Les maires des petites communes rurales s’affirment comme un maillon essentiel de la transition écologique : avec Fanny Lacroix, maire de Châtel-en-Trièves !
En conclusion d’un grand atelier sur le sujet, les élus de municipalités de moins de 3 500 habitants ont notamment plaidé pour que le développement des énergies renouvelables sur leurs territoires se fasse dans la concertation.

Devant la centaine de maires des petites communes rurales, réunis pour les conclusions du grand atelier sur la transition écologique mis en place par l’Association des maires ruraux de France (AMRF), dimanche matin 2 juillet à Paris dans son ministère, Christophe Béchu, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, ne pouvait pas ne pas évoquer la crise actuelle et les émeutes.
« Rien de ce que nous venons de vivre ne va renforcer la cohésion des territoires », a-t-il déclaré, listant les nombreuses attaques contre les hôtels de ville ou les bâtiments publics, avant de devoir quitter la séance, pour accompagner Elisabeth Borne, la première ministre, à L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), une commune dans laquelle le domicile du maire, Vincent Jeanbrun, a été attaqué par les émeutiers.
Les maires ruraux ont aussi actualisé leur réflexion. « La ruralité, dans un souci de cohésion nationale, peut contribuer à la politique de la ville », a expliqué Fanny Lacroix, la vice-présidente de l’AMRF chargée de la transition écologique.
Bien que relativement épargnés par les émeutes par rapport à leurs collègues des grandes villes, ces édiles ont pris en compte la crise dans leurs conclusions, en demandant notamment « une grande politique nationale de relance des centres de vacances et des classes vertes permettant l’accueil des enfants des quartiers et des villes dans nos ruralités, toute l’année, pour favoriser les rencontres et les échanges ».
« Embarquer les citoyens »
Avant que l’actualité n’impose ses urgences, les maires des petites communes rurales, dont le nombre d’habitants est inférieur à 3 500, ont travaillé sur la transition écologique, lors de quatre week-ends entre février et juillet. Une centaine d’entre eux parmi la dizaine de milliers d’élus que compte l’AMRF – au niveau national, ces maires de communes rurales sont 30 000, représentant quelque 80 % du territoire – ont participé à ces réunions, sur le modèle de la convention citoyenne pour le climat.
Ce grand atelier, qui était accompagné par de nombreux partenaires dont l’Agence nationale de la cohésion des territoires, le WWF, ou encore EDF, a débouché sur des propositions qui seront soumises au prochain congrès de l’AMRF, en septembre.
« L’échelle de la commune est pertinente car elle est proche des gens et les communes rurales sont prêtes à jouer le jeu car on sait que le succès de la transition écologique va se jouer en grande partie chez nous », juge Fanny Lacroix, qui a conçu et conduit les travaux de cette assemblée. Elle est maire de Châtel-en-Trièves, village isérois de quelque 500 habitants. « La fracture des territoires est réelle et la transition écologique peut être un moyen de la réduire. Mais il faut que le récit qui l’accompagne, qui doit embarquer les citoyens, soit sincère, proche d’eux et de leurs aspirations », estime-t-elle encore.
Les maires se sont focalisés sur trois questions : les énergies renouvelables, les aménités rurales – les richesses naturelles (forêts, champs, eau…) de ces territoires qui profitent à tout le pays – et « les leviers et ressources pour la transition écologique », en particulier les problèmes de financement et d’ingénierie.
Associer les élus locaux
Sur le premier de ces dossiers, la question de l’acceptation des projets d’énergies renouvelables (éolien, solaire…) ne peut être résolue que par l’association des élus locaux aux décisions et à la planification, plaident-ils. « Les communes rurales acceptent d’être solidaires et de produire de l’énergie afin de pourvoir aux besoins des territoires notamment urbains, mais elles souhaitent en maîtriser le modèle », écrivent les élus. Ils appellent donc à la « coconstruction dès la conception du projet », ainsi qu’à la mise en place d’aides en matière d’ingénierie, mais aussi de compétences techniques, administratives, financières et juridiques. Par ailleurs, la valeur ajoutée que représentent ces projets « doit profiter directement au développement des communes » et être équitable.
« Une société nous a proposé d’implanter des éoliennes sur notre territoire, mais on a refusé, en expliquant que c’était trop tôt, trop rapide, on n’avait pas le temps d’étudier le dossier, il nous était imposé d’en haut sans qu’on ait les capacités de l’expertiser. Le maire d’une autre commune a accepté, lui, ce qui a suscité beaucoup d’opposition dans les villages voisins, qui voient leurs paysages se modifier, sans aucune retombée pour eux », raconte ainsi Catherine Hamelin, maire de Fontain, petit bourg de 1 300 habitants dans le Doubs.
Sur la question des énergies toujours, les maires ont insisté sur la nécessité de renforcer les politiques de sobriété, dans une démarche globale plus vertueuse. Ils demandent aussi que le développement des énergies renouvelables ne se fasse pas « au détriment des aménités rurales, prairies, forêts… ».
Ce sujet des biens naturels et des aménités a longuement été développé. Leur gestion, « réalisée par les communes rurales au profit de tous, doit être reconnue par les pouvoirs publics et la société », écrivent les membres du grand atelier. Selon eux, le financement ne peut être seulement dicté par le nombre d’habitants, mais doit intégrer aussi la taille du territoire et l’importance de ces aménités.
La question des moyens
En présentant ces conclusions, Antoine Pichon, maire de Quistinic, une commune de 1 500 habitants du Morbihan, a expliqué qu’il avait quelque 120 kilomètres de sentiers de randonnée. « Comment puis-je entretenir ces petits chemins creux avec quatre agents des services techniques qui ont déjà beaucoup de travail ? J’ai aussi le projet d’une réserve de biodiversité, sur quatre hectares de bois, mais il faut que j’aie quelqu’un pour m’aider à monter le dossier et s’en occuper après », détaille l’élu.
Cette question des moyens est le dernier point sur lequel ont travaillé ces maires ruraux. Parmi leurs propositions, une meilleure formation des élus, la création d’une « dotation aménités rurales » en complément de la dotation globale de fonctionnement, « qui n’est plus adaptée à nos territoires », ou le financement de l’ingénierie sur la transition écologique.
« Les maires sont déjà en difficulté pour faire fonctionner leurs petites communes, ils doivent gérer le quotidien, ils ont du mal à se projeter. Et ce sont toujours les mêmes qui récupèrent les subventions, car ils ont l’ingénierie pour le faire », résume Fanny Lacroix, maire de Châtel-en-Trièves.
Si leurs propositions ne figureront pas au menu du Conseil de planification écologique que doit présider Emmanuel Macron, et qui devrait se tenir mercredi 5 juillet, Christophe Béchu leur a promis que cette question des moyens, de la fiscalité par exemple, serait intégrée dans le prochain projet de loi de finances qui devra être discuté à l’automne.