« Apaiser »
Nous reprenons cet éditorial du 5 mars 2020. Il semble que les temps ne se sont guère apaisés. Le Diois terre de tradition de respect et tolérance (les Chemins des huguenots en témoignent), de dialogue et coconstruction visible d’un avenir pour les femmes et les hommes (et les enfants) du pays est secouée par l’intolérance, la fièvre et le feu. MCD
« Ne pas se moquer, ne pas déplorer, ne pas détester mais comprendre » Baruch Spinoza
Être pacifiste ou pacifique est un acte difficile et qui demande une force de caractère. sans pareil, une conviction et lucidité… il est tellement facile d’agresser et attaquer son semblable, son prochain, son voisin, son élu, son enfant, sa compagne, etc…
Pacifier une société française sous tension est un vrai projet politique.
La contestation systématique et incessante génère tant la lassitude que l’habitude de la majorité des Françaises et Français.
Tout est sujet d’hystérie et d’escalade, le coronavirus, les hôpitaux, les retraites, les élections, les aéroports, Brexit, l’Europe, les migrants, la justice, service civique, les césars, la représentation, envahissement, terrorisme, etc… tout absolument tout. A en devenir sans nuance et sans dialogue. Un mode d’existence pour ceux qui se croient supérieur ou en besoin de reconnaissance ? Peurs, suspicions et pensées simplistes ont remplacé intelligence et élaboration de la pensée longue. Il faut remettre du rationnel dans les débats. Droits fondamentaux ( de se loger, de se déplacer, de travailler, …) et dignité humaine (policiers suicidez vous ! caillassage de pompiers, …) sont bafoués quotidiennement. Comment dans un monde de « Fausses nouvelles » retrouver une « passion pour la vérité et la justesse » ? Un monde de fausses nouvelles s’effondrera à terme comme un faux monde, enlisé dans le brouillard d’affirmations non vérifiées.
En démocratie nous n’avons pas d’ennemis.
Nous avons de plus en plus de difficulté dans une société de surenchère, d’escalade, du mal à accepter les nuances. Anticiper ensemble pour éviter les tensions, n’est plus un mode opératoire d’apaisement et de confiance. Aucune société ne se construit sans apaisement ni confiance. N’en déplaisent aux atrabilaires et colériques. Compulsifs ou construits politiquement. Nous les appelions les idiots utiles du capitalisme. Nous avons des concourants voire contradicteurs. Pas des ennemis ou des adversaires en politique.
La société du conflit est fatigante, lassante, ennuyante, monotone… en une fin de civilisation déjà lourde à vivre.
L’incapacité de comprendre l’autre ou de comprendre tout court est l’horizon déprimant que certain veulent nous offrir, particulièrement via les réseaux dit sociaux. La culture de Facebook ou de Twiter, nous rappelle comme nous sommes imperméables aux différences. Les algorithmes de Google nous orientent vers des personnes avec lesquelles nous sommes toujours d’accord. En même temps des centaines d’actes de solidarité et fraternité formidables sur le terrain sont passés sous silence. Alors qu’ils forgent le bien vivre ensemble.
Les offres politiques extrêmes de Droite comme de Gauche se nourrissent des ces exaspérations et ressentiments… et attisent les tensions.
Nous sommes nombreux qui appellent à développer l’esprit d’entraide, de coopération et de dialogue et à dépassionner les débats.
Voir la vie en noir et blanc.
Oui il faut arrêter de voir tout en noir ou blanc. Réinventons la nuance qui fait la vie. La culture politique française continue à détester le pragmatisme, la concertation, les compromis et l’entente in fine. Oui à ce stade la démocratie reste à co-construire. Tant que les rapports de forces et la violence (verbale, psychologique, ou physique…) continueront de s’imposer pour réaliser n’importe quelle décision collective (en politique, associative ou en entreprise, …) nous sommes à la préhistoire de la démocratie. Le mythe voudrait que les français n’aient jamais surmonté un imaginaire révolutionnaire. Sauf que toutes les révolutions violentes ont enfanté des gouvernances violentes (les cas sont légions de la terreur au dictat léniniste…). En humanisme il n’y a pas de fatalité ni d’immuables obligations ou contraintes.
Sortir de l’hystérie…
Nos démocraties ont vocation à évoluer en permanence. En renonçant au cocktail délétère d’élus omnipotents et omniscients, et de nostalgiques des luttes des classes, sans classes (et bientôt sans travail).
La manière condescendante de considérer ceux qui prônent une société moins conflictuelle est inquiétante. Et l’éducation populaire a de beaux jours devant elle… et les femmes et les hommes de demain ont un beau challenge à s’éduquer, se former mutuellement, s’entraider. Avec le plaisir d’apprendre et d’apprendre à apprendre en permanence ( éducation permanente comme disent nos amis belges ). A la non violence aussi.
Viendrait il encore à l’esprit d’une personne de régler ses problèmes de couple par la violence. Notre grande alliance collective mérite autant d’attention et de soins. Climat diois, climat social et climat de la planète, même combat, même contrat ! Apaiser. Si nous nous égarons dans les méandres des populismes de droite ou de gauche, qui s’agitent partout dans le monde : ils vont nous conduirent dans des endroits hideux des dystopies autoritaires (la liste est déjà longue de ces dictatures…) et des délitements des valeurs de liberté, égalité, fraternité, sororité, justice, droits, paix, hospitalité, etc.….
Qui ose écouter ceux qui ont d’autres points de vue ?
Nous devrions ces jours de grandes ténèbres, êtres capables d’apporter les espoirs de la différence si fertile et vivifiante. Êtres honnêtes dans nos doutes et nos questions. Ouvrir nos cœurs et nos esprits aux choix des personnes avec qui nous sommes en désaccord. Afin de reconstruire les liens sociaux et la convivialité, obligations de bonne vie sur nos territoires (en plus ruraux où l’on est amené à se croiser fréquemment…)
Radicaux
La «radicalité» ne saurait être ce qu’elle est sans le mot «racine». Elle est empruntée au latin radicalis, soit «qui tient à la racine, premier, fondamental», dérivé de radix, icis, qui signifie «racine, origine première». Le mot est donc d’abord un terme de botanique, pour désigner ce qui appartient à la racine, qui s’émane d’elle. Ce qui est radical est ce qui est «relatif à la racine, à l’essence de quelque chose», qui concerne le principe premier, fondamental. Ce qui est «radical» est ici originel, métaphysique. « Etre radical, c’est prendre les choses par la racine. Et la racine de l’homme, c’est l’homme lui-même » : Karl Marx.
Oui nous sommes les racines… Ici et maintenant du pays diois. Demain et ailleurs d’un humanisme qui essaime.
Gardez-nous une place dans vos cœurs.
«Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent des monstres» Antonio Gramsci
Claude Veyret