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Dix choses à savoir sur l’histoire de l’extrême droite en France

Dix choses à savoir sur l’histoire de l’extrême droite en France

Jean-Marie Le Pen au pied de la statue de Jeanne d’Arc le 1er mai 1984

Elle fait peur, alimente les débats passionnés, et nourrit aussi bien des fantasmes. Aujourd’hui, GEO Histoire s’intéresse à l’histoire de l’extrême droite en France. Quelles sont ses racines idéologiques ? Qui étaient ses leaders et ses personnages clés ? Quels furent les événements marquants ? L’occasion de raconter dix faits surprenants, mais historiques, sur ce courant politique qui sent parfois le soufre.

« Fachosphère, groupuscules, relais politiques et modes d’actions : la menace de l’extrême-droite plane toujours. »

1 – L’expression “extrême droite” est née pendant la Révolution française

En 1792, les députés se plaçaient sur les bancs de l’assemblée, à droite ou à gauche du président, selon un clivage « pour ou contre les anciens principes ». A l’extrême droite se tenaient les aristocrates et les représentants du clergé, défenseurs de la monarchie et des privilèges.

2 – Un de ses premiers grands leaders s’est suicidé

Le général Boulanger (1837 – 1891) avait promis de balayer les institutions, de mettre fin au régime parlementaire, selon lui déliquescent, et de venger la défaite contre la Prusse. En 1889, après un succès aux législatives, le général frondeur est poussé au coup d’Etat par ses partisans avant de reculer à la dernière minute. Poursuivi pour « complot contre la sûreté intérieure, détournement des deniers publics, corruption et prévarication », il s’enfuit en Belgique. C’est là que, deux ans plus tard, il met fin à ses jours, en se tirant une balle dans la tête, sur la tombe de sa maîtresse Marguerite de Bonnemains. Apprenant la nouvelle, à Paris, Georges Clémenceau lâchera cette phrase cinglante : « Il est mort comme il a vécu : en sous-lieutenant… »

3 – En février 1934, un coup d’Etat manqué des ligues nationalistes a fait 15 morts et 1 500 blessés

Le 6 février 1934, une manifestation est organisée place de la Concorde, à Paris, juste en face de la Chambre des députés, pour protester contre l’affaire Stavisky, un scandale financier qui éclabousse des hommes politiques. Ont répondu à l’appel, les patriotes des Croix-de-Feu, les monarchistes de l’Action française, les fascistes de Solidarité française et même une Fédération des contribuables et un mouvement communiste, l’Association républicaine des anciens combattants. Au total 30 000 mécontents désireux d’en finir avec « la Gueuse » (surnom péjoratif de la République). Vers 19 heures, la manifestation dégénère. Des milliers de militants tentent de marcher sur le Palais-Bourbon. La Garde mobile tire. Les affrontements, qui se prolongent tard dans la nuit, feront 15 morts et 1 500 blessés.

4 – Avant de devenir un emblème pour le Front national, Jeanne d’Arc était aussi une icône de la gauche

L’historien Jules Michelet, en publiant une biographie en 1841, a fait de la Pucelle d’Orléans (1412-1431) une héroïne du peuple français. Deux figures de Jeanne d’Arc cohabitaient alors. La première, de droite, personnifiait la résistance du pays contre l’envahisseur étranger. La seconde, de gauche, incarnait la fille du peuple, victime de l’Eglise. Au début du XXe siècle, cependant, les catholiques s’approprièrent le personnage historique en le faisant canoniser. Devenue sainte, Jeanne d’Arc fut alors rejetée par la gauche au profit de la droite nationaliste. C’est Jean-Marie Le Pen, qui, lorsqu’il était à la tête du FN, a initié la tradition frontiste de fleurir chaque année au mois de mai la statue de celle qui représente à ses yeux la résistance et le patriotisme.

5 – Pour être membre de la Cagoule, il fallait subir un rite d’initiation

L’Organisation secrète d’action révolutionnaire nationale (Osarn), surnommée la Cagoule, fondée par Eugène Deloncle, a semé la mort et la désolation en France à la fin des années 1930, dans le but de s’emparer du pouvoir. Les recrues, avant de pouvoir adhérer à une cellule de base – 7 à 12 hommes, strict cloisonnement pour limiter les infiltrations policières –, devaient se soumettre à tout un rituel d’initiation. Un « Grand Maître » les accueillait, souvent dans une cave, le visage masqué, revêtu d’une toge rouge, entouré d’assesseurs habillés de noir. Sur une table couverte d’un drapeau tricolore sont posés des flambeaux et un glaive, devant lequel les futurs « abonnés » – c’est ainsi qu’on disait – prêtaient serment de fidélité, d’obéissance et de silence, le bras droit levé.

6 – Un coup d’éclat d’un mouvement raciste a donné naissance à une expression française

12 août 1899 : des membres de la Ligue des patriotes (un mouvement nationaliste et xénophobe), accusés de complot contre la sûreté de l’État, se retranchèrent au 51 rue de Chabrol. Ravitaillés par des sympathisants antisémites et antidreyfusards, les insurgés tiendront le siège jusqu’au 20 septembre 1899, après trente-huit jours de résistance. L’incident, qui fit couler beaucoup d’encre à l’époque, donna naissance à l’expression « faire un fort Chabrol » pour désigner une situation où un ou plusieurs individu(s) le plus souvent armé(s), se barricade(nt) pour tenir tête aux forces de l’ordre.

7 – Pétain a fait fabriquer des pièces de monnaie à son effigie

En 1940, à la faveur de la débâcle, l’extrême droite prit le pouvoir en France. A la tête du gouvernement de Vichy, Philippe Pétain, tout puissant, imposa un culte de la personnalité impressionnant. Entre autres exemples, son buste remplaça celui de Marianne dans les mairies et il fit frapper des pièces de 5 francs sur lesquelles figurent, côté pile, son emblème officiel, la francisque et la devise « travail, famille, patrie », et côté face son visage de profil. Cela n’était plus arrivé depuis le Second Empire.

8 – En 1956, Pierre Poujade fait élire un jeune député : Jean-Marie Le Pen

Le mouvement de l’Union de défense des commerçants et artisans (UDCA) démarre en 1952, dans le petit village de Saint-Céré, dans le Lot. Orateur au charisme incontestable, son fondateur, Pierre Poujade, dénonce la déliquescence de la IVe République, le « racket fiscal », et les « métèques parasites qui campent sur notre sol ». Lors des élections législatives de 1956, il réussit le tour de force d’envoyer 52 députés (avec 2,4 millions de suffrages, soit 11,6 %) à l’Assemblée nationale. Parmi eux se trouvait un certain… Jean-Marie Le Pen.

9 – Des admirateurs du maréchal Pétain a tenté de voler son cercueil

Dans la nuit du 18 au 19 février 1973, six hommes pénètrent dans le cimetière de Port-Joinville sur l’île d’Yeu (Vendée). Ils repartent, emportant avec eux, le cercueil qui contient la dépouille de Philippe Pétain, mort en 1951. Le commando composé de proches de l’extrême droite a l’intention en effet de « réhabiliter » le maréchal en transférant ses restes à l’ossuaire de Douaumont, près de Verdun. L’opération tourne vite au fiasco. Le cercueil sera retrouvé trois jours plus tard en banlieue parisienne et les principaux protagonistes arrêtés. Le « cerveau », démasqué, se révèle être l’avocat et homme politique d’extrême droite Jean-Louis Tixier-Vignancour.

10 – Le numéro 2 du Front National a été assassiné dans un attentat

Le samedi 18 mars 1978, à 8 heures 40, François Duprat meurt dans l’explosion de sa Citroën GS piégée, près de Caudebec-en-Caux (Seine-Maritime). Sa femme qui se trouvait à ses côtés est grièvement blessée. Militant nationaliste, adepte des thèses négationnistes, François Duprat était le numéro deux du Front national. Le leader frontiste, Jean-Marie Le Pen, accusa d’abord les groupuscules d’extrême gauche avant des désigner des membres du Parti des forces nouvelles (PFN), alors rival du Front national. L’attentat sera cependant revendiqué par un mystérieux Commando du souvenir, groupe terroriste inconnu. Ces pistes ne donnèrent rien et les coupables n’ont jamais été retrouvés.

CYRIL GUINET 

Pour aller plus loin, découvrez le numéro de GEO Histoire consacré à l’extrême droite en France.

Cartographie des groupuscules d’extrême-droite en France : tendances, bastions et modes d’actions

Les groupuscules d’extrême-droite sont de plus en plus actifs en France. On compte pas moins de 1 300 militants d’extrême-droite fichés S dans notre pays. Ce chiffre est en nette hausse depuis des années : la menace est de plus en plus présente dans notre pays. Elle inquiète jusqu’au plus haut sommet des services de renseignement. Entre autres grâce aux informations des médias Blast et Streetpress, et du site antifasciste la Horde, nous vous proposons une cartographie des groupuscules d’extrême-droite française. Ce, en détaillant ses tendances, ses bastions et ses modes d’actions.

« Fachosphère, groupuscules, relais politiques et modes d’actions : la menace de l’extrême-droite plane toujours. »

Des monarchistes aux identitaires régionalistes : les quatre tendances d’extrême-droite en France

Il ne faut pas parler de l’extrême-droite comme d’un bloc homogène. Il est partagé par ses tendances, ses modes d’action, ses objectifs. Après des années de dédiabolisation, Marine Le Pen en est devenue la façade présentable dans la vie politique française. Elle n’a pourtant jamais cessé d’être d’extrême-droite. Bien plus virulent, Eric Zemmour n’est pas étranger à ce phénomène de dédiabolisation. L’extrême-droite est ainsi traversée par des mouvements et des courants très radicaux, parfois violents.

Ainsi, il n’y a pas une extrême-droite, mais des groupuscules divers, aux modes d’actions et aux objectifs différents. Quatre grandes tendances se dessinent, comme l’explique le journaliste Antoine Etcheto.

Il y a d’abord les monarchistes : c’est la tendance la plus ancienne, représentée notamment par l’Action française. Elle est encore aujourd’hui le plus vieux mouvement politique du pays. L’Action française s’est illustrée par des actions coup de poings. Dernière en date le 25 mars 2021 par une tentative d’invasion de l’assemblée plénière du conseil régional d’Occitanie. On pouvait lire sur leur banderole « Islamo-gauchistes : traîtres à la France. Son double-objectif est très clair : « Préparer la restauration de la monarchie et, dans l’attente du retour du roi, œuvrer pour la défense de l’intérêt national. »

Les néo-fascistes constituent la deuxième famille de l’extrême-droite en France. Ils sont nostalgiques des régimes fascistes d’Hitler ou de Mussolini. Ils sont notamment très actifs à Lyon, à l’image du groupuscule Bastion Social. Dissous en avril 2019, il s’est reconstitué sous d’autres noms 5 mois plus tard : « Audace » à Lyon et « Vent d’Est » en Alsace. Il prône « le ré-enracinement contre le déracinement« , en tenant des discours xénophobes et antisémites.

Viennent ensuite les identitaires régionalistes, plus jeunes que les tendances récemment citées. Génération Identitaire est l’organisation qui a le plus fait parler d’elle ces dernières années. Sur son site internet, elle se définit comme la « barricade sur laquelle se dresse la jeunesse en lutte pour son identité. » Ces groupes prônent le retour au pays pour tous les non-blancs. Parmi eux, l’on peut compter les néo-nazis, portés davantage sur les bagarres de rues. À Angers, L’Alvarium est un groupuscule connu pour des faits divers de violences et d’agressions racistes qui lui ont valu plusieurs condamnations en justice.

Enfin viennent les catholiques intégristes, dont l’organisation la plus connue est Civitas. Elle se présente comme un « lobby catholique traditionaliste » qui veut « rechristianiser la France. » Dans cette même tendance, on trouve la Fraternité Saint-Pie X, une communauté de catholiques excommuniés du Vatican en 1988 composée de 100 000 fidèles et divisé en une soixantaine d’établissements hors-contrats. On y apprend notamment aux enfants que « la Révolution est une « imposture d’essence satanique » et que « Pétain a sauvé la France. » Glaçant.

Extrême-droite : modes d’actions

La carte proposée par les sites La Horde et Reflex propose une classification un peu différente. Réactionnaires partisans de l’union des droites, activistes, électoralistes « ni de droite ni de gauche », médias diffusant ses idées nauséabondes… Elle met en lumière d’abord l’éclatement de l’extrême-droite française. Elle explicite davantage leurs différents modes d’action que leurs nuances de racisme, d’antisémitisme, de xénophobie.

Ainsi, l’extrême-droite utilise non sans habileté des médias pour que puissent se diffuser ses dangereuses idées. Dans la presse nationale, comment ne pas citer Valeurs Actuelles, condamné pour injure raciste à l’encontre de la députée Danièle Obono. Toujours dans la presse écrite, on trouve les hebdomadaires Minute ou Rivarol ainsi que le quotidien Présent. On compte aussi le média nationaliste TV Libertés de Marital Bild ou la chaine de Vincent Bolloré, CNEWS. « Prétextant une volonté de se démarquer des médias mainstream, des médias nationalistes comme Breizh Info tentent de faire passer leur propagande pour de l’information, rapporte La Horde.

Carte extreme droite la horde
Mieux la connaitre pour mieux la combattre. Cartographie de l’extrême droite française [mise à jour janvier 2022], La Horde et Reflex.

Les sites internet sont aussi compris dans les médias : Riposte Laïque, Fdesouche, Polemia, Égalité & Réconciliation… Exploitant la potentielle viralité des réseaux sociaux, l’extrême-droite est omniprésente sur internet, porté par des « influenceurs » ou « youtubeurs » comme Thaïs d’Escufon, égérie de Génération identitaire ou Papacito, qui a mis en scène la mise à mort d’un mannequin représentant explicitement les insoumis et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon. La fachosphère fera l’objet d’un article à part.

Les activistes sont partisans des actions coup de poing comme Génération Identitaire ou l’Action Française. Cette dernière concentre « ses attaques contre les musulmans et en essayant d’être moderne« . Parmi eux, des groupes implantés localement : les Zouaves Paris, récemment dissous, la Jeunesse Saint-Roch de Montpellier ou la Ligue du Midi « animée par la famille Roudier« , que l’on évoquera plus tard dans notre article.

Les électoralistes sont sûrement les plus connus, car ils représentent l’extrême-droite dite « présentable. » Celle qui peut concourir à des élections, celle qui est acceptée sur les plateaux télé. Deux tendances s’observent : ceux qui sont pour l’Union des droites comme Eric Ciotti, Eric Zemmour ou Jacques Bompard de la Ligue du Sud ; ceux qui se disent « ni de droite ni de gauche » comme Florian Philippot et l’ensemble du Rassemblement National porté par Marine Le Pen.

Enfin il y a les catégories dite des réactionnaires. Elle est représentée par « des personnalités politiques de la droite « hors les murs », comme Marion Maréchal ou Philippe de Villiers« , tous deux soutiens d’Eric Zemmour pendant la campagne présidentielle. On y compte également des petites structures proches du parti Les Républicains : Sens Commun ou La Manif Pour Tous qui avaient manifesté contre le mariage homosexuel sous le quinquennat de François Hollande.

Où l’extrême-droite sévit elle le plus en France ? Tour de France de ses bastions

L’extrême a ses bastions aux quatre coins du pays. Elle y sévit plus ou moins à visage découvert. Comment ne pas commencer par citer Lyon ? « Capitale des fascistes » selon le journaliste Antoine Etcheto, fief du Groupe Union Défense (GUD) dans la faculté de Lyon 3, l’histoire de l’extrême-française est très liée à cette ville. Le groupuscule Génération identitaire y est installé depuis 2011.

Dans le quartier du Vieux-Lyon, ses membres multiplient agressions et menaces. Génération identitaire y a installé son Quartier Général dans un bar : La Traboule. Malgré la dissolution du groupe par le ministère de l’Intérieur, leur QG a simplement changé de nom pour s’appeler Les Remparts. L’année de leur arrivée, ces activistes d’extrême-droite ont organisé une « marche au cochon » qui s’est transformée « nuit de cristal pour les vendeurs de kebab » qui ont vu leurs restaurants vandalisés. Plus récemment, le 20 mars 2021, la librairie libertaire « La Plume Noire » a été attaquée : « cette attaque porte la marque de l’extrême droite radicale.«

Plus haut, nous avons cité l’Alvarium, un groupe néofasciste très actif à Angers. Ils exportent leur violence dans toute la région comme à Orléans. Le 8 mai dernier, alors que le théâtre de la ville est occupé par des intermittents du spectacle, des militants d’extrême-droite ont mené une expédition contre eux. Baudoin Le Nalio, membre éminent de l’Alvarium, a été condamné à douze mois de prison ferme dont huit avec sursis.

Dans le Sud du pays, la Ligue du midi est particulièrement active, en plus d’être l’un des groupes d’extrême-droite les plus violents de France. C’est un clan familial tenu par la famille Roudier. Des membres de la Ligue du midi ont notamment tabassé des militants venus déployer une banderole pour s’opposer à la tenue d’un meeting d’Eric Zemmour à Nîmes le 21 janvier dernier. Le 23 mars 2018, un commando d’extrême-droite est venu tabasser et chasser les étudiants grévistes qui occupaient un amphithéâtre de la faculté de droit de Montpellier. Martial Roudier, fils de Richard Roudier, aurait été présent.

Bordeaux Nationaliste dans la ville éponyme, l’ouverture d’un bar du Bastion social à Strasbourg (L’Arcadia), Patria Albiges à Albi… Davantage de détails sont à retrouver dans la vidéo de Blast « Menace fasciste : cartographique des groupuscules français« . L’extrême-droite s’est disséminée partout dans l’Hexagone. Parfois très active, d’autres sont en sommeil dans d’autres villes. L’adhésion qu’elle suscite, le grossissement de ses rangs et les contournements qu’opèrent certains groupuscules suite à leur dissolution par le ministère de l’Intérieur sont à prendre très au sérieux. La menace est toujours là. Prochain épisode : « Extrême-droite : qui se cache derrière Marine Le Pen et Éric Zemmour ?«

Nadim Février

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