Eau potable : ces villages qui se préparent au pire…
Il pleut, mais les réserves des nappes phréatiques ne sont très basses !
Départements dont le niveau des nappes phréatiques est très bas
Et « très bas » dans 14 départements français : https://www.geo.fr/environnement/classement-quels-departements-nappes-phreatiques-sont-elles-les-plus-et-les-moins-pleines-secheresse-215129
- Oise (60)
- Loir-et-Cher (41)
- Cher (18)
- Indre (36)
- Lot-et-Garonne (47)
- Aude (11)
- Pyrénées-Orientales (61)
- Loire (42)
- Isère (38)
- Drôme (26)
- Alpes-de-Hautes-Provence (04)
- Alpes-Maritimes (06)
En 2022, les ruptures d’approvisionnement ont été nombreuses. Cette année encore, certains villages restent sur le fil.
« Le monde vient de connaître son début juin le plus chaud jamais enregistré, après un mois de mai très proche – à peine 0,1 °C – du record de température passé », expliquaient récemment les scientifiques du service Copernicus sur le changement climatique (C3S). Le thermomètre s’affolera-t-il aussi au cours de l’été, provoquant de fortes tensions sur les ressources en eau ? L’Express passe en revue trois scénarios noirs possibles : le premier sur l’approvisionnement en eau des petites communes, le second sur le réchauffement excessif des rivières et le dernier sur l’assèchement des cultures.
A Bargemon, dans le Var, à quelques kilomètres de Fréjus, Christophe Sarkissian se montre prudent. « Pour l’instant, nous n’avons pas de souci grâce aux pluies de mai, mais nous restons attentifs : la population devrait quasiment doubler à partir des vacances et cela nous met dans une position critique concernant l’eau potable. » Le premier adjoint de ce village de moins de 1 500 habitants, qui se présente comme la « perle du Haut Var », détaille son plan de bataille. « On a prévu un conteneur et un stock de bouteilles d’eau, mais sans distribution pour l’instant, on sait que les niveaux sont tendus : l’année dernière, dès le 3 juillet, nous étions en difficulté. »
A l’instar de Bargemon, de nombreux petits villages en France vivent avec angoisse l’approche de la période estivale. Il faut dire qu’en 2022, année marquée par une sécheresse record, 2 000 communes s’étaient retrouvées confrontées à des ruptures d’alimentation en eau potable, obligeant parfois les maires de ces localités isolées à mobiliser des camions-citernes pour assurer l’approvisionnement.
Sept à huit voyages quotidiens
Un ballet de véhicules que l’on pourrait bien revoir cet été sur les routes. Certes, après un hiver particulièrement inquiétant et inédit par son manque de précipitations, une partie de la France a pu bénéficier de pluies significatives. Mais certaines régions tirent encore la langue. « 66 % des niveaux des nappes restent sous les normales mensuelles en mai avec de nombreux secteurs affichant des niveaux bas à très bas », notait mi-juin le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM). Si les pluies de mai ont eu un impact dans l’ouest et le centre de la France, elles sont restées relativement insuffisantes dans le sud et le pourtour méditerranéen. « Ce sont principalement des orages, par conséquent cela a pu humidifier certains sols et reverdir la végétation, mais la plupart n’ont pas rechargé les nappes », expliquait Violaine Bault, hydrogéologue au BRGM.
Dans certaines communes, où les difficultés d’approvisionnement de l’an dernier ne sont toujours pas résolues, la situation devient particulièrement tendue. A Seillans (Var), le maire René Ugo ne cache pas son inquiétude. Depuis l’été dernier, et quasi continuellement, sa municipalité est ravitaillée par des camions-citernes pour assurer de l’eau potable à 350 usagers. « On fait sept à huit voyages par jour depuis un point d’eau situé à côté de la commune », explique-t-il. La faute à des sources qui se sont taries au fur et à mesure des sécheresses, ainsi qu’à un réseau défectueux attendant d’être réparé. « Nous devrions obtenir l’année prochaine une alimentation par une autre source. Les travaux sont programmés mais ils restent conditionnés à l’obtention d’une subvention de l’Agence de l’eau », détaille l’édile.
Des forages qui décrochent
En mars, dans le cadre de ses annonces sur l’eau, le gouvernement avait identifié une liste de 170 « points noirs ». Des villages où les fuites dans les réseaux pouvaient atteindre 1 litre sur 2, nécessitant des travaux urgents. Depuis, une enveloppe d’aide de 180 millions d’euros annuels a été débloquée. « Nous sommes en train de compiler les données, mais nous savons que dans ces communes, les travaux sont effectués en ce moment même pour sécuriser et améliorer l’accès à l’eau potable », explique-t-on au ministère de la Transition écologique.
Insuffisant toutefois pour éviter les tensions dans certaines parties du pays. A l’Agence de l’eau de l’Adour-Garonne, dont le bassin s’étend de la Charente-Maritime à l’Ariège, on compte une quinzaine de communes en difficulté, dont trois qui ont d’ores et déjà recours au « citernage ». « Les petits captages se tarissent, et en attendant de trouver une interconnexion de secours, ces communes peuvent avoir recours à des livraisons d’eau par camion, ou des distributions de bouteilles », reconnaît Lauriane Boulp, chargée de missions eau potable. Faute de solutions pérennes, les dossiers pour ces travaux de sécurisation se multiplient, cumulant 600 000 euros de financements.
Dans ces territoires où l’approvisionnement en eau reste sur le fil, les autorités en viennent à scruter le ciel. « Trois semaines sans pluie et on a immédiatement des forages qui décrochent et des collectivités en difficulté », déplore Christelle Sgard, cheffe du service environnement à la Direction départementale des territoires de Corrèze. La lueur d’espoir ? Les solutions ne manquent pas : au-delà des nouveaux forages, la France peut renforcer les interconnexions entre les réseaux, ou même réutiliser des eaux usées traitées… Mais pour redonner confiance aux communes les plus touchées et éviter de nouveaux points de rupture, il faut désormais aller plus vite.
Valentin Ehkirch