Sécheresse historique en France : « du jamais-vu en hiver » selon Météo France
Le manque de pluie depuis mi-janvier empêche les nappes phréatiques de se recharger et favorise les incendies en plein hiver.
La France est à sec depuis le 21 janvier. Vendredi, le pays connaissait son 27e jour d’affilée sans pluie, le cumul des précipitations quotidiennes étant inférieur à 1 mm à l’échelle de la métropole. Et la situation ne devrait pas évoluer dans les prochains jours. Après une sécheresse inédite par son intensité en 2022, seul un hiver très pluvieux pourrait permettre aux nappes souterraines de retrouver leurs niveaux habituels.
Ces dernières affichaient déjà en janvier des niveaux bas « préoccupants sur une grande partie du territoire », selon le BRGM. Or, la période de recharge allant de novembre à mars est cruciale pour que les stocks d’eau se reconstituent.
La première moitié de janvier fut plutôt bonne avec une pluviométrie relativement proche des normales de saison (de l’ordre de 80 mm de pluie) selon Météo France. « Par contre, du 1er au 16 février, le cumul des précipitations a atteint 2,7 mm contre 38 mm en moyenne. Pour un mois de février complet, la normale est de 68 mm, fait remarquer à l’AFP Simon Mittelberger, climatologue à Météo France. Résultat : « les sols se sont nettement asséchés depuis le milieu du mois de janvier. L’état actuel correspond à ce qu’on observe habituellement autour de la mi-avril. On a donc deux mois d’avance », précise-t-il.
« Hiver aride »
Ce déficit pluviométrique est lié à la prédominance des conditions anticycloniques qui concernent la totalité du pays. « L’anticyclone agit comme un bouclier qui protège la France de l’arrivée des perturbations venues par l’Atlantique, explique Simon Mittelberger. Il repousse les dépressions, et donc les intempéries, en les décalant principalement vers le nord de l’Europe. » Au manque de pluie, s’ajoutent des températures particulièrement élevées, conséquences du dérèglement climatique. Cela fait maintenant douze mois d’affilée qu’il fait plus chaud que la norme en France et février est bien parti pour être le treizième mois de cette série inédite.
Sur les réseaux sociaux, nombreux sont les experts à faire part de leur inquiétude. « La sécheresse hivernale devient préoccupante », alerte sur Twitter Gaétan Heymes, ingénieur prévisionniste et nivologue à Météo France. « Il est possible que, à l’échelle du pays sur la période 1959-2023, ce mois de février 2023 devienne le mois de février le plus sec observé en France, et qu’on entame le printemps météo avec les sols les plus secs observés », prévient-il.
« Si la dynamique atmosphérique des semaines prochaines n’aide pas, 2023 va être très critique, abonde le climatologue Christophe Cassou, auteur principal du 6e rapport du GIEC, carte à l’appui. Le chercheur appelle à « anticiper » et « jouer » sur la demande et l’usage de l’eau afin de répartir de manière juste et transparente l’offre.
A l’Est, la situation se corse. « Ce n’est pas de la fiction, ce n’est pas des prévisions pour cet été, c’est la réalité observée en février : sécheresse catastrophique dans les Pyrénées-Orientales. Déjà des conséquences irréparables sur la végétation », s’alarme le météorologue de Météo France François Jobard sur Twitter. Les départements de l’arc méditerranéen comme les Pyrénées-Orientales et la majorité du Var subissent déjà des restrictions d’usage de l’eau en raison d’un « hiver aride ». « Dans une partie de la région Occitanie, les sols n’ont jamais été aussi secs à cette période de l’année, à des niveaux correspondant à la mi-juillet », confirme Simon Mittelberger.
Des conditions propices aux incendies
« L’indice d’humidité des sols pour Perpignan est digne d’un climat semi-désertique. En plein hiver, l’indice de février est équivalent à celui du mois de… août. Un record ! La végétation souffre et meurt sur pied », surenchérit l’agroclimatologue Serge Zaka sur Twitter.
Si les sols sont très secs pour cette période de l’année, ils restent nettement plus humides qu’en été, le risque d’inondations par ruissellement est donc bien plus faible. En revanche, ces conditions sont propices à la propagation des incendies par temps de vent. Dans un communiqué publié le 6 février, les sapeurs pompiers des Pyrénées-Orientales font ainsi part de « conditions d’intervention identiques à la saison estivale sans l’appui des moyens aériens et des dispositifs préventifs » suite à un incendie ayant provoqué la destruction de 60 hectares de végétation à Torreilles, près de Perpignan.
Les premiers incendies se sont également déclarés dans les Bouches-du-Rhône début février. Si la situation n’est pas inédite, « nous nous attendons à un été aussi intense et difficile que celui de 2022 puisque nous n’arrivons pas à compenser les déficits de pluie que nous accumulons », a expliqué lundi sur le plateau de France 3 le colonel Jean-Luc Beccari, directeur du service départemental d’incendie et de secours des Bouches-du-Rhône.
Julie Renson Miquel