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Pourquoi les projets immobiliers de Tony Parker dans une station de ski du Vercors font polémique

Après son rachat d’une station de ski dans le Vercors (Isère), l’ancienne gloire américaine du basket Tony Parker aimerait faire fructifier ses affaires, avec la construction de deux complexes touristiques. Mais des habitants ont d’autres envies pour leur territoire.

Au début, il y a eu un effet Tony Parker, c’était même le rêve américain qui s’installait sur le plateau du Vercors, côté Isère. « C’était comme un second souffle pour notre station, avec un super entrepreneur dynamique, une star », reconnaît Richard Sauvajon, hôtelier enfant du pays. L’ancien champion de basket venait de racheter la société des remontées mécaniques de Villard-de-Lans et Corrençon-en-Vercors (SEVLC) en Isère, pour 9 millions d’euros en 2019, alors « beaucoup de gens étaient persuadés qu’il allait s’installer ici ». Mais non. D’ailleurs, il n’avait jusqu’alors jamais skié, répètent des habitants.

À Corrençon-en-Vercors, le départ des pistes de ski se fait, comme à Villard-de-Lans, à l’écart du centre du village.

Tom Wallis, qui vit du tourisme local notamment avec un restaurant déconnecté des réseaux d’eau et d’électricité, y croyait lui aussi. Il avait participé au rachat des remontées mécaniques, en tant qu’associé d’Infinity Nine Mountain, la société de Parker. « J’avais envie d’inventer une nouvelle forme de tourisme, avec un gars du basket. » Mais l’aventure a tourné court, il a revendu ses parts il y a un an.

Deux nouveaux projets associés à Tony Parker

Et puis, ces derniers mois, deux projets de complexes touristiques, à Villard-de-Lans (4 200 habitants) et Corrençon-en-Vercors (360 habitants) ont commencé à devenir visibles de tous. Le premier, ensemble hôtelier de 900 lits, chiffré à 96 millions d’euros, serait construit au pied des pistes villardiennes, à l’écart du centre du village. L’autre, à Corrençon, prévoirait entre autres plus de 100 appartements, toujours au pied des pistes et à l’écart du centre du village et de ses commerces.

Tony Parker est davantage mis en avant dans le premier projet, mais il est présent aussi dans le projet de Corrençon, mené par l’un de ses proches, président du groupe promoteur immobilier Federaly, lui-même associé d’Infinity Nine Mountain propriétaire de la SEVLC.

C’est sur ce parking au pied des pistes à Villard-de-Lans, qu’est prévu le complexe touristique envisagé par Tony Parker.

Pour le maire de Villard-de-Lans Arnaud Mathieu, « ce projet était inscrit au plan local d’urbanisme intercommunal, qui avait été voté à l’unanimité en 2020, donc personne ne peut être surpris de sa réalité ». Et, ajoute-t-il, « monsieur Parker a bien acheté la station parce qu’il y avait ces projets immobiliers possibles », ne comprenant, assure l’élu, « que des lits chauds et pas de résidences secondaires ». Ce qui, selon lui, garantirait une activité dans la station tout au long de l’année, et pas seulement l’hiver et l’été, grâce notamment à l’organisation de séminaires en période creuse, dans chacun des complexes. Sollicité à plusieurs reprises, le maire de Corrençon, favorable lui aussi au projet et gérant d’un magasin de sport dans sa commune, n’a pu être joint directement.

Folie des grandeurs ?

Du côté des habitants, comme dans de nombreuses autres stations des Alpes confrontées à ce genre de projet, certains regrettent cette folie des grandeurs. L’association Vercors Citoyens s’est constituée, avec l’objectif de discuter avec les élus de chacune des communes concernées. « Ces deux projets vont doubler le nombre de lits touristiques sur le Vercors Nord, c’est hors-sol », estime Tom Wallis. « On a peur de se retrouver avec une ruine dans cinq ans parce que ça n’aura pas marché », ajoute Christiane Quenard, retraitée propriétaire d’un chalet à Corrençon, soulevant par ailleurs la problématique de la ressource en eau.


À Corrençon-en-Vercors, le départ des pistes de ski se fait, comme à Villard-de-Lans, à l’écart du centre du village.

« On demande deux ans aux élus, ajoute-t-elle, pour démontrer qu’un autre projet est possible », plus axé, selon leurs souhaits, sur de petites structures conceptuelles. « On a besoin de sincérité, de simplicité, d’échanges humains et j’ai peur que ce ne soit pas le cas avec ces gros projets », s’inquiète aussi Gaëlle Ruffier, restauratrice à Corrençon.

Une réunion publique est prévue prochainement avec des représentants du projet de Corrençon. Noëlle Gat, directrice du développement et des relations publiques chez Federaly, promet que le dialogue sera « permanent » et considère ne pas être aujourd’hui « en opposition avec ce que souhaitent les habitants ». Qui eux, au moins pour certains (l’association Vercors Citoyens revendique 380 adhérents), se demandent quel serait l’intérêt pour le Vercors d’accueillir ces deux projets, aussi bien en termes d’emplois que de bénéfices économiques, les sociétés à l’origine de ces projets étant de la région lyonnaise. Le débat ne fait que commencer.

Fanny HARDY

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