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Dérèglement climatique : « L’artificialisation des terres accélère ses effets et augmente notre vulnérabilité collective »

Lartificialisation des terres accélère les effets climatiques, confiscatoire de biens communs et augmente notre vulnérabilité collective tant à la souveraineté alimentaire que la destruction de la vie. Et la disparition des paysannes et paysans. La terre vivrière, arable et nourricière devrait  être déclarée définitivement sacrée. MCD

Plaidant pour considérer les sols fonciers comme des « sols vivants », Carla Pont, co-autrice du dossier de l’Institut Rousseau « Quel développement territorial à l’ère du zéro artificialisation nette ? » invite les pouvoirs publics à modifier leurs politiques d’aménagement et d’urbanisme, dans une tribune.

Chaque année en France, 20 000 à 30 000 hectares de terres sont artificialisés, soit l’équivalent de la forêt de Fontainebleau. Pourtant, les sols remplissent de multiples fonctions qui nous sont vitales : régulation du cycle de l’eau, absorption du carbone et de la chaleur, qualité agronomique… Leur artificialisation renforce et accélère les effets du dérèglement climatique tout en augmentant notre vulnérabilité collective. C’est pourquoi nous militons pour un changement de paradigme : passer du sol foncier aux « sols vivants », avec des droits et des devoirs qui consacrent leur statut de bien commun.

68 % des sols artificialisés le sont pour construire des logements et 25 % pour le développement économique. Ces chiffres sont d’autant plus préoccupants que la dynamique d’artificialisation des sols est quatre fois plus rapide que l’évolution de la population, et concentrée dans les zones où la demande de logement est la plus faible. Ce paradoxe s’explique par des modèles d’aménagement et d’urbanisme qui considèrent le sol uniquement comme une rente foncière : les terres vierges sont extrêmement rémunératrices pour leur propriétaire, lorsqu’il est possible de construire dessus. Le foncier est également une source de revenus importante pour les collectivités.

Passer du sol foncier aux sols vivants signifie mettre en œuvre des politiques d’aménagement et d’urbanisme qui prennent en compte l’existant et la qualité des sols sur le territoire. Les sols et la nature ne doivent pas être la variable d’ajustement des projets, ni un moyen de financer les projets urbains et les équipements publics.

Dynamiques fantasmées

Un pas en avant a été fait avec la loi dite « Climat et résilience » de juillet 2021, qui reconnaît la multifonctionnalité des sols dans la définition de l’objectif zéro artificialisation nette (ZAN). Il s’agit de cesser toute artificialisation des sols à l’horizon 2050, tout en laissant la possibilité de compenser les impacts résiduels.

Malgré cette avancée qui tend à reconnaître la rareté et la complexité des sols, des flous persistent sur les trajectoires à mettre en place pour atteindre zéro artificialisation nette d’ici 2050. L’objectif ZAN demeure trop technique, la définition des sols artificialisés incompréhensible, les méthodes de suivi encore diverses, rendant les territoires impuissants devant les objectifs à atteindre.

A cette confusion s’ajoutent des injonctions contradictoires pour les élus, pris dans un imaginaire du territoire attractif, qui doit attirer de jeunes ménages et des entreprises de pointe par la construction de logements et de zones d’activités économiques. Cependant, l’attractivité économique n’est pas forcément un horizon souhaitable pour tous les territoires. Un autre développement territorial est possible, qui part de l’existant et des dynamiques démographiques et économiques réelles et non fantasmées.

Pour placer le sol au cœur des projets d’aménagement et dessiner un horizon désirable pour nos territoires, un récit politique est essentiel : quel est le projet de société qui guide les objectifs quantitatifs du ZAN ? Que signifie vivre en France en 2050 ? Où vit-on, où travaille-t-on, comment se déplace-t-on et consomme-t-on ?

Pour écrire ce récit territorial, nous avons besoin de changer collectivement de regard sur les sols pour prendre en compte leur richesse. En planifiant la répartition des activités sur les territoires en fonction de la qualité des sols, et en intégrant dans les bilans économiques des projets les coûts de leur altération, nous sortons des logiques de rente foncière pour remettre la nature au centre.

Charlotte Caussin, chargée d’opérations à la Sorgem ; Hugo Gerard, collaborateur d’élu à la Ville de Paris ; Clément Maldonado, chef de projets aménagement chez Plaine Commune ; Carla Pont, collaboratrice d’élu à la Ville de Paris ; Alexiane Zelinsky, collaboratrice d’élu à la Ville de Paris. Ils sont auteurs du dossier de l’Institut Rousseau : « Quel développement territorial à l’ère du zéro artificialisation nette ? ».

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