Covid : le gouvernement va lever l’obligation vaccinale des soignants
Le ministre de la santé se range à l’avis de la Haute Autorité de santé qui recommande la levée de l’obligation vaccinale des soignants. Elle le fait contre l’avis de la majorité des sociétés savantes et des associations de malades exposées aux formes les plus graves du Covid.
Sollicitée par le ministère de la santé, la Haute Autorité de santé (HAS) s’est prononcée, jeudi 30 mars 2023, pour la levée de l’obligation vaccinale des soignant·es contre le Covid-19, mais pour une forte incitation à leur vaccination contre ce virus. Le ministre de la santé François Braun a immédiatement annoncé à l’Agence France-Presse qu’il suivrait cet avis, sans même attendre celui du Comité consultatif national d’éthique.
Avant de rendre son avis, la HAS a largement consulté les sociétés savantes médicales et les associations de patients. Mais elle ne les pas suivies : la très grande majorité était hostile à la levée de l’obligation. C’était par exemple le cas de la Société de pathologie infectieuse de langue française.
Pour les infectiologues, lever l’obligation serait « perçu comme négatif pour les professionnels de santé quant à l’intérêt de la vaccination en général (et Covid-19 en particulier), alors que cette vaccination conserve toujours une efficacité importante contre les formes graves ». Cela pourrait aussi conforter de « nombreux discours non scientifiques et négationnistes ayant circulé depuis fin 2020 quant à l’intérêt et au rapport bénéfices-risques de la vaccination contre la Covid-19 ».

« La levée de l’obligation vaccinale entraînera inexorablement une diminution de la couverture vaccinale » puisque « la population française a un comportement globalement réservé vis-à-vis de la vaccination », met également en garde la Société savante d’hygiène hospitalière. La Société française de pharmacologie et de thérapeutique propose même d’élargir l’obligation vaccinale des professionnels de santé « à la grippe en parallèle d’une vaccination annuelle contre la Covid-19 ».
Les associations de malades sont plus partagées. Mais celles qui sont les plus touchées par les formes graves du Covid expriment un refus net de la levée de l’obligation. L’association de patients dialysés et greffés Renaloo rappelle que 300 000 personnes sont sévèrement immunodéprimées en France et « ont une réponse aux vaccins altérée, voire inexistante ». Les membres de Renaloo sont « surpris et inquiets de l’absence de mention par la HAS des risques encourus par les patients que nous représentons ».
Pour AIDES, l’association de lutte contre le VIH/Sida, « l’obligation vaccinale contre la Covid-19 des professionnel·les de santé est proportionnelle, justifiée, au regard des données scientifiques disponibles et des autres alternatives envisageables ». La Ligue contre le cancer est plus catégorique encore : « Il est inadmissible que des personnes puissent être infectées dans la cadre des soins. »
L’obligation vaccinale levée dans la majorité des pays
La Haute Autorité de santé s’est finalement rangée à la position largement dominante dans le monde . La plupart des pays qui ont imposé l’obligation vaccinale des professionnel·les de santé l’ont depuis levée : l’Italie, l’Autriche, l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Le Royaume-Uni et en Belgique, qui l’avait décidée, ne l’ont en réalité jamais appliquée. Et elle n’a jamais été envisagée en Suède, en Finlande, en Norvège, au Luxembourg, en Suisse, au Portugal, ou en Espagne, énumère la HAS.
L’autorité rappelle les critères de mise en œuvre d’une obligation vaccinale des professionnel·les de santé : le vaccin doit prévenir « une maladie grave, avec un risque élevé d’exposition pour le professionnel, et un risque de transmission à la personne prise en charge ».
La gravité du Covid-19 à ses débuts est incontestable : il « a constitué la troisième cause de décès en France en 2020 », rappelle la HAS. Mais depuis la généralisation de la vaccination début 2022, associée à une immunité acquise ou renforcée au contact du virus, « l’ampleur des vagues épidémiques suivantes semble s’atténuer ».
Selon plusieurs méta-analyses, il n’y aurait pas de « surrisque » d’infections et de décès chez les professionnel·les de santé. Chez les patient·es, entre le 1er mars 2020 et le 28 novembre 2022, il y a eu « 9 659 signalements de cas de Covid-19 acquis en milieu de soins ». Mais à l’origine de l’infection, quand elle a été établie, se trouvait « majoritairement un patient ».
En 2022, la proportion de soignants qui a contaminé un patient a « diminué de moitié par rapport à 2021 ». Autre argument en faveur de la levée de l’obligation vaccinale : la protection du vaccin contre l’infection « diminue significativement au bout de quelques semaines » (mais la protection contre les formes graves se maintient à un niveau élevé).
« Cette préconisation de lever l’obligation de vaccination contre la Covid-19 ne constitue en rien une remise en question de ses précédents avis et recommandations rendus dans des contextes sanitaires et épidémiques différents », insiste la HAS. Elle se prononce aussi pour le maintien strict des gestes barrières au contact des malades à risque.
Caroline Coq-Chodorge sur Mediapart