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Iannis Roder : « Nous payons aujourd’hui une absence générale d’autorité »

Une semaine après la mort du jeune Nahel et les émeutes qui s’en sont suivies, ce professeur d’histoire-géographie, qui enseigne en Seine-Saint-Denis depuis plus de vingt ans, nous livre son analyse de la situation.

« Contrairement à ceux qui veulent nous faire croire qu’il y a des similitudes ou rapprochements avec les soulèvements de la terre, mouvement conscient et consciencieux, et les pillages urbains en cours, ces émeutes ressemblent beaucoup plus à « l’invasion du Capitole » par des ordres d’aigris, mâles et pleine de ressentiments.  le 6 janvier 2021 des milliers de manifestants radicaux se réunissent pour une manifestation,  des centaines d’émeutiers se lancent à l’assaut du bâtiment dans une tentative de bloquer la certification des résultats du vote du collège électoral de l’élection présidentielle américaine ».  MCD

Iannis Roder, professeur.

« L’école n’est certes pas exempte de toute critique mais je tiens tout de même à dire qu’elle fonctionne malgré tout », insiste Iannis Roder.

 Amandine Hirou

Voilà des années que le professeur d’histoire Iannis Roder – également membre du Conseil des sages de la laïcité, directeur de l’Observatoire de l’éducation de la Fondation Jean-Jaurès et responsable des formations au mémorial de la Shoah – fait part de ses inquiétudes dans nos colonnes. Lui qui exerce au quotidien sur le terrain ne cesse d’alerter sur la défiance des jeunes vis-à-vis de nos institutions et de notre modèle démocratique. Nombre de ses ouvrages dépeignent également une génération en manque de cadres et de repères. « A un moment donné, il va falloir regarder la situation en face », répète-t-il. Les événements de ces derniers jours ont démontré que faire l’impasse n’était plus possible. Entretien.

L’Express : En tant que professeur d’histoire-géographie qui enseigne à Saint-Denis depuis des années, êtes-vous surpris de ce qui arrive aujourd’hui ?

Iannis Roder : Oui et non. Je ne m’attendais pas à ce que ce déferlement de violences arrive nécessairement maintenant. En même temps, dès la mort de Nahel connue, je me suis dit un peu comme tout le monde qu’on aurait des émeutes, et je ne suis pas étonné qu’une partie de la jeunesse se mette à casser sans que cela ait nécessairement un lien avec cet événement tragique. Plusieurs éléments nous permettaient de penser que ce type de déchaînement pouvait arriver. Je ne parle pas ici de la réaction face à la mort d’un jeune tué par un policier, je parle des destructions.

Quels sont ces éléments annonciateurs que vous évoquez ?

Il faut accepter de regarder en face ceux que l’on a en face de nous. Je dis bien « en face de nous » et pas « avec nous » ! Il s’agit de jeunes devenus rétifs à l’autorité quelle qu’elle soit. Nous payons aujourd’hui une absence générale d’autorité, de celle qui permet aux enfants de se construire des limites et qui permet la vie en société. Pour cela, chaque enfant doit être cadré par les différentes figures d’adultes qu’il rencontre, à commencer par les parents, afin d’apprendre à apprivoiser ses frustrations. Or, voilà bien longtemps que certains parents, pour de multiples raisons qui ne relèvent pas seulement du social – même si cette dimension est importante –, ne remplissent pas leur rôle qui consiste à cadrer leurs enfants et à leur poser des limites. Idem du côté de l’institution scolaire, qui rencontre bien des difficultés à poser les cadres. La justice elle-même, avec la multiplication des interpellations qui ne débouchent sur rien, n’est plus crédible aux yeux d’une partie de la jeunesse. C’est d’ailleurs mal connaître ces jeunes que de penser qu’un simple rappel à l’ordre sert à quelque chose. Ceux qui pensent qu’ils envisagent le monde comme nous se trompent. Ce qui prime, dans leur vision, c’est le rapport de force. La meilleure illustration en est leur relation à la police. Certes, à cause de conduites parfois inadaptées dues à mon sens à un manque de formation, et à des défauts d’encadrement sur le terrain, les jeunes peuvent être régulièrement humiliés. Mais de leur côté, les policiers connaissent des affronts quotidiens car leur autorité légitime est aujourd’hui largement contestée, voire parfois totalement bafouée.

Cette absence de limites et d’autorité que vous dénoncez est donc l’un des facteurs principaux qui expliquent la situation actuelle ?

Oui, comme le disent souvent les psychiatres et psychologues, une partie des jeunes, ceux qui souffrent de ce manque de repères, sont dans la toute-puissance. Ils ne sont plus confrontés à l’apprentissage de la frustration autrefois assuré par les acteurs familiaux et institutionnels. L’autre problème que l’on rencontre, mais que beaucoup n’osent pas aborder de peur d’être immédiatement classés dans le camp des « réactionnaires » méprisants, est que les jeunes dont on parle sont incapables de réagir autrement que par des pulsions. C’est ce que j’écrivais déjà en 2008 dans mon livre intitulé Tableau noir, la défaite de l’école (Denoël, 2008) : je constatais déjà que certains de mes élèves, ceux qui souffraient d’un déficit de vocabulaire, d’une inquiétante faiblesse du langage, d’une difficulté à conceptualiser et d’une véritable incapacité à l’abstraction, étaient incapables de comprendre le monde dans lequel ils vivaient. De comprendre ce qu’implique la vie en société, ce qu’est une communauté politique et comment elle s’organise. J’expliquais à l’époque que face à cette absence de capacités à penser le monde, ils se construisaient un monde rassurant du « eux et nous » aux dimensions souvent identitaires et religieuses rassurantes. Ce qui était vrai hier l’est encore plus aujourd’hui. A l’époque, le quotidien Le Monde m’avait reproché de tenir un discours catastrophiste. Ne touche-t-on pas la catastrophe du doigt aujourd’hui ?

Le fait que les jeunes s’adonnent beaucoup aux jeux vidéo peut certes les inciter à imiter ce qu’ils voient, mais je pense que l’influence du virtuel n’explique pas le passage à l’acte. En revanche, je crois qu’ils peuvent assimiler à un jeu ce qu’ils font dans le cadre des émeutes, aidés des images qu’ils consomment largement. Mais cela me semble marginal dans l’analyse que nous devons faire de ce qui nous explose à la figure. Il me semble d’ailleurs qu’il faille rester humble dans la lecture que nous faisons des événements, car leurs causes sont très nombreuses et c’est leur conjonction qui accouche de cette situation. Les réponses toutes faites de certains commentateurs, proposant les grilles de lecture habituelles et paresseuses, ne nous aident en rien à comprendre ce qui se joue. Pour ma part, j’essaye de réfléchir en fonction des constats que je dresse depuis vingt-cinq ans et sur lesquels j’ai déjà beaucoup écrit. Je n’ai pas de réponse définitive, j’observe et j’écoute les jeunes que j’ai ou ai eu en classe.

On parle beaucoup aujourd’hui de la faillite du système éducatif. En quoi l’école a-t-elle sa part de responsabilité ?

L’école n’est certes pas exempte de toute critique, mais je tiens tout de même à dire qu’elle fonctionne malgré tout. Elle continue à tirer vers le haut bien des élèves issus de ces quartiers populaires grâce notamment aux enseignants qui s’investissent énormément au quotidien. Il me paraît aussi très important de souligner que ces gamins que l’on voit brûler et piller les magasins sont loin de représenter la majorité des jeunes de ces quartiers. Tous les professeurs qui travaillent comme moi en réseaux d’éducation prioritaire vous diront que ce ne sont en général que quelques élèves par classe qui causent des difficultés. Les premiers à en souffrir sont d’ailleurs leurs camarades qui sont freinés et perturbés dans leurs apprentissages. Je constate, dans mes propres classes, que les éléments les plus perturbateurs sont ceux dont on a du mal à voir les parents, qui se défaussent sur l’école sans nécessairement se soucier de la scolarité de leurs enfants, là encore pour différentes raisons. En 2005, les élèves de mes classes qui participaient aux émeutes étaient ceux qui n’avaient pas ou peu de cadre, qui traînaient en bas de chez eux à 23 heures. Depuis, les choses n’ont guère changé. Mais, encore une fois, il s’agit là d’une petite minorité. Bon nombre d’élèves avec qui je discute sur Instagram ou WhatsApp me confient ne pas sortir car leurs parents le leur interdisent, et aussi parce qu’eux-mêmes trouvent cela trop dangereux. Il ne faut surtout pas croire que c’est toute la banlieue qui est concernée.

L’institution scolaire se retrouve très souvent seule en première ligne. Or elle ne peut tout résoudre à elle seule…

Oui, malheureusement l’école est dans l’incapacité de gérer les enfants confrontés à de vraies difficultés. Celles-ci sont détectables très tôt, souvent dès la maternelle, le CP et le CE1. Il est vrai que l’institution a aujourd’hui pris conscience des problèmes rencontrés par certains enfants dans l’apprentissage des fondamentaux, aussi bien dans leur scolarité que pour la société tout entière et nous en avons une terrible illustration aujourd’hui. Des efforts ont été faits dans ce sens notamment en REP [NDLR : réseau d’éducation prioritaire] et REP + dans les petites classes où les effectifs ont été réduits. Mais comme je le disais en 2018, dans mon livre Allons z’enfants… La République vous appelle (Odile Jacob, 2018), le problème est que les enseignants ne peuvent guère s’appuyer sur des structures à la fois fonctionnelles, rapides et efficaces, composées de psychologues, d’orthophonistes et autres spécialistes.

Il faudrait, par exemple, renforcer de manière conséquente les réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased) qui avaient été en partie supprimés sous la présidence de Nicolas Sarkozy et dont les membres doivent être solidement formés. Ou encore établir des liaisons bien plus importantes qu’actuellement avec les institutions médico-sociales, plus à même que nous d’assurer une vraie prise en charge de ces jeunes élèves en souffrance. Hélas, aujourd’hui on passe notre temps à mettre du sparadrap sur une jambe de bois et les professeurs des écoles à devoir faire la classe avec certains élèves parfois en grande difficulté, et pas uniquement scolaire. Résultat, les professeurs sont débordés. Pendant que l’on tente de gérer tant bien que mal les élèves qui ont des problèmes ou, comme je le disais plus haut, qui manquent de cadre et de structures, que deviennent les autres ? Ce sont des arbitrages incessants et on finit par se retrouver impuissants à résoudre quoi que ce soit pour ces enfants à problèmes qui sont les adolescents de demain.

Je reviens au manque d’autorité que vous évoquiez : un glissement ne s’est-il pas opéré également du côté des enseignants eux-mêmes ?

Certains s’imprègnent hélas de ces analyses sociologisantes omniprésentes dans les médias, où il est question, en grossissant le trait, de dominés et de dominants, de riches et de pauvres, d’anciens colonisés et de colonisateurs… Tout cela aboutit à une forme de discours compassionnel vis-à-vis de ces enfants, non plus considérés comme n’importe quels élèves mais comme des victimes. Or les enfermer dans cette figure me paraît extrêmement dangereux et contreproductif. Si on veut réellement les aider – et les événements que nous vivons montrent qu’il s’agit là d’un impératif –, il est primordial de faire preuve de l’autorité nécessaire, dans le cadre fixé bien sûr par l’école. Cela passe par une forme d’autorité morale et intellectuelle que savent parfaitement reconnaître les élèves, et qu’ils apprécient ! Pour que cela fonctionne, il faut que le professeur puisse s’appuyer sur l’institution en général. Or l’écueil auquel on se heurte souvent est celui de la confusion entre la bienveillance et la compassion. Ce n’est pas du tout la même chose ! Bien sûr qu’il nous faut être bienveillants et savoir les valoriser, mais sans rien lâcher sur l’exigence car tous les enfants le méritent, où qu’ils vivent. On doit expliquer aux élèves que, oui, apprendre est difficile et demande des efforts. L’école est le lieu où ils doivent prendre conscience que l’on n’obtient pas tout immédiatement, que le savoir se construit, que la vie n’est pas un grand pot de Nutella. Car si certains le savent très bien, d’autres n’en ont pas conscience.

N’oublions pas que nombre d’élèves issus de ces quartiers sensibles s’en sortent, contrairement à ce que l’effet de loupe actuel tend à faire croire…

Mais bien sûr ! Beaucoup font des études, trouvent un travail mais finissent aussi par quitter ces quartiers. Notamment ceux qui ont grandi dans des cités qui sont des lieux où une contre-société, avec parfois une d’économie parallèle, a fini par s’installer, sans parler des normes religieuses et culturelles qui pèsent essentiellement sur les filles. S’ils veulent sortir de ce fonctionnement un peu tribal et s’émanciper, il leur faut partir. C’est ce qu’ont fait beaucoup de mes anciens élèves. Ceux qui restent se maintiennent, parfois malgré eux, dans ce fonctionnement très sclérosé et fermé.

Pensez-vous que ces émeutes risquent de durer ?

Non, je pense que cela va se calmer car il s’agit, pour une grande part, d’un déferlement de violence gratuite qui n’a que très peu de lien avec la mort de Nahel. Contrairement à ce qu’avancent certains analystes, j’ai le sentiment qu’il n’y a rien de politique derrière tout ça. Il n’y a aucune revendication, et s’il y a un message porté, il me semble dire : « Nous ne voulons pas de ce que vous proposez, nous voulons posséder. » Quel sens peut-il y avoir à piller une boutique Nike ou à mettre à sac les boutiques des centres-villes de Grenoble ou de Lyon ? Quel rapport avec la mort de Nahel ? Il s’agit là d’une illustration d’une dimension de la toute-puissance, à savoir le besoin de posséder tout et tout de suite. Pour moi, ces jeunes laissent avant tout s’exprimer leur côté joueur et prédateur. Il y a cette volonté de jouir en permanence de ce que l’on a à portée de mains, d’être encore une fois dans la toute-puissance et l’effet de groupe ajoute à cela. Le cadre des violences urbaines actuelles laisse toute latitude à une partie des jeunes pour laisser exploser leurs pulsions de destruction.

Certains analystes discourent sur les raisons qui expliqueraient le fait qu’on s’en prenne aux écoles et aux médiathèques…

Je pense vraiment qu’il faut arrêter de vouloir chercher absolument un sens politique à tout ça, voire de projeter nos fantasmes sur des actes qui peuvent tout simplement relever du vandalisme. A Saint-Denis, ils ont saccagé un centre administratif, qui distribue des allocations aux familles, et le centre médico-social qui soigne leurs parents… Il me semble qu’il s’agit tout simplement d’un déferlement primaire. On casse pour casser et on brûle pour brûler, le tout en rigolant car « notre monde est un grand lol ». Mais on le fait aussi en sachant qu’on choque car « c’est votre monde, pas le nôtre ». Souvenons-nous des paroles de Platon dans La République : « Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de personne, alors c’est là, en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie. »

Amandine Hirou

Mémorial de la déportation tagué, slogans antisémites : le désarroi des juifs français lors des émeutes

Antisémitisme

 Martine Gozlan
Le mémorial de la résistance et de la déportation a été pris pour cible à Nanterre, jeudi 29 juin lors de la marche blanche pour Nahel, et des insultes taguées à proximité. Des commerces juifs ont de plus été incendiés en Île-de-France durant les émeutes. L’antisémitisme s’insère en effet sur la toile de fond d’une violence globale.

Jeudi 29 juin à Nanterre lors de la marche blanche pour Nahel, on a tagué « On va vous faire une Shoah ! » à proximité du Mémorial de la Résistance et de la déportation, déjà dégradé. Ce même bâtiment devant lequel on a également tenté de brûler un drapeau français. « Un scandale absolu et une honte » a réagi Ariel Goldmann, président du Fonds social juif unifié, sur son compte Twitter. Sur les réseaux sociaux, circule de surcroît une vidéo où l’on entend deux clameurs, « Mort aux porcs ! Et mort aux juifs ! », dans les rues de Nanterre. À Sarcelles, un restaurant cacher, « Inoun », a été entièrement détruit. « Ce sont les employés musulmans qui ont découvert au matin ce spectacle lamentable », indique un militant associatif : « Ils étaient horrifiés. Inoun, c’était un endroit où tout le monde venait, on a détruit un lieu de rencontre, un espoir. »

À Garges-les-Gonesse, des commerces juifs ont brûlé, comme la mairie d’ailleurs. « C’est l’une des dernières petites communautés juives du Val d’Oise, elle vit dans des conditions très difficiles », souligne Josiane Sberro, enseignante et responsable communautaire : « Ici, ce fut le creuset du fameux Comité contre l’Islamophobie en France (désormais dissous). La cour de la synagogue est très souvent ciblée. Il reste à peine une centaine de juifs… ».

« La haine est devenue un océan »

«  La difficulté, c’est de distinguer dans ce maelstrom », explique à Marianne Yonathan Arfi, le président du CRIF ( conseil représentatif des institutions juives de France). « En ce qui concerne le Mémorial aux martyrs de la Déportation et de la résistance, les auteurs des déprédations ont été aveugles à la signification du monument, comme à celle des écoles et de toutes les institutions qu’ils brûlaient.  C’est une perte générale du sens ». Il poursuit : « Nous ne voulons pas communautariser le sujet. Ma crainte, c’est que cela s’inscrive dans le discours dominant des indigénistes où le juif est devenu le visage de l’Establishment et une cible perçue comme légitime. Ce qui est inquiétant c’est la manière dont les mouvements pro-palestiniens, antisionistes et antisémites se sont greffés sur le mouvement et ont joué le jeu des émeutes… »

Ce lundi matin 4 juillet, au Raincy, deux adolescents juifs, à leur sortie de l’école Merkaz Hatorah, ont été suivis par une voiture, d’où serait sorti un individu « brandissant un couteau de boucher », selon Radio Shalom. Ils ont couru à toute allure et sont hors de danger. Toujours d’après la radio, les enquêteurs rassemblent en ce moment témoignages et vidéos pour éclaircir l’affaire. «  Pour nous juifs, il n’y a rien de neuf et de surprenant »,  constate amèrement un résident de Seine-Saint-Denis qui vient de déménager vers le centre de Paris et préfère rester anonyme : « Nous avons vécu cette violence gratuite depuis vingt ans et tout le monde a préféré se taire sur ses auteurs, dont certains étaient les « grands frères » des agresseurs d’aujourd’hui. La haine, celle qui nous a visé et la haine de la France, c’est devenu un océan. »

Martine Gozla

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