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Ils ont adopté les toilettes sèches : « Il n’y a pas de mauvaises odeurs ni de mouches qui volent »

« Comment peut on chier dans l’eau ! »  constatent nos amis burkinabés. « Je trouve ça monstrueux, le volume d’eau qu’on utilise en tirant la chasse ». Alors qu’il faut parfois une heure pour allé chercher l’eau de la journée !

Les W-C écologiques, sans chasse d’eau mais avec de la litière végétale pour recouvrir les déjections (et leurs exhalaisons), connaissent un succès croissant. En Languedoc-Roussillon, des usagers expliquent le plaisir de faire leurs besoins en toute bonne conscience écolo.

Agathe Beaudouin

 

La jolie cabane en bois clair a fait son apparition dans le jardin, sous un olivier. Avec l’arrivée des beaux jours, la famille Marois, habitant un village de la Petite Camargue, en a fait son « W-C principal », explique la mère de famille. « Au départ, les enfants, surtout nos ados, ne voulaient pas en entendre parler, mais maintenant tout le monde l’utilise. » Sourire décomplexé aux lèvres, Catherine Marois évoque avec enthousiasme cette nouvelle construction dont elle se dit « méga fière ». « Je suis tellement heureuse de ne pas appuyer sur une chasse d’eau à chaque fois que je vais aux toilettes ! », explique dans un éclat de rire la Gardoise, la seule de la famille à bien vouloir prendre la parole « sur ce sujet délicat », dit celle qui se fait volontiers l’ambassadrice de cette nouvelle tendance : les toilettes sèches.

« J’ai remarqué que nos amis ne sont pas très à l’aise à l’idée d’aller aux toilettes chez nous. Ils nous posent des questions, c’est devenu un sujet de conversation lors de nos soirées. » Même si la quadra peine à convaincre ses hôtes de tester ses nouveaux W-C – « ils attendent d’être chez eux pour se soulager » –, elle reste persuadée qu’une « majorité y viendra dans les prochaines années ». Cette famille a eu le déclic après une semaine de vacances, l’été dernier, dans le Gers. Le gîte ne disposait que de toilettes sèches. « On a eu un peu de mal à s’adapter mais, après quelques jours, cela n’a plus du tout posé de problème. Moi, j’ai trouvé ça super. On a pas mal réfléchi cet hiver et, en avril, nous avons franchi le pas », explique la salariée d’une association d’aide à la personne. « Les risques de pénurie d’eau dans notre région ont été le principal déclencheur. »

 Fabrication artisanale de toilettes sèches dans l’atelier Lécopot, dans l’Aude.

Réapparues dans le paysage à l’initiative, le plus souvent, des festivals de musique, pour remplacer des W-C à chasse d’eau, les toilettes sèches intègrent progressivement l’espace public urbain, comme à Montpellier ou à Lyon (de manière expérimentale), mais aussi le domicile des particuliers. « Nous avons deux toilettes, dont une sèche », commente Stéphane (qui a requis l’anonymat), un habitant de l’arrière-pays montpelliérain. « Il n’y a pas de mauvaises odeurs ni de mouches qui volent dans cette pièce, contrairement à ce que beaucoup pensent, insiste ce trentenaire. C’est beaucoup plus écologique et très simple à installer, puisqu’il ne faut pas de raccordement à l’eau. » Alors qu’à chaque passage aux toilettes dites « ordinaires » l’usager consomme environ 8 litres d’eau potable en tirant la chasse (selon le rapport 2019 de la Fédération professionnelle des entreprises de l’eau), soit environ 13 000 litres d’eau par personne et par an en France, ceux qui ont opté pour des toilettes sèches dépensent une louchée de litière, d’origine végétale.

« C’est hallucinant de constater que, dans un contexte de pénurie d’eau, on continue à tirer la chasse d’eau potable », observe Julien Boyer, un adepte de la première heure, tellement convaincu qu’il en a fait son métier dès 2013, en fondant Lécopot, une entreprise basée dans l’Aude, et qui emploie dix salariés. « On constate un véritable engouement depuis deux ans. Les achats des particuliers pour des toilettes sèches à installer dans leur maison représentent près de 90 % de nos ventes », confie le jeune entrepreneur, qui défend, outre l’assainissement écologique, une démarche presque philosophique. « C’est le cycle de la nature qu’on apprend au collège ! Ce système permet de remettre nos déjections dans le vivant, grâce à un compost riche pour les sols. Après avoir installé le composteur dans lequel vous jetez les déjections, il faut attendre environ deux ans pour récupérer un humus qui sent la forêt. » Certains usagers fabriquent leur litière à base de copeaux de bois ou de sciure récupérés dans des menuiseries. A l’achat, il faut débourser environ 19 euros pour 25 litres de litière végétale, soit plus de 80 passages aux toilettes, selon les sites spécialisés.

Vider le seau d’excréments

A première vue, ces toilettes se distinguent des modèles classiques par le coffre sur lequel est posée l’assise, et par leur construction. La plupart sont en bois ou en plastique, et non en faïence. Il existe deux principaux types de W-C écolos : ceux dits « à séparation », où l’urine et les solides sont séparés à la source grâce à deux bacs situés sous le siège (et qui imposent aux hommes de s’asseoir même pour uriner), et les plus connues, les toilettes à litière sèche. Dans tous les cas, il faut procéder plus ou moins régulièrement à une vidange et disposer d’une chambre à compostage (souvent située dans le jardin) afin de transformer les déjections en compost. Catherine Marois dit n’avoir « aucun problème à vider chaque semaine le seau d’excréments de la famille » et assure « que ça ne pue pas, grâce aux copeaux de bois qu’on dépose après chaque passage aux toilettes ».

 Les toilettes sèches d’un écolodge dans le camping de Briange, en Ardèche.

Preuve du grand retour des W-C écologiques : de nombreux modèles se trouvent en vente dans les grandes surfaces de bricolage ou en ligne sur le site de fabricants français (à des prix variant d’une centaine d’euros à plusieurs milliers d’euros). Mais la toilette sèche fait aussi partie de ces produits phares du DIY, le fameux do-it-yourself (« fait maison »). Dans le nord du Gard, Hector et Sylvie l’ont expérimenté cette année en installant une cabane sur leur terrain. « Ici, il fait beau quasiment toute l’année, affirme ce couple. C’est hyperfacile d’aller aux toilettes dehors. Très vite, nous avons convaincu trois de nos voisins. » « Nos enfants sont super contents d’aller faire pipi dans la cabane », observe Pauline Heacquert, l’une des voisines en question, elle-même surprise « du bien-être que procure le fait d’aller aux toilettes dehors, en écoutant le bruit de son environnement le plus proche ».

Il n’existe pas d’études récentes sur le nombre de foyers français ayant franchi le pas, mais les détracteurs des toilettes sèches ne manquent pas d’arguments : mauvaises odeurs, corvée de vidange, retour dans le passé… Agnès Faure et Frédéric Haon, à la tête du camping écoresponsable de Briange (12 hectares), en Ardèche, où la moitié des toilettes sont sèches, veulent briser les idées reçues. Le couple a débuté la transition il y a six ans, en en installant dans le restaurant puis, progressivement, sur des emplacements et, enfin, dans les bungalows. « On a observé que les toilettes du restaurant étaient beaucoup plus propres qu’avec les W-C classiques. Les campeurs déposent leur seau en Inox quand il est plein, et nous passons en récupérer le contenu pour le composter. Il n’y a pas de mauvaises odeurs, car nous utilisons un broyat réalisé à partir de nos arbres, avec différentes essences », détaille Frédéric Haon. « Et il n’y a plus de problème de chasse d’eau qui fuit. Franchement, la vie n’est plus la même ! » Le camping économise 100 000 litres d’eau par an et, à terme, devrait être équipé à 90 %. « Certains clients restent réticents. Nous ne sommes pas là pour imposer une écologie radicale, ce n’est pas notre démarche, mais on montre, par l’expérience individuelle, qu’on peut vivre aussi bien en consommant moins. »

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