Ce printemps, même les arbres entrent dans la danse
La semaine prochaine, la Suisse entière pogotera en chœur. Genève, elle, se mettra au diapason des frémissements naturels: c’est bien connu, en mai, danse ce qu’il te plaît

On y est. Avec la sève qui monte, les feuilles qui se déplient et les fleurs qui s’ouvrent aux dards, quoi de plus naturel: homo helveticus se trémousse. Du 10 au 14 mai, la traditionnelle déferlante de la Fête de la danse emporte le pays entier. Festives ou contemplatives, folkloriques ou contemporaines, les chorés envahissent l’espace public. Qui que l’on soit, on découvre, on s’initie, et on s’éclate en guinchant. Avant d’aller sautiller dès mercredi prochain, profitons d’un instant d’immobilité pour nous pencher sur quelques points saillants du programme genevois.
Le Labo de la Perle
Grande nouveauté en terres de Calvin, la Fête de la danse investit cette année la Perle du Lac. C’est là, rive droite, qu’à l’enseigne du Labo de la Perle, artistes et badauds se reconnecteront à la fois à eux-mêmes et à leur environnement. Samedi et dimanche, du matin au soir, les végétaux se feront partenaires de valse tandis que le climat vous imposera son slow. On se baladera entre troncs et racines en compagnie d’une paysagiste et d’un dendrologue; sur le gazon, on adoptera la vision du monde de créatures fluides tant dans leur espèce, dans leur discipline artistique que dans leur genre – à l’image de Soya the Cow, avatar du performeur Zurichois Daniel Hellmann.

Pour apprendre à vibrer avec les éléments, les adultes suivront, à choix, des cours d’Ecstatic ou de Healing Dance, de Qigong du Baguachang, ou de Danse des Méridiens, pour ne citer que ces spécialités. Les enfants ne seront pas en reste, ils auront la chance de suivre les danseuses-chorégraphes Aïcha El Fishawy et Marion Baeriswyl dans leur observation du paysage qui ondule, du compost qui frétille, ou de la brise qui tangue. «Ce qui relie les vivants, c’est bien le corps. Son langage ne permet-il pas du coup la meilleure des communications?» soutiennent nos muses de l’écosensibilisation.

Les spectacles déployés dans le cadre du Labo de la Perle graviteront également parmi les Oasis installés aux Bains, à Vernier, au Muséum et au Pavillon de l’ADC. Se produiront notamment les élèves du CFP Arts et de l’Institut Jaques-Dalcroze, mais également une «danseuse d’arbre» et son saxophoniste à l’occasion d’une galipette en suspension, ou un balayeur de rue et sa voyageuse de passage frappés par une tempête de l’amour. En un mot, à Genève, on chaloupe collé serré avec le cosmos.
«Ce qui relie les vivants, c’est bien le corps. Son langage ne permet-il pas du coup la meilleure des communications?:

Danses urbaines à Meyrin
Mais le bout du lac est capable de grands écarts. Alors que d’aucuns se tortillent dans l’herbe du parc, d’autres se précipiteront le week-end à Meyrin, du côté du Théâtre Forum Meyrin, de la salle Undertown ou de l’école de Meyrin-Village, tâter de la démo, de la battle ou de la Dabkeh. Cette dernière ne vous dit rien? Elle gagne pourtant du terrain, cette danse résistante originaire du Proche-Orient, que la Cie Dyptik mettra à la sauce hip-hop dans son spectacle pour huit enragés, «Mirage (Un jour de Fête)».


Au milieu des nombreuses initiations et performances proposées par des compagnies de danses urbaines, l’Américain Tony McGregor prodiguera une masterclass de House Dance, pendant que le typographe YGREC animera ses caractères cinétiques. Et pour couronner la journée de samedi, le festival Groove’N’Move proposera une compétition de House Dance au gré de laquelle les danseurs et danseuses s’affronteront en solo devant un jury.
Soirée Passe-passe Danse Danse
Sous le titre «Tout baigne!» une soirée officielle au bord de l’eau enchaînera le jeudi 11 dès 17 h des pièces chorégraphiques signées Jasmine Hugonnet, Nicole Seiler, la Cie Anthrop et le collectif Oblique aux Bains des Pâquis. Une autre, plus fêtarde, serpentera place Sturm jusqu’au cœur de la nuit de samedi à dimanche. Sous l’égide du Passedanse (réseau de structures voué à promouvoir la diversité de la danse sur le territoire transfrontalier du Grand Genève), un grand bal interactif sera en effet donné, qui conjuguera déhanchements libres et mouvements chorégraphiques transmis en direct.

Enfin, au nombre des cent projets pêle-mêle, on ne saurait passer sous silence la proposition itinérante de Melissa Cascarino et Cerise Rossier, «The Endless of Exile/The Exile of Endless», qui verra deux migrantes encordées traverser les paysages genevois dans une marche lente sur quatre jours. Pas plus qu’on n’omettra la quête de vide entreprise toute la semaine au Galpon par la danseuse Noémi Alberganti et le musicien Maël Godinat dans «Hiatus ou le bruissement de l’entre». Pour clore le panorama, citons pour finir cette session de Common Flow, dimanche au Pavillon, où le quidam laissera parler son corps sans proférer un mot, les pieds nus, sur une musique invitant au lâcher-prise collectif.
Fête de la danse, du 10 au 14 mai, www.fetedeladanse/geneve
MCD