Emeutes, la faute aux parents ? Le copinage a remplacé l’autorité, par Abnousse Shalmani
Combien de millions de mères de 1,50 mètre ont élevé seules une ribambelle d’enfants sans d’autre qualité qu’une autorité parentale ?, s’interroge Abnousse Shalmani.
A la sortie de la Première Guerre mondiale qui a vu mourir 1 393 000 Français, soit 10 % de la population active masculine et 1/5 des hommes de moins de 50 ans, 700 000 veuves et 1 100 000 orphelins se retrouvent dans une situation misérable et réclament à l’Etat les moyens d’élever correctement leurs enfants.
La loi du 31 mars 1919 crée le statut de pupille de la nation et reconnaît le droit d’obtenir une pension aux ayants cause des militaires blessés ou décédés. L’Etat réserve aussi des emplois dans la fonction publique aux veuves. Depuis, l’Etat français aide les femmes seules, les familles dans le besoin à éduquer leurs enfants, l’école, toujours obligatoire et gratuite, pourvoyant à l’instruction. Des mères seules ont élevé des enfants, souvent plusieurs, durant des siècles, sans qu’ils ne deviennent des délinquants. C’est faire insulte aux mères des quartiers difficiles que de considérer les difficultés de la vie comme des freins à la bonne éducation.
Comme tout le monde, j’évolue dans l’espace public avec mon téléphone et mes écouteurs. Si je refuse d’avoir le nez baissé sur mon téléphone en marchant, j’écoute souvent de la musique ou une émission de radio. Un matin, par oubli, me voilà dans une rue bourgeoise de Paris sans musique ni voix dans mes oreilles pour couvrir les sons de la rue où des grappes de pères et de mères accompagnaient leurs enfants vers l’école. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais mal à l’aise. Et soudain : le silence. Alors que la rue était remplie d’enfants. Mais les parents étaient tous plongés dans leur smartphone, un enfant accroché à une main, le second à la poche arrière du jean. Ils ne levaient vaguement la tête que pour traverser. Les mêmes parents installent certainement leurs enfants devant un écran au restaurant pour ne pas être encombré de questions.
La crise parentale est généralisée. Toutes les classes sociales sont touchées depuis le jour où une mère a accompagné sa fille de 13 ans faire un tatouage et en a profité pour faire le même. Le copinage a remplacé l’autorité, sans les résultats escomptés. Ceux qui pensent connaître leurs enfants en tirant sur le même joint se trompent, ce n’est qu’un artifice, un vernis « cool » qui vous éloigne davantage. Des parents si cool qu’ils offrent un smartphone à leur gosse de 12 ans et découvrent médusés qu’il en a profité pour regarder du porno ; des parents qui sont si passionnés par la vie de leur portable qu’ils ne se rendent même pas compte que le petit dernier si timide est la terreur de sa classe, harcelant à coups de tweets infâmes une autre gosse tout aussi perdue, qui n’a jamais connu ses parents qu’occupés jusqu’à la table du dîner où rien ne se dit, rien ne s’avoue, rien ne se rectifie, rien ne s’engueule, rien ne s’impose. Ce n’est pas assez instagramable.
La faute de ces sociologues éduqués
Des sociologues subventionnés, des types qui ont eu la chance, eux, d’entendre leurs parents leur répéter qu’il faut travailler à l’école pour s’assurer une vie digne de ce nom, de se faire punir pour avoir volé des bonbons, de se faire reprendre à table quand ils disaient mal n’importe quoi, bref, des sociologues éduqués expliquent sans rougir qu’il est difficile pour une mère seule d’avoir de l’autorité sur un ado de 1,80 mètre ! Mais enfin ! On paye vraiment des gens pour dire des conneries pareilles ? Combien de millions de mères de 1,50 mètre ont élevé seules une ribambelle d’enfants sans d’autre qualité qu’une autorité parentale née d’une distance naturelle et de la conscience de la verticalité de toute relation filiale ?
D’autres sociologues (Didier Chabanet et Xavier Weppe) écrivent dans la Revue Française d’administration publique : « Les bibliothèques sont alors perçues comme l’imposition d’un autre groupe social qui intervient dans leur territoire sans qu’ils soient capables d’influencer son action en aucun sens que ce soit. » Ils prennent soin d’expliquer avant d’arriver à cette brillante conclusion que la culture a longtemps été « synonyme d’émancipation et de progrès social en particulier dans les milieux populaires » et que la bibliothèque était alors un « endroit sacré ».
Ils oublient de préciser, sous prétexte de domination fantasmée, par misérabilisme dangereux, qu’ils ont, ces pédagogues en carton-pâte, ces universitaires petits-bourgeois en mal de thèses, retiré le sacré de la culture, installé la paresse victimaire, et créé les conditions d’un embrasement sans revendications, d’une sauvagerie sans but, d’une révolte sans nom.
Abnousse Shalmani est écrivaine et journaliste engagée contre « l’obsession identitaire »