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Réforme des retraites : « Nous ne voulons pas de ce monde qui glorifie la “valeur travail”, mais qui crée de l’exclusion et détruit la planète »

Die ce 7 février 2023

Le report de l’âge légal de départ à la retraite prolonge la logique productiviste d’un monde de régression sociale et de désolation environnementale, dénonce, dans une tribune, un collectif de dix jeunes signataires.

Nous avons entre 15 et 36 ans. Nous savons qu’à l’âge de la retraite nous devrons survivre dans un monde à + 3  °C de réchauffement, que nos parents voyaient venir depuis les années 1970. Nous savons désormais que nous pourrions aussi avoir à travailler plus longtemps, pour des pensions moindres que celles de nos aînés, dont le niveau de revenu et de patrimoine est déjà largement supérieur au nôtre. Bref : notre génération subit une double injustice et on lui demande de payer.

Le report de l’âge légal de départ à la retraite nous est présenté comme un horizon indépassable, alors qu’il résulte d’un choix idéologique promu par la droite, accepté par le centre, malgré la vive opposition d’une majorité du pays.

Qui soutient cette réforme ? Selon un sondage publié en janvier et réalisé par Cluster 17 pour l’hebdomadaire Le Point, 74 % des Français manifestent des sentiments négatifs envers la réforme mais, parmi ceux qui l’apprécient figurent 46 % des électeurs d’Emmanuel Macron et 33 % des électeurs de Valérie Pécresse, contre 0 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et 9 % des électeurs d’Anne Hidalgo. Ceux qui soutiennent la retraite à 64 ans sont ceux qui n’en subiront pas les conséquences : les retraités et les classes les plus favorisées.

Qui subira cette réforme ? Les plus précaires, qui meurent plus tôt, les femmes, ceux qui ont commencé à travailler à 18, 19 ou 20 ans, les personnels de la restauration, des caisses de supermarchés, les aides-soignants, les infirmières et infirmiers, les caristes, les puéricultrices… Et ceux qui, lycéens aujourd’hui, partiront en apprentissage ou en brevet de techniciens supérieurs (BTS).

Le gouvernement veut rééquilibrer financièrement un système de retraite qu’il dit à la dérive ? Nous savons où trouver l’argent : en taxant davantage les pensions de retraite les plus élevées, en augmentant le taux d’emploi des seniors et en donnant à chacun une garantie d’emploi dans des métiers utiles à la société (ce qui augmentera les cotisations retraite), en taxant l’héritage et la fortune indécente de milliardaires enrichis par les crises et la destruction du vivant, en faisant cotiser les revenus du patrimoine…

Construire un autre héritage

Mais, au-delà des arguments techniques, cette réforme des retraites pose un débat de fond : quel monde voulons-nous ? Notre choix est fait. Nous ne voulons pas de ce monde qui glorifie la « valeur travail », mais qui crée du chômage et de l’exclusion, qui détruit la planète, qui fait pression sur la puissance publique pour l’appauvrir, organise la concurrence et l’injustice fiscale. Ce monde qui remplace les travailleurs par des robots qui ne cotisent pas, ni pour la retraite ni pour la Sécurité sociale, puis leur demande de payer la note pour permettre à cette machine infernale de continuer de tourner.

Nous demandons justice pour le double préjudice, climatique et social, que nous subissons. Cette réforme des retraites prolonge une logique productiviste qui a déjà trop détruit la Terre et ceux qui l’habitent. Protéger les travailleuses et les travailleurs, c’est protéger notre planète, et vice versa. Les deux sont indissociablement liés. Il n’est plus possible de croire que tout peut continuer comme avant.

Plutôt qu’un monde de régression sociale et de désolation environnementale, nous demandons à nos aînés d’être solidaires pour construire un autre héritage, où le travail aurait plus de sens, serait moins pénible et remis à sa juste place.

Plutôt qu’un marché de l’emploi qui exclut les Français par millions, nous devrions plus efficacement partager le temps de travail et accompagner la création de nouveaux emplois au service de la bifurcation écologique : si le gouvernement respecte la Stratégie nationale bas-carbone de mars 2020, élaborée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 nécessiterait la création de 300 000 à 500 000 emplois supplémentaires d’ici à 2030 et de 700 000 à 800 000 emplois pour 2050.

Nous voulons travailler moins et mieux. Nous voulons avoir le temps de vivre. C’est pour inventer cet autre monde que nous étions dans la rue et que nous y serons à nouveau ces prochaines semaines. Que la jeunesse se lève et que la mobilisation s’amplifie !

Signataires : Clovis Cassan, maire (PS) des Ulis ; Colin Champion, président du syndicat La Voix lycéenne ; Clémentine Converset-Doré, membre d’Alternatiba Paris ; Camille Etienne, militante pour la justice sociale et climatique ; Lumir Lapray, militante pour la justice sociale et climatique ; Anne Le Corre, cofondatrice de l’écosyndicat Printemps écologique ; Sacha Leger, membre de Youth for Climate Ile-de-France ; Gabriel Mazzolini, membre des Amis de la Terre et d’Alternatiba ; Chloé Ridel, directrice adjointe de l’Institut Rousseau ; Félix Sosso, porte-parole de la Fédération des associations générales étudiantes.

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