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Marie Pochon, députée de la Drôme : « La désertification médicale, on parle d’un fléau »

Marie Pochon (EELV) et Hervé Saulignac (PS), députés des 3e circonscriptions de Drôme et d’Ardèche, portent une proposition de loi contre la désertification médicale. Elle a réuni la signature de 200 députés de tous bords, à l’exception du Rassemblement National.

Marie Pochon , candidate NUPES sur la 3ème circonscription de la Drôme

Marie Pochon , candidate EELV sur la 3ème circonscription de la Drôme

France Bleu Drôme Ardèche – Vous faites partie donc d’un groupe de 43 députés de tous bords, vous portez une proposition de loi contre les déserts médicaux signée par plus de 200 députés. La mesure principale, vous appelez ça de la régulation. Ça veut dire quoi concrètement ?

Marie Pochon – Alors effectivement, avec cette quarantaine de députés avec lesquels on a travaillé depuis le mois de juillet pour faire face au fléau de la désertification médicale, on parle bien d’un fléau. C’est 90 % du territoire français aujourd’hui qui est considéré comme un désert médical. Donc ça concerne chacune et chacun d’entre nous. Ce qu’on souhaite faire au travers de cette mesure de régulation : aujourd’hui, en France, il y a un écart qui va de 1 à 3 selon les territoires. Il y a des territoires en France métropolitaine, où il y a assez de médecins. Et il y a énormément de territoires où on en manque. Et donc, ce que nous proposons, c’est que l’autorisation dans les zones où il y en a assez soit soumise à l’autorisation de l’ARS et seulement en cas de remplacement d’un médecin qui partirait à la retraite.

Donc ça veut dire que ceux qui font de longues études pour devenir médecin généraliste, ils n’ont pas le droit de s’installer où ils veulent ?

Alors en réalité, si, puisque comme je le disais, il y a 90% du territoire français qui est considéré aujourd’hui comme un désert médical, donc la liberté d’installation est réelle absolument partout en France. Et quand on finit ses études de médecine – qui sont très éprouvantes et par ailleurs il faut reconnaître le rôle majeur qu’ont les médecins généralistes et on s’en rend bien compte quand on n’a plus accès, comme 6 millions de Français – aujourd’hui en France, on a le droit de s’installer où on le souhaite. Il y a juste une régulation sur les zones qui sont « sur-dotées ». Ce sont des zones qui sont minimes, quelques territoires et là, je pense à la Côte d’Azur. On va finalement réorienter les médecins pour qu’ils puissent s’installer sur 90 % du territoire français, c’est à dire quasi partout.

Pourtant, lors d’une réunion publique que vous organisiez ce lundi 27 février à Saint-Jean-en-Royans, des médecins, qui sont formateurs et qui ont des internes en stage, disaient clairement que les internes actuellement  n’accepteront jamais cette idée de « régulation ». On fait comment si les médecins eux mêmes, les médecins en devenir, n’en veulent pas de cette proposition de loi ?

Alors il y a différentes opinions. C’est justement pour avoir ce débat, pour pouvoir confronter nos idées, les mettre en débat. Par ailleurs, on porte une pétition qui est ouverte sur change.org et qui peut être signée par l’ensemble des citoyens et citoyennes. Et j’aimerais les inviter ici à aller chercher et à signer. L’idée, c’est que ça fasse débat dans la société. Aujourd’hui, la désertification médicale, ça touche chacun et chacune d’entre nous. On a 6 millions de Français qui n’ont plus de médecin traitant. Alors, bien évidemment, il faut des mesures de temps long.

Alors justement, quelles sont ces mesures de temps long ? Avec 90% de désert médical, le problème majeur est plus le manque de médecins que leur localisation…

Il faut s’attaquer aux deux aspects, à l’urgence et au temps long. L’urgence nécessite que lorsqu’on a des zones surdotées et des zones sous-dotées, on puisse rééquilibrer les choses. Le deuxième aspect est de ne pas se retrouver toujours en gestion de crise. Notre proposition de loi comporte quatorze articles avec des solutions d’accompagnement des professionnels de santé, qu’ils soient spécialistes ou qu’ils soient médecins généralistes, qu’ils soient aussi infirmiers. On parle de formation, d’appui dans l’installation médicale, notamment à la construction et à l’installation de maisons de santé ou en centre de santé.

Dernière mesure qui me semble primordiale : c’est démocratiser les études de médecine. Aujourd’hui, majoritairement, celles et ceux qui étudient la médecine pendant dix ans, ce sont des fils de médecins ou ou des personnes qui sont en capacité d’investir de l’argent sur le temps long. Ce qu’on souhaite faire, c’est ouvrir des classes de seconde année et de troisième année de médecine à un public qui n’a pas ces moyens. On a besoin de former un maximum de médecins.

C’est une proposition transpartisane, qui va des Insoumis jusqu’aux Républicains en passant par la majorité présidentielle. Avec plus de 200 signatures de députés, on peut dire qu’elle a des chances d’aboutir ?

Alors, c’est une proposition qui est effectivement historique. On n’a pas vu un tel rassemblement de tous les bords politiques républicains de l’Assemblée nationale depuis bien 20 ou 30 ans. En réalité, c’est dans les mains de la présidente de l’Assemblée, donc de la majorité présidentielle ou du gouvernement, qui peut inscrire cette proposition de loi à l’agenda de nos débats. C’est pour ça que nous avons monté cette coalition. C’est pour ça que nous avons initié il y a trois semaines un tour de France des déserts médicaux. Et c’est pour ça qu’on était cinq députés hier soir dans la Drôme et que nous avons lancé une pétition. L’idée, c’est qu’on ne construit pas la loi loin du terrain. On la construit avec les gens, et pour les gens.

On a besoin aujourd’hui de la signature d’un maximum de Françaises et de Français qui se sentent concernés par l’enjeu de la désertification médicale. En espérant que la majorité présidentielle ou le gouvernement pourra entendre cette voix citoyenne qui s’élève de l’ensemble de nos territoires.

Alexandre Berthaud sur France Bleu Drôme Ardèche

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