Décevant sommet de Belém sur l’Amazonie : «C’est un échec»
Un sommet pour rien : c’est le sentiment qui dominait hier au Brésil, à la clôture du sommet pour l’Amazonie qui s’est tenu les 8 et 9 août dans la ville de Belém.

Chantal Rayes, correspondante à São Paulo
Il y avait quatorze ans que les présidents des pays membres de l’Organisation du traité de la coopération amazonienne (OTCA), qui regroupe Brésil, Bolivie, Colombie, Equateur, Venezuela, Guayana, Pérou et Suriname), ne se réunissaient plus. Aussi, cette rencontre se voulait-elle historique pour son instigateur, Lula da Silva, qui veut faire du Brésil un acteur clé de la géopolitique du climat.
Or, le communiqué final «n’a fait qu’exposer les divergences entre gouvernements, de même que le fossé entre ces derniers et leurs sociétés civiles», regrette le média en ligne Sumaúma. De fait, les revendications des associations amérindiennes et de défense de l’environnement, qui s’étaient réunies en amont – et à l’initiative de Brasilia – pour formuler des propositions aux décideurs, ont été ignorées. En lieu et place d’objectifs chiffrés pour éliminer déboisement de la plus grande forêt tropicale de la planète, la déclaration de Belém se contente d’un engagement générique à la conserver.
«Ce sommet est un échec, qui expose les failles du modus operandi diplomatique du Brésil, martèle Eduardo Viola, professeur de relations internationales à la Fondation Getulio-Vargas. On ne convoque pas une rencontre pareille sans accord préalable avec les autres parties. Manifestement, le leadership de Lula parmi les pays amazoniens est limité».
Préservation de la forêt amazonienne : «C’est le soja qui doit partir, pas l’école»
L’homme fort du Brésil, pays qui détient à lui seul plus de 60 % du bassin amazonien, s’est fixé pour objectif d’éliminer le défrichement dans tous les écosystèmes à l’horizon 2030. Mais Lula n’a pas réussi à convaincre la Bolivie et le Venezuela de lui emboîter le pas. «De toute manière, le Brésil est le seul Etat de l’OTCA doté de moyens pour contrôler le déboisement [la France n’est pas membre, même si elle détient une portion d’Amazonie sur le territoire guyanais]», reprend l’universitaire. Le communiqué ne bannit pas davantage la prospection pétrolière en Amazonie, comme le défendait la Colombie. Motif : Lula, qui n’en n’est pas à une contradiction près, s’est lui-même montré favorable à des forages dans l’embouchure de l’Amazone…
Sommet de Belém : à l’heure de se mobiliser pour l’Amazonie, que fait la France ?
Autre échec du sommet, l’absence d’Emmanuel Macron, personnellement invité par son homologue brésilien. Eduardo Viola y voit le signe du «profond déficit de confiance de l’UE envers Lula, en raison de sa position ambiguë sur la guerre en Ukraine». C’est l’ambassadrice de France à Brasilia, Brigitte Collet, qui a siégé à Belém mercredi, aux côtés des représentants allemand et norvégien, dont les pays sont donateurs du Fonds pour l’Amazonie. L’occasion d’interpeller les pays riches sur leurs promesses non tenues de financement de la transition écologique des pays en développement. Or, «avec la guerre en Ukraine, le monde occidental a relevé la dépense militaire et ne peut plus financer la décarbonation de la planète», conclut Eduardo Viola.
Chantal Rayes, correspondante à São Paulo pour Libé
Les pays amazoniens réaffirment le combat contre la déforestation sans objectifs précis !

Un sommet régional sur la déforestation rassemble, à l’initiative du président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva (alias Lula), les huit pays membres de l’Organisation du traité de coopération amazonienne (OTCA), créée en 1995 : Brésil, Bolivie, Colombie, Équateur, Guyana, Pérou, Suriname, et Venezuela. Le président compte ainsi « marquer un tournant dans la région vers un développement plus durable et plus inclusif », et empêcher l’Amazonie d’atteindre un point de non-retour, c’est-à-dire le cas où elle émettrait plus de carbone qu’elle n’en absorbe. « Nous reconstruirons ce qui a été détruit par le gouvernement précédent » de Jair Bolsonaro, promet-il. La déforestation a été réduite de 42,5 % depuis janvier 2023, a-t-il également annoncé – l’objectif étant celui d’une déforestation zéro d’ici 2030.
La déclaration de Belém, signée ce mardi 8 août, officialise la création de l’« Alliance amazonienne de combat contre la déforestation ». Elle ne contient en revanche pas d’objectifs concrets de protection de la forêt amazonienne, bien que des engagements de coopération sur la gestion de l’eau ou encore de santé aient été pris. Lula entend notamment améliorer la coopération et la coordination au sein de l’OTCA, qui « doit recevoir de la communauté internationale un soutien à la hauteur du défi qu’elle doit relever » appuie Marina Silva, ministre brésilienne de l’environnement. L’objectif est également de « renforcer la place des pays possédant des forêts tropicales humides dans l’agenda mondial, dans des domaines allant de la lutte contre le changement climatique à la réforme du système financier international ».
Un modèle défendu par la France : Emmanuel Macron a ainsi signé un premier partenariat de conservation positive avec la Papouasie fin juillet, sur le principe de rémunération des services écosystémiques rendus par les États forestiers. Le président français a tenu à remercier, sur X (ex-Twitter), le Brésil et le président Lula pour l’organisation de ce sommet auquel la France participe en tant qu’invitée, représentée par son ambassadrice, Brigitte Collet. La forêt amazonienne couvre en effet 96 % de la Guyane française. La ville de Belém accueillera par ailleurs la trentième conférence des Nations unies sur le climat (COP30) en 2025.
APPIS
Sommet sur l’Amazonie : une «alliance» contre la déforestation mais sans objectifs concrets
Les pays sud-américains d’Amazonie réunis à Belém, au Brésil, ont décidé mardi 8 août de former une «alliance» contre la déforestation. Mais contrairement aux attentes des ONG, cette déclaration commune ne présente aucun objectif commun.
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Une manifestation des peuples indigènes de l’Amazonie, mardi à Belem.
Le sommet accouche d’une «alliance» sans toutefois de buts précis. Les pays sud-américains d’Amazonie réunis à Belém, au Brésil, ont décidé mardi 8 août de former une «alliance» contre la déforestation. La création d’une entité intitulée «Alliance amazonienne de combat contre la déforestation» est stipulée dans une déclaration commune signée par le Brésil, la Bolivie, la Colombie, l’Equateur, le Guyana, le Pérou, le Suriname et le Venezuela. L’alliance «a pour but de promouvoir la coopération régionale dans le combat contre la déforestation, pour éviter que l’Amazonie n’atteigne le point de non-retour». Si ce point de non-retour était atteint, l’Amazonie émettrait plus de carbone qu’elle n’en absorberait, ce qui aggraverait le réchauffement de la planète.
Mais contrairement aux attentes des organisations de défense de l’environnement, cette déclaration commune publiée à l’issue du premier des deux jours du sommet ne présente aucun objectif commun pour éradiquer totalement la déforestation, comme le Brésil a promis de le faire d’ici 2030. Ce document-fleuve en 113 points pose de façon détaillée les jalons d’une coopération entre les huit pays membres de l’Organisation du traité de coopération amazonienne (OTCA), pour promouvoir le développement durable dans cette vaste région qui abrite environ 10 % de la biodiversité mondiale.
«Juste une liste de promesses»
«C’est un premier pas, mais il n’y a pas de décision concrète, c’est juste une liste de promesses», a réagi Marcio Astrini, responsable de l’Observatoire du Climat, un collectif brésilien d’ONG. «Alors que des records de température sont battus tous les jours, ce n’est pas possible que les dirigeants des pays amazoniens ne soient pas capables de mettre noir sur blanc dans une déclaration que la déforestation doit être réduite à zero», a-t-il fustigé.
Le sommet s’est ouvert le jour où le service européen Copernicus confirmait que le mois de juillet a été le plus chaud jamais enregistré sur terre. «Il n’a jamais été aussi urgent de reprendre et d’étendre notre coopération», a déclaré le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva dans son discours d’ouverture, évoquant un «nouveau rêve amazonien». Plus tôt dans la journée, il avait promis que le sommet serait «un tournant» dans la lutte contre le réchauffement climatique. Son homologue colombien Gustavo Petro a pour sa part appelé à ce que les discours se traduisent en actes concrets au plus vite. «Si nous sommes au bord de l’extinction, si c’est lors de cette décennie qu’il faut prendre des décisions, que sommes-nous en train de faire, à part des discours ?», a-t-il lancé.
Mercredi, le sommet se poursuivra avec la participation de pays non-membres de l’OTCA invités à Belem, comme la France, mais aussi l’Allemagne et la Norvège, principaux bailleurs du Fonds Amazonie
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