« Comment se fait-il qu’on encourage encore le piégeage de ces oiseaux et mammifères dits “nuisibles”, au mépris des données scientifiques ? »
Un collectif rassemblant les principales associations de défense de la biodiversité estime, dans une tribune, qu’il est temps d’abandonner le piégeage des renards roux, pies bavardes, geais des chênes, martres des pins, fouines, belettes, étourneaux sansonnets, corneilles noires et corbeaux freux. Une élimination qui porte préjudice aux écosystèmes, voire à l’agriculture.

Alors que le ministère de la transition écologique s’apprête à renouveler pour trois ans l’autorisation de piéger des milliers d’animaux sauvages, nos associations demandent que ce piégeage ne soit plus autorisé pour neuf espèces sur la base des connaissances scientifiques.
Qu’ont en commun les renards roux, pies bavardes, geais des chênes, martres des pins, fouines, belettes, étourneaux sansonnets, corneilles noires et corbeaux freux ? Tous ces animaux, naturellement présents en France depuis des milliers d’années, y sont encore piégés par toutes sortes de moyens cruels, avec la bénédiction de l’Etat, au titre d’un statut juridique aussi archaïque qu’infondé sur le plan biologique.
A l’occasion de la préparation du prochain arrêté ministériel 2023-2026 révisant la liste de ces espèces dites « susceptibles d’occasionner des dégâts » (dénomination qui a remplacé celle de « nuisibles »), nous demandons que ces mammifères et oiseaux indigènes ne soient plus classés dans cette catégorie.
En plus du caractère très discutable de ce genre de classification, il existe un consensus scientifique, en France et à l’étranger, établissant que ces espèces ne remplissent pas suffisamment les critères censés définir cette catégorie selon le code de l’environnement. Les espèces classées « susceptibles d’occasionner des dégâts » doivent en effet l’être « dans l’intérêt de la santé et de la sécurité publique ; pour assurer la protection de la faune et de la flore ; pour prévenir des dommages importants aux activités agricoles, forestières et aquacoles ou à d’autres formes de propriétés ».
Les lobbys de la chasse
Hormis certaines atteintes aux cultures, une prédation présumée sur des faisans et des perdrix d’élevage lâchés pour la chasse, quelques intrusions dans des poulaillers mal fermés et autres dommages ponctuels et évitables sans recourir à l’élimination systématique, rien n’argumente en faveur du classement en nuisibles de ces espèces.
Pire, cette élimination porte préjudice aux écosystèmes, voire à l’agriculture. Les renards, belettes et fouines sont par exemple des alliées des cultivateurs, car ils consomment un grand nombre de petits rongeurs qui se nourrissent eux-mêmes dans les champs ; en faisant des réserves de graines dans le sol, les geais des chênes aident à la régénération des forêts.
L’établissement de la liste des espèces « susceptibles d’occasionner des dégâts » relève du ministère chargé de l’écologie, qui devrait, pour ce faire, se baser sur des éléments objectifs. Mais la mainmise politicienne, influencée par les lobbys de la chasse et de l’agriculture, conduit à des prises de décisions infondées, allant même à l’encontre des connaissances biologiques et de l’intérêt général du fonctionnement des écosystèmes.
Dans le contexte de l’urgence écologique et de l’effondrement de la biodiversité, comment se fait-il qu’on encourage encore le piégeage de ces oiseaux et mammifères au mépris des données scientifiques, sans limite numérique, toute l’année, en plus des tirs dont ils font l’objet en période de chasse et de battues administratives ? Le nombre d’animaux tués pour chaque espèce n’est même pas connu et aucune étude n’a démontré l’efficacité de telles mesures.
Il est urgent qu’intervienne enfin ce qui manque depuis plusieurs décennies pour mettre fin au piégeage de ces espèces : une décision politique prenant en compte les données scientifiques.
Signataires de la tribune
Associations nationales (ordre alphabétique des représentants) :
Muriel Arnal, présidente de One voice
Bernard Chevassus-au-Louis, président d’Humanité et biodiversité
Marc Giraud, porte-parole de l’Association pour la protection des animaux sauvages
Rémi Luglia, président de la Société nationale de protection de la nature
Matthieu Orphelin, directeur de la Ligue pour la protection des oiseaux
Pierre Rigaux, président de Nos viventia
Thomas Ruys, président de la Société française pour l’étude et la protection des mammifères
Arnaud Schwarz, président de France nature environnement
Benoît Thomé, président d’Animal cross
Associations locales (ordre alphabétique des représentants) :
Frédéric Barbe, président du Groupe de recherche et d’investigation sur la faune sauvage
Matthieu Bernard, président du Groupe mammalogique d’Auvergne
Jean-Yves Chalumeaux, représentant de Jura nature environnement
Christelle Brand, présidente du Groupe d’étude et de protection des mammifères d’Alsace
Michèle Budna, présidente du Pôle grands prédateurs
Michel Fauvé, président du Groupe d’étude des mammifères de Lorraine
Georges Fouilleux, président de NaturEssonne
Muriel Gentaz, présidente de Lo parvi
Carine Gresse, présidente du Clos des renardises
Sylvie Hurtrez, co-présidente des Écologistes de l’Euzière
Jacky Karpouzopoulos, président de la Coordination mammalogique du Nord de la France
Thomas Lheureux, porte-parole de Nature en Occitanie
Alexandre Liger, président de Caudalis
Gabriel Metegnier, directeur du Groupe mammalogique et herpétologique du Limousin
Christophe Morin, président de la Commission de protection des eaux, du patrimoine, de l’environnement, du sous-sol et des chiroptères de Franche-Comté
Alain Naessens, président du Groupe ornithologique et naturaliste du Nord
Nathalie Verger, présidente de Nature en Périgord
Franck Vigna, porte-parole du Collectif renard Grand Est