui viennent chercher un avenir chez nous, qu’il est un lieu et un seul où cela se construit et se prépare. Cette façon, c’est l’éducation. Ce lieu, c’est l’école.

Ils sont là, et certains vont repartir ailleurs en Europe, ou dans leur pays d’origine. D’autres vont rester. On ne sait pas combien. Leur place n’est pas dans un centre fermé, ni dans la rue, ni dans un dispensaire, ni dans un commissariat. Leur place est à l’école. Car c’est là que la République fabrique l’avenir de ceux dont, volens nolens, elle reçoit le soin.

On se focalise sur le sécuritaire. On s’obsède par le procédural. On se déchire sur le juridique. D’accord. Mais nous devrions au moins tomber d’accord, en républicains, sur le fait que la première assistance que nous devons à ces gens n’est pas seulement matérielle ou sanitaire, mais éducative. Quelqu’un, parlant pour la République, devrait dire : ces migrants, la République en fait son affaire, ils ne seront pas des mineurs errants ni des trafiquants désœuvrés, mais des individus capables de contribuer à la nation, capables de se rendre utiles, et c’est pour cela que nous pouvons imaginer les accueillir ; car nous ne sommes pas un club de vacances, mais une nation qui essaie de donner dignité et utilité à chacun de ces membres, et ceux-ci désormais en sont.  

Le vrai toit que la République offre à des étrangers égarés, à ces migrants qui sont des errants, c’est l’éducation, c’est l’école. Qu’ils restent ou qu’ils partent, ils auront été abrités par cela, élevés par l’enseignement, protégés par l’instruction. Jusqu’à plus ample informé, tant qu’ils sont là, tant que nous en avons la charge, notre seule préoccupation devrait être de préparer ceux qui resteront à être non de simples hôtes, mais des citoyens, non d’éternels migrants, mais des compatriotes. Ce n’est pas un policier qu’il faut mettre derrière chaque migrant, mais un professeur.  

Sylvain Fort

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