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Climat : Face aux fortes chaleurs, la campagne de prévention « canicule » lancée pour le premier week-end des vacances

Alors que les 35 degrés devraient être dépassés samedi en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Corse, les autorités sanitaires ont lancé leur plan de prévention canicule pour adopter les « bons gestes ».

Le premier épisode de forte chaleur s’installe ce samedi 8 juillet dans toute la France, les autorités sanitaires ont lancé leur plan de prévention canicule.
Le premier épisode de forte chaleur s’installe ce samedi 8 juillet dans toute la France, les autorités sanitaires ont lancé leur plan de prévention canicule.

CHALEUR – Le premier épisode de forte chaleur s’installe ce samedi 8 juillet dans toute la France. Météo France prévoit un « pic » de chaleur au nord et à l’ouest, tandis que les températures devraient continuer à grimper toute la semaine prochaine au sud et à l’est de l’Hexagone. Les 35 degrés devraient être dépassés samedi en Provence-Alpes-Côte d’Azur, et en Corse. Dans ce contexte, le ministère de la Santé a lancé vendredi sa campagne de « prévention et de sensibilisation » face à la canicule.

À partir du samedi 8 juillet, Météo France place en vigilance jaune canicule 15 départements situés à l’est du pays que voici : l’Ain, les Alpes-Maritimes, l’Ardèche, la Corse-du-Sud, la Haute-Corse, la Côte-d’Or, la Drôme, l’Isère, le Jura, le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, le Rhône, la Saône-et-Loire, le Var et le Vaucluse. Le prévisionniste prévient que des départements pourraient être placés en vigilance orange, samedi ou dimanche, en particulier dans la région Provence-Alpes-Côte-D’Azur et la Corse, et le département du Rhône.

Pour rappel, le niveau d’alerte jaune est celui de la vigilance, où les autorités multiplient les actions de communication avant un potentiel passage à l’orange. Ce dernier correspond à la canicule, soit « une période de chaleur intense pour laquelle les moyennes sur trois jours consécutifs des températures de nuit et de journée atteignent ou dépassent les seuils départementaux ».

Des milliers de Français prennent la route des vacances samedi, et les autorités sanitaires rappellent donc les bons gestes pour se prémunir des malaises, et protéger les publics les plus fragiles (nouveaux nés, enfants, personnes âgées…) : restez au frais (chez vous ou dans un lieu rafraîchi ; buvez de l’eau (sans attendre d’avoir soif) ; mouillez-vous le corps ; fermez les volets et fenêtre le jour, aérez la nuit ; privilégiez les activités douces et sans effort ; mangez frais, équilibré et en quantité suffisant ; évitez l’alcool ; prenez des nouvelles de vos proches et des plus fragiles. Si vous êtes sur la route, pensez également à prendre de nombreuses pauses, toutes les deux heures environ.

Un devoir de vigilance est demandé par le ministère de la Santé pour les établissements accueillant un public à risques, comme les Ehpad et les centres de loisirs. Tandis que les employeurs sont encouragés à aménager les horaires de travail, et à réduire les tâches difficiles et exposées au soleil.

MCD

La météo en France et dans le monde en juin présage-t-elle un été de records ? Ce climatologue nous explique

Températures records, incendies, pluies extrêmes… Juin a été marqué par de nombreux signes du dérèglement climatique. Robert Vautard, directeur de recherche au CNRS, les analyse.

Claire Digiacomi
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Les températures de juin présagent-elles un été de records (photo d’illustration au lac de Montbel à Léran, à cheval sur les départements de l’Ariège et de l’Aude, en mars) ?
Les températures de juin présagent-elles un été de records (photo d’illustration au lac de Montbel à Léran, à cheval sur les départements de l’Ariège et de l’Aude, en mars).

CLIMAT – Hors norme. Le mois de juin a été le plus chaud jamais enregistré au niveau mondial, comme l’a confirmé l’observatoire européen du changement climatique Copernicus jeudi 6 juillet. Et la tendance se poursuit ce mois-ci : le record du jour le plus chaud sur Terre, établi lundi, n’a pas tenu 24 heures avant d’être battu – la température moyenne journalière de l’air à la surface de la planète s’est établie à 17,18 °C mardi.

Des températures bien au-dessus de la moyenne partout dans le monde, et des catastrophes attisées par ce réchauffement (incendies, pluies extrêmes, sécheresses)… Le mois de juin laisse entrevoir un été particulièrement compliqué. Faut-il s’inquiéter d’une envolée des records ? A-t-on atteint un moment de bascule pour le climat ?

On a interrogé le climatologue et météorologue Robert Vautard, directeur de recherche au CNRS et directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace.

Partout dans le monde, des records de température ont été battus au mois de juin… et cela continue en juillet. Que traduisent ces chiffres ?

Robert Vautard : Ils traduisent la conjonction de deux choses : une circulation des vents favorable à des températures élevées, superposée aux tendances liées au changement climatique. Parfois, cela donne des températures modérées, et parfois cela donne des températures records.

Il y a eu un phénomène impressionnant en juin : l’Atlantique nord, dans son ensemble, était très chaud. Ce qui est probablement dû à plusieurs causes, notamment l’orientation des vents qui poussaient des masses d’air tropicales vers le nord. Cela a occasionné des écarts à la normale très forts dans les températures de l’air comme de l’eau. Nous n’avons pas encore tout compris de ces anomalies, mais il y a probablement une part de ce que l’on appelle la variabilité naturelle du climat, qui s’est superposée au changement climatique qui, lui, est graduel, c’est-à-dire qu’il ne fluctue pas d’un jour à l’autre ou d’un mois à l’autre.

Le monde entier chauffe-t-il au même rythme ?

Au niveau mondial, les températures se réchauffent. Elles se réchauffent dans chaque région du monde, ou quasiment, mais pas forcément au même rythme. Par exemple, les extrêmes de températures en été grimpent beaucoup plus vite en Europe que dans la partie est des États-Unis. C’est un phénomène qu’on ne comprend pas encore totalement mais on a quelques idées. Ces modulations régionales se superposent à un réchauffement climatique de fond : la température moyenne globale a augmenté d’environ 1,15 °C la dernière décennie par rapport à l’ère préindustrielle.

Le mois de juin a aussi été marqué par l’arrivée du phénomène El Niño. Quelle est sa responsabilité dans les records de température ?

El Niño est justement l’une des fluctuations naturelles du climat, qui se superpose à une tendance au réchauffement climatique. C’est une anomalie chaude se produisant tous les deux à dix ans dans l’océan Pacifique… qui est très grand : dès qu’il y a un écart de température, cela se ressent donc au niveau mondial. Le phénomène fonctionne comme une oscillation dans le système climatique : quand on est dans une phase froide, appelée La Niña, et qu’on va vers El Niño, cela produit une grande amplitude puisqu’on a en même temps le réchauffement dû à El Niño et celui dû au changement climatique. Cela peut produire des changements de température globale en forme de marches d’escalier. Généralement, c’est la deuxième année du phénomène qui est la plus chaude.

El Niño est encore naissant et se développe en ce moment. Il n’est donc probablement pas responsable des extrêmes du début d’année, ni de ceux qui ont eu lieu en France ou sur l’Atlantique en juin. Il a en général un impact fort sur les Amériques et le Pacifique, mais moindre sur l’Europe.

En revanche, il contribue probablement – même si cela reste à confirmer – aux records de températures globaux. Car il rend l’océan Pacifique très chaud, et cela se répercute dans les données quotidiennes.

La multiplication de ces records nous a-t-elle rapprochés de ce que l’on appelle les points de bascule climatiques ?

Les points de bascule sont des moments où l’on ne revient plus en arrière, avec des changements de grande amplitude et rapides. Par exemple des changements dans la circulation de l’océan profond, un effondrement de parties des calottes de glace dans l’Antarctique… Pour l’instant, la science n’est pas encore capable d’estimer leur probabilité. On sait par exemple que la probabilité d’une rupture d’une partie de l’Antarctique n’est pas nulle, qu’elle augmente avec le réchauffement climatique, mais on ne sait pas estimer s’il y a un réchauffement au-delà duquel cela va se produire.

Ce n’est pas parce qu’il y a des extrêmes, et une multiplication de ces extrêmes, qu’on court de plus en plus vite vers des points de bascule. On est d’ailleurs en quelque sorte dans un point de bascule permanent, puisque le changement climatique peut, au mieux, être stabilisé, et au pire continuer. Ce que l’on voit, c’est simplement le déroulement d’année en année du changement climatique. Il se déroule sous nos yeux, avec les conséquences qui ont été prévues – même si on n’écarte pas l’idée que des projections soient incapables de prévoir certains phénomènes.

Le mois de juin marque-t-il une rupture, avant un été de records à la chaîne ?

Non, il n’y a pas de rupture dans le système connu. Il y a des choses un peu étonnantes, c’est vrai : le retrait de la banquise est très important dans l’Antarctique, bien plus que les autres années. Mais il n’y a aucune raison de penser qu’on entre dans un nouveau régime. La banquise se reformera très probablement dans l’hiver, c’est-à-dire maintenant puisque c’est dans l’hémisphère sud.

Il faut s’attendre statistiquement à de plus en plus de records battus sur les températures élevées, mais il n’y a pas de raison de penser qu’il y aura chaque jour des chiffres plus forts que la veille. Il y a des marches d’escalier, des moments avec des records battus et puis les températures redescendent.

Le secrétaire général de l’ONU a estimé jeudi que le réchauffement climatique était « hors de contrôle ». Faites-vous le même constat ?

Non, et je pense que c’est une image désastreuse et anxiogène notamment pour les jeunes. Le climat n’est pas hors de contrôle. Il faut simplement prévenir les émissions de gaz à effet de serre. C’est très simple, on connaît le remède. On peut le stabiliser, on sait comment faire et les rapports du Giec donnent des pistes pour le faire. Ce n’est pas simple, il faut des transformations majeures dans tous les pans de la société, dans tous les secteurs, que la finance soit redirigée vers les investissements décarbonés. Mais si cela se produit aujourd’hui, on limitera le réchauffement à moins de 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle. 1,5 °C, ce sera difficile. Mais 2 °C, c’est atteignable.

Claire Digiacomi sur Le HuffPost

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